Dupond et Dupont en route vers le détroit d’Ormuz
L’Angleterre et la France envoient des navires de guerre pour « sécuriser » la liberté de circulation dans le détroit d’Ormuz. Pathétique. Mais pas seulement.
Donc le premier ministre anglais, Keir Starmer, a décidé d’envoyer un destroyer pour « sécuriser » le passage dans le détroit d’Ormuz. Il emboite le pas à Emmanuel Macron, le président français qui avait déjà dépêché, dans les eaux du Golfe, le porte-avions Charles-de-Gaulle avec des avions rafales embarqués. Il paraît que ces déploiements sont « neutres » et ont juste vocation à assurer la circulation dans le détroit d’Ormuz quand la paix sera revenue. Mais de quoi parlent-ils !? On n’en est pas là du tout. Ces deux chefs d’État nous évoquent, au choix, des personnages de OSS 117 ou ceux d’un album de Tintin avec les Dupond et Dupont bras dessus, bras dessous, partis comme en 1956 ouvrir le canal de Suez. Se souviennent-ils qu’ils revinrent penauds ?
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Pardon pour cette image grotesque. En fait, le moment n’est pas seulement ridicule. Il est surtout inquiétant. La France et le Royaume-Uni disent ne pas soutenir cette guerre illégale, mais ne l’ont jamais condamnée. Qu’ont-ils fait de leur place éminente au sein des Nations unies pour que cela s’arrête ? Rien. Rien au jour le jour, rien ou si peu pour le Liban, pour Gaza et la Cisjordanie. Rien pour retenir Israël. Rien sur le fond pour que la région retrouve paix et justice.
Aujourd’hui, par leur décision, Keir Starmer et Emmanuel Macron apportent une caution politique à l’agression américaine. Donald Trump a tellement exigé davantage d’engagement des Européens : il obtient un premier résultat. En envoyant des bateaux de guerre, l’Anglais et le Français s’exposent à l’engrenage dans ce conflit chaque jour plus dangereux. Les Iraniens l’ont clairement fait savoir.
Donald Trump a tellement exigé davantage d’engagement des Européens : il obtient un premier résultat. En envoyant des bateaux de guerre, l’Anglais et le Français s’exposent à l’engrenage dans ce conflit chaque jour plus dangereux.
Benyamin Netanyahou a su convaincre Donald Trump que l’heure était venue d’attaquer l’Iran, de le déstabiliser aussi profondément que possible, comme tant d’autres États de la région. Les responsables de cette guerre sont parfaitement connus. C’est un déshonneur de ne pas les condamner et désormais de se mettre à leur remorque. Par inconstance et pusillanimité, la France et l’Angleterre ont délaissé des principes fondamentaux, toléré le génocide à Gaza, remisé le droit international et l’ONU. Tout cela a un prix : la guerre s’étend, elle détruit et tue dans le Golfe. Elle entraîne une inquiétude mondiale qui a pour nom « pétrole et inflation » mais aussi « pénurie d’engrais » et donc « péril de famine ». Il faut sortir de ce suivisme pitoyable qui porte main forte aux puissants.
Les trompettes du colonialisme résonnent de nouveau. Les Anglais comme les Français se font parfois d’étranges idées sur la grandeur de leur pays. Elle ne tient pas à ce passé-là qui ne fut pas glorieux. En revanche, que ces deux vieilles nations œuvrent à la paix, à la désescalade, au recul de la politique de la force serait une réponse utile pour la planète et une solide objection aux nationalistes racistes qui prospèrent de part et d’autre du Channel.