7-octobre : quand la gauche française perd de vue les Palestiniens

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La défense des droits des Palestiniens aurait dû rassembler la gauche. Elle est devenue l’un des terrains de sa fracture.

Il y a 3 ans, dans une attaque fulgurante conduite par le Hamas, plus de 1200 israéliens ont été tués, des centaines faits prisonniers, combien violées ? Ce que certains ont vu comme un acte de résistance était un mélange de stratégie et de désespoir. Son bilan est un immense désastre, pour les Palestiniens et pour toute la région, Israël compris.

L’histoire n’a pas commencé le 7 octobre. Et il est vrai que les Palestiniens étaient abandonnés par les pétromonarchies et autres dictatures prêtes à signer les accords d’Abraham promus par Trump et Netanyahou : le libre marché en échange d’un abandon des droits politiques des Palestiniens. Mais le désespoir ne suffit pas à tout excuser. La cause palestinienne a failli trépasser dans cette action terroriste du 7 octobre 2023. Le gouvernement d’extrême droite raciste et suprématiste d’Israël s’est saisi du moment pour ravager la bande de Gaza avec la volonté d’éradiquer un peuple, sa culture, son histoire. La solidarité avec les Palestiniens obligeait alors à dire, en même temps, que l’armée israélienne commet un génocide, que l’attaque du 7 octobre était terroriste. Elle impose la coupure nette avec le Hamas, ce mouvement autoritaire, machiste et violent. Ce n’est pas « Septembre noir » et ses terroristes mais le Fatah d’Arafat qui a changé en profondeur l’image du combat palestinien. En renonçant à la violence, comme l’ANC l’avait fait avant lui, le Fatah a pu mobiliser dans le monde entier. 

Devant l’insoutenable guerre menée à Gaza, un mouvement planétaire de solidarité avec les Palestiniens s’est levé. Il a pris une force particulière dans la jeunesse étudiante. Des foules immenses sont descendues dans les rues de Berlin, du Caire, de New York, de Rabat, de Rome, de Amman, de Madrid, de Londres… pour protester contre le génocide en cours, pour exiger de leurs gouvernants et de l’UE, des actions et des sanctions. 

Mais à Paris, ce ne fut pas le cas.  Alors que, historiquement, la gauche, la diplomatie et l’opinion publique française étaient alignées sur la défense du droit des Palestiniens à l’autodétermination et leur droit à un État viable, le combat n’a été porté que par des rassemblements qui n’allaient guère au-delà des milieux militants. Comment en est-on arrivé là ? Comment la gauche a-t-elle pu se déchirer sur ce combat ? Qui a oublié qu’en 1989, le président de la République, François Mitterrand, recevait le président de l’OLP Yasser Arafat ? Qui a oublié qu’alors Paris accueillait aussi la représentation de l’OLP en Europe ? Certes, depuis Nicolas Sarkozy, la politique de la France a changé et elle s’est souvent alignée sur les Etats-Unis, en cette matière aussi. Mais la gauche, elle, a su rester unie sur ce combat. 

Que s’est-il donc passé pour que la division soit devenue si profonde ? Le sort des Palestiniens a pesé bien peu dans la lamentable histoire qui s’est écrite. Il y a eu, au PS et chez LFI, la volonté de construire des murs infranchissables entre les gauches. Les uns exigeaient des autres que le mot « génocide » soit prononcé, quand les autres intimaient aux premiers de qualifier le 7 octobre d’« action terroriste ». Il y eut plus grave. Une partie de la gauche entacha ce combat en négligeant l’antisémitisme tandis que l’autre partie de la gauche laissa proliférer l’infamante accusation. Dans tout cela, qu’est devenue la lutte pour les droits des Palestiniens ? Perdue de vue. Ces diatribes ont provoqué du désarroi, de la démobilisation. L’objectif fut atteint : la gauche est fracturée. Et affaiblie. 

La victoire de l’un ou l’autre camp acquise à ce prix n’a aucune valeur. Il y a plein de raisons de désespérer de la gauche : celles-ci en font partie.

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