đź”´ SERMON DU JOUR

Quand la banque centrale allemande veut faire la leçon à un candidat à la présidentielle française

La proposition de Jean-Luc Mélenchon d’annuler la part de dette française détenue par la BCE ne plaît pas à la Bundesbank. Son président, Joachim Nagel, a brandi hier le spectre de l’hyperinflation et de la « boîte de Pandore », comme si une proposition politique pouvait être écartée d’un revers de main par un banquier central. Certes, l’article 123 des traités interdit aujourd’hui le financement monétaire des États : c’est précisément le problème. Mais faire de cette règle européenne un interdit économique absolu revient à oublier que les traités sont des choix politiques et qu’ils peuvent être modifiés. La BCE elle-même a considérablement élargi son intervention sur les marchés depuis la crise de 2008, en rachetant massivement les dettes publiques. Nagel défend donc moins une vérité économique intemporelle qu’un certain ordre monétaire européen. Un ordre qui, curieusement, sait aussi s’accommoder des entorses aux vieilles orthodoxies lorsqu’il s’agit de l’Allemagne : le patron de la Bundesbank a lui-même soutenu l’assouplissement du frein à la dette allemande et se dit favorable, dans certaines conditions, à des emprunts européens communs. Le débat sur la dette française mérite mieux qu’un sermon venu de Francfort.

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1 commentaire

  1. Lafleur le 2 septembre 2026 Ă  13:17

    Cher Pablo,

    Tu as raison sur un point essentiel : la dette n’est pas une donnĂ©e naturelle devant laquelle il faudrait s’incliner, et l’article 123 du traitĂ© n’est pas une loi Ă©conomique Ă©ternelle. C’est une règle institutionnelle, donc un choix politique qui pourrait ĂŞtre remis en cause ; encore faut il un rapport de force suffisant comme l’a prouvĂ© l’expĂ©rience de la Grèce. Et tu as raison de rappeler que la BCE a elle-mĂŞme largement repoussĂ©, dans les faits, les frontières que certains prĂ©sentent comme intangibles. Mais, Ă  son initiative, Ă©tant autonome. En revanche, ton raisonnement s’arrĂŞte encore un peu trop tĂ´t : en mettant en avant le gentil MĂ©lenchon et le mĂ©chant Nagel.

    En effet, la vraie question pour notre prĂ©sidentielle en France l’an prochain n’est pas seulement : comment desserrer la contrainte de la dette et des marchĂ©s ? Elle est : une fois cette contrainte desserrĂ©e, quels pouvoirs conquĂ©rir et pour faire quoi ? Jean-Luc MĂ©lenchon s’arrĂŞte Ă  la première question Ă  la lecture de son programme pour 2027. C’est pourquoi il peut avoir le soutien de Pigasse et d’une partie du capital financier en vue de la reproduction sociale de la domination Ă©conomique du capital et donc du capitalisme.

    C’est là que la comparaison entre Mélenchon et les économistes du PCF devient intéressante.

    MĂ©lenchon propose aujourd’hui de transformer la dette dĂ©tenue par la BCE, de rĂ©duire ainsi la pression financière sur l’État et de remettre en cause les règles europĂ©ennes qui empĂŞchent cette politique de reproduction structurelle. Il assume mĂŞme une logique de confrontation avec les traitĂ©s. Mais cela ne règle pas Ă  lui seul la contradiction fondamentale. Si l’on peut modifier l’article 123 du traitĂ© de fonctionnement de l’Union europĂ©enne, si la BCE pourrait dĂ©cider, Ă©tant autonome, de refinancer davantage les États ou si une partie de la dette serait annulĂ©e, mais que les banques, les grands groupes et les marchĂ©s continuent de dĂ©cider principalement de l’orientation du crĂ©dit et de l’investissement, nous aurons desserrĂ© une contrainte financier, certes, mais sans encore changĂ© le rapport de pouvoir qui produit cette contrainte, soit le mythe de Europe sociale.

    C’est précisément là que je vois la différence avec « Un communisme de conquêtes ». Le PCF ne pose pas seulement la question de la dette : il pose celle du pouvoir sur l’argent.

    Qui dĂ©cide de l’utilisation de la crĂ©ation monĂ©taire ? Qui oriente le crĂ©dit ? Selon quels critères ? Qui dĂ©cide des investissements ? Qui maĂ®trise les secteurs stratĂ©giques ? Comment fait-on passer l’argent de la rente financière vers l’emploi, les salaires, la formation, les services publics, la rĂ©industrialisation et la transition Ă©cologique ? La base commune du 40e Congrès place explicitement cette conquĂŞte des pouvoirs Ă©conomiques au cĹ“ur de la dĂ©marche. Ce n’est pas l’amĂ©nagement pour continuer la fuite en avant. C’est de vrais ruptures radicales pour pouvoir envisager des nouvelles mĂ©diations qui permettront une transformation rĂ©volutionnaire du mode de production et d’Ă©change.

    Autrement dit, MĂ©lenchon part principalement de la contrainte financière pour chercher Ă  libĂ©rer l’action de l’État capitaliste ; le PCF cherche Ă  conquĂ©rir les pouvoirs Ă©conomiques permettant de transformer durablement les critères mĂŞmes de cette action par l’Etat social. Ce n’est pas une diffĂ©rence de degrĂ©, mais une diffĂ©rence de dĂ©marche.

    Et cela change aussi notre rapport à l’Union européenne. Il ne s’agit ni de considérer l’Union européenne actuelle comme un cadre immuable, ni de croire que la sortie de l’UE serait le préalable magique à toute transformation. La dialectique communiste consiste à reprendre les pouvoirs nécessaires à la transformation sociale, à combattre les règles européennes qui l’empêchent et à construire, avec les autres peuples, de nouvelles formes de coopération. Cela suppose très concrètement de remettre en cause les règles budgétaires et monétaires actuelles, de modifier le statut de la BCE, de mobiliser sa création monétaire pour l’économie réelle, de construire un pôle bancaire public puissant, de mettre en place un crédit sélectif à taux très bas ou nul selon des critères sociaux et écologiques, et de reprendre progressivement le contrôle public des secteurs stratégiques. Le PCF défend depuis longtemps cette logique : utiliser autrement la création monétaire plutôt que simplement emprunter davantage sur les marchés.

    La question de la dette doit donc elle aussi être renversée.

    Il ne suffit pas de demander comment payer ou annuler la dette : le programme réformiste de LFI. Il faut comprendre pourquoi nous sommes devenus dépendants de la finance et transformer les mécanismes qui reproduisent cette dépendance. Sinon, après une annulation, nous risquons de retrouver demain le même problème sous une autre forme. C’est finalement toute la différence entre une politique de rupture et une politique de transformation : rompre avec une règle peut libérer un espace ; conquérir les pouvoirs économiques permet d’utiliser cet espace pour changer réellement la société. Et c’est pourquoi je pense que nous devons pousser le débat jusque-là.

    C’est précisément là que la démarche du PCF me paraît aller plus loin que celle de LFI.

    Le PCF ne propose pas seulement de traiter le stock de dette ou de permettre Ă  la BCE de financer autrement les États. Il veut prendre le pouvoir sur l’utilisation de l’argent : crĂ©ation monĂ©taire, crĂ©dit bancaire, investissement, profits et fonds publics. Concrètement, cela passe par la constitution d’un pĂ´le bancaire et financier public renforcĂ©, avec les outils publics existants et de nouvelles nationalisations si nĂ©cessaire, afin d’orienter le crĂ©dit vers l’emploi, la formation, les services publics, la rĂ©industrialisation et la transition Ă©cologique. Le Congrès du PCF de l’Ă©tĂ© 2026 propose explicitement de transformer la politique monĂ©taire et du crĂ©dit pour rĂ©orienter l’argent vers ces objectifs.

    Mais le point décisif est la sélectivité du crédit : un investissement utile socialement et écologiquement doit pouvoir bénéficier de crédits à taux très bas, voire nuls, tandis que la spéculation doit cesser d’être alimentée. Le coût du crédit devient ainsi un instrument de transformation économique, et non plus seulement une variable financière.

    Ensuite, l’argent public ne serait plus distribué sans contreparties : aides et financements seraient conditionnés à des objectifs d’emploi, de salaires, de formation, de production et de transformation écologique, avec un contrôle associant salariés, élus et citoyens. Le PCF propose parallèlement de nouveaux pouvoirs d’intervention des travailleurs dans les entreprises et des conférences permanentes emploi-formation-transformation productive écologique, pour articuler démocratie, crédit et planification.

    Enfin, cela permet de penser autrement les nationalisations : pas simplement transférer la propriété du privé vers l’État, mais changer les critères de gestion et donner de nouveaux pouvoirs aux salariés et aux usagers.

    Voilà pourquoi je distinguerais les deux démarches : LFI cherche prioritairement à libérer l’État de la contrainte financière et européenne ; le PCF veut utiliser cette rupture pour conquérir progressivement le pouvoir sur l’argent, le crédit, l’investissement et la production.

    La question devient alors : non seulement comment sortir de la camisole, mais qui tient les clés une fois qu’on l’a retirée, et selon quels critères on utilise la puissance économique ainsi libérée. C’est précisément le sens du « communisme de conquêtes ».

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