đź”´ SERMON DU JOUR

Quand la banque centrale allemande veut faire la leçon à un candidat à la présidentielle française

La proposition de Jean-Luc Mélenchon d’annuler la part de dette française détenue par la BCE ne plaît pas à la Bundesbank. Son président, Joachim Nagel, a brandi hier le spectre de l’hyperinflation et de la « boîte de Pandore », comme si une proposition politique pouvait être écartée d’un revers de main par un banquier central. Certes, l’article 123 des traités interdit aujourd’hui le financement monétaire des États : c’est précisément le problème. Mais faire de cette règle européenne un interdit économique absolu revient à oublier que les traités sont des choix politiques et qu’ils peuvent être modifiés. La BCE elle-même a considérablement élargi son intervention sur les marchés depuis la crise de 2008, en rachetant massivement les dettes publiques. Nagel défend donc moins une vérité économique intemporelle qu’un certain ordre monétaire européen. Un ordre qui, curieusement, sait aussi s’accommoder des entorses aux vieilles orthodoxies lorsqu’il s’agit de l’Allemagne : le patron de la Bundesbank a lui-même soutenu l’assouplissement du frein à la dette allemande et se dit favorable, dans certaines conditions, à des emprunts européens communs. Le débat sur la dette française mérite mieux qu’un sermon venu de Francfort.

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