17 octobre : un peuple qui se soulève
Ce samedi, les lycéens ne seront plus seuls. Depuis des semaines, ils font entendre une colère que le pouvoir n’a ni cherché à comprendre ni réussi à éteindre. Étudiants, salariés, gilets jaunes, paysans, soignants, retraités ont rendez-vous dans la rue.
Il y a des colères que le pouvoir croit pouvoir étouffer. Il suffirait de procéder à des arrestations massives, d’intimider par la violence des forces de l’ordre, puis d’attendre que les vacances arrivent, que les cortèges se dispersent, que les images disparaissent des écrans. Le gouvernement reçoit quelques délégations, annonce des mesures, pointe du doigt les débordements, condamne LFI et ses « proxys »… Et l’ordre revient. Surprise : le scénario n’a pas fonctionné.
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Ce 17 octobre, une nouvelle étape s’ouvre. Le déclencheur, à la fin de l’été, a été la hausse du prix du carburant. Il prend son souffle avec l’élan vital des lycéens. Au fond, c’est le ras-le-bol général qui s’exprime. Des appels multiples et variés – parfois très drôles – sont diffusés partout sur les réseaux sociaux. La CGT soutient. Le syndicat Solidaires appelle à faire converger les revendications. La Confédération paysanne veut prendre part à cette dynamique.
Ce mouvement est protéiforme, divers dans ses actes, ses revendications et ses formes d’actions. Et il ne peut être réduit à ses causes, à son programme ou à ses chances de victoire. Il désigne ce moment où des individus pensent pouvoir refuser un ordre qui leur paraît injuste. Le pouvoir n’est plus extérieur : ce pouvoir, c’est eux-mêmes. Et ils le diront ce samedi, dans l’espace public.
Ce moment commence dans cette expérience, vécue par tous au présent, de l’ingouvernabilité. Non pas l’absence de toute règle, ni le fantasme d’un monde sans conflit, mais l’inadéquation entre l’ordre politique et les attentes sociales. Ceux que l’on voudrait administrer, classer et discipliner se découvrent capables de faire irruption dans l’histoire.
Le peuple qui va se retrouver dans la rue samedi n’est ni une foule homogène ni une République abstraite. Tous ne pensent pas tous la même chose et n’ont pas la même vie, leur convergence n’a rien d’une évidence. Il s’agit de comprendre ce qui, dans des situations différentes, rend la vie insupportable et pousse à refuser l’ordre présent.
Nul ne sait si le 17 octobre produira une rupture. Mais cette journée porte une possibilité, celle de voir des expériences séparées devenir une force commune. Il ne s’agit pas de fondre les revendications dans un programme unique. Il s’agit de comprendre ce qui, dans des situations différentes, rend la vie insupportable et pousse à refuser l’ordre présent.
La gauche doit bien regarder ce moment. Un mouvement social ne se laisse pas enfermer dans les catégories préétablies. Il oblige à écouter, à construire des perspectives sans confisquer la parole de ceux qui se mettent en mouvement. Il ne dispense pas de politique : il ouvre des champs nouveaux.
Le peuple qui va se retrouver dans la rue samedi n’est ni une foule homogène ni une République abstraite. Tous ne pensent pas tous la même chose et n’ont pas la même vie, leur convergence n’a rien d’une évidence. L’extrême droite cherchera à capter les colères sans compromettre son image de « sérieux ». La répression peut isoler et épuiser les mobilisations. Si convergence il y a, elle se construira dans les discussions, les assemblées, les manifestations et les solidarités concrètes.
C’est ce qui fait l’enjeu du 17 octobre. Le peuple n’existe pas parce qu’il serait naturellement uni, mais parce que des individus différents peuvent décider de faire quelque chose ensemble. Samedi, ce peuple divers, contradictoire, indocile, s’est donné rendez-vous.
Il y a de l’inédit dan ce mouvement. Dans de nombreux endroits , enseignants et parents réunis dans un même cortège, rejoindront les lycéens, lycéennes, leurs élèves, leurs enfants réunis dans le leur, pour continuer ensemble.