Que faire du recul de Trump sur le Groenland ?

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L’offensive trumpienne révèle une Europe bloquée sur ses alignements et ses peurs. Face aux convoitises sur les territoires hérités des colonisations, une refondation de l’ONU et de l’universalisme politique devient urgente.

Le « revirement » de Donald Trump au sommet de Davos sur le Groenland a été accueilli hier avec un soupir de soulagement. Le président états-unien jure désormais qu’il n’utilisera pas la force pour s’emparer de l’île arctique. Il prétend avoir un plan avec l’Otan.


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Certains s’attribuent, non sans raison, une part de la victoire présente. Les prises de paroles du président français et du premier ministre canadien ont été d’une rare fermeté. Elles ont rappelé que le Groenland n’était pas un territoire vacant, offert à l’appétit de la première puissance mondiale. Mais il ne faut pas en conclure que Donald Trump lâche l’affaire.

Ce sont d’abord ses propres fragilités intérieures qui l’ont contraint à infléchir son discours. Les marchés financiers ont réagi négativement à ses rodomontades impériales, faisant tanguer Wall Street. Le Congrès s’est cabré. Pas seulement les Démocrates : des figures éminentes de son propre camp ont exprimé leur malaise. Quant aux Américains eux-mêmes, ils se disent opposés à l’annexion du Groenland, a fortiori par la force.

Donc Donald Trump a reculé. Mais même sans chars ni bombardiers, les États-Unis disposent de moyens pour mettre en place leur plan. Ils ont déjà une base militaire stratégique à Pituffik. Rien n’empêche Washington de pousser à de nouveaux « accords » militaires, au-delà de ceux de 1951. L’autre obsession de Donald Trump, ce sont les ressources groenlandaises : terres rares, minerais, potentiel énergétique, eau. Là encore, la puissance américaine peut vouloir imposer des accords commerciaux léonins. Le capitalisme impérial sait se passer de canons quand les contrats suffisent.

Cette crise a montré les faiblesses et les divisions de l’Europe. Dont la plus saillante est son absence de projet. L’Europe n’a pas d’autres idées que de s’armer et de conforter le commerce. Ces bases ne peuvent en aucun cas unir ses peuples.

Le Groenland ne sera probablement pas le cinquante-et-unième État des États-Unis… Ce n’est pas rien. Pour ce faire, il lui aurait aussi fallu la reconnaissance internationale. Donald Trump se rêve en conquérant pour marquer l’histoire. Ce n’est pas fait. Tant que l’Organisation des Nations unies et une large majorité des États refuseront de reconnaître une souveraineté américaine sur l’île, ses proclamations resteront incantatoires. Le droit international ne se plie pas si facilement aux tweets présidentiels. 

Que faire de ce premier recul ? Cette crise a aussi montré les limites de l’unité et de la volonté d’autonomie. Seuls 7 sur 27 pays européens ont eu le « courage » de participer à l’exercice de l’Otan au Groenland. Friedrich Merz, le chancelier allemand, s’est dit prêt à des négociations bilatérales avec Donald Trump, conformément à la dépendance de son économie au marché américain. Giorgia Meloni a fait de sa connivence avec l’administration trumpienne son utilité et son marqueur politique. Aucun n’ose vouloir la fin de l’Otan et beaucoup continuent d’acheter les armes aux États-Unis. Même le Danemark.

Cette crise a révélé d’autres questions comme celles des territoires issus des colonisations. Ils sont l’objet de convoitises pour leur richesses et pour leur position. Au nom de quel principe s’opposer à l’annexion par telle ou telle puissance impérialiste ? La proposition avancée par Jean-Luc Mélenchon d’un vote solennel du parlement européen pour affirmer l’appartenance du Groenland et de tous les territoires associés – comme la Nouvelle Calédonie-Kanaky, Wallis et Futuna, Polynésie française, l’Antarctique français – à l’Europe est problématique voire contradictoire avec les idées anticolonialistes. Un tel vote ancrerait l’Europe dans un projet peu désirable, celui d’une puissance parmi les puissances. Ces territoires, souvent insulaires et peu peuplés, doivent trouver un cadre qui défend tout à la fois leur autonomie, qui apporte une réponse à leur dépendance de fait pour la plupart de leurs besoins, qui ne les contraint pas à choisir leur seigneur et qui n’élude pas les enjeux pour l’humanité et la planète que recouvrent leur devenir. Il y a un urgent besoin de créativité pour répondre ensemble à ces exigences. Le grand et nécessaire chantier de la refonte de l’ONU doit y participer

Cette crise a montré les faiblesses et les divisions de l’Europe. Dont la plus saillante est son absence de projet. L’Europe n’a pas d’autres idées que de s’armer et de conforter le commerce. Ces bases ne peuvent en aucun cas unir ses peuples. L’ambition de rester fidèles aux valeurs démocratiques doit se fonder sur des projets pour nous, les Européens, et pour nous, les Terriens. L’écologie, le droit international, la recherche et la science… Les sujets capables de rassembler et de motiver les pays et les peuples ne manquent pas ; ils pourraient arracher l’Europe au club fermé des puissants qui se congratulent à Davos. Pour le moment, aucune voix, hormis celle de l’Espagnol Pedro Sanchez, ne semble prendre ce chemin d’une ouverture vers l’universalité des attentes.

La dernière proposition trumpienne de créer un « conseil de la paix » concurrent de l’ONU, sous contrôle américain, est aux antipodes du nécessaire. Emmanuel Macron a eu raison de refuser de s’y joindre. Encore un effort pour penser en pays libre, responsable par son histoire d’avancer des propositions de solutions. 

Le « revirement » de Donald Trump n’est pas une reddition. Avec lui, les pauses sont rarement synonymes d’abandon. Utilisons cette accalmie pour construire l’alternative.

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