Trump à Pékin : l’ancien monde va dans le futur

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Le trumpisme incarne la guerre pour le pétrole, la défiance envers la science et la force unilatérale pour seule relation. En face, la Chine se prévaut du multilatéralisme, de l’écologie et du développement. Deux visions ont rendez-vous.

Commencée ce mercredi, la visite de trois jours du président américain à Pékin devait avoir lieu en mars. Cela aurait sans doute mieux valu pour Donald Trump. Au-delà de son embourbement dans une guerre illégale et inégale en Iran, et pour laquelle Donald Trump va chercher une voie de sortie du côté de Pékin, le président américain représente un pays qui rate toujours plus son époque. Cela peut paraître présomptueux de le voir ainsi, alors que depuis les États-Unis souffle un vent profondément réactionnaire et violent qui atteint notre continent. Et il est vrai aussi que la puissance américaine reste, et de loin, la première sur le plan économique, financier et militaire. Cela doit conduire à la prudence sur l’issue de l’histoire.


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Cependant, en quelques mois, les impasses de ce qu’André Gorz appelle « la sortie barbare du capitalisme » se multiplient (à ce sujet, on recommande l’intéressant article du philosophe Patrick Viveret dans le prochain numéro de la revue Regards).

Dans la plus récente actualité, l’interdépendance des sociétés est venue se rappeler à nous avec un petit virus localisé dans les Andes. Quoi qu’en disent les trumpistes, America First est hors du temps. Dans ces circonstances de menace pandémique, l’organisation mondiale qu’est l’OMS, que les États-Unis ont quittée en janvier, se révèle un lieu irremplaçable d’information et de coordination des politiques de santé à la bonne échelle, celle de la planète. Même l’Amérique de Trump doit, in fine, tenir compte de ses recommandations malgré son hostilité idéologique profonde – hostilité aux organismes onusiens, hostilité à la science et aux vaccins, vision eugéniste et raciste.

En s’enferrant dans la défense des énergies fossiles, les États-Unis laissent la Chine, seule, ouvrir des horizons de développement à des milliards d’êtres humains. Dans l’immense bataille pour le leadership mondial, ceci pèsera lourd.

La crise des approvisionnements en pétrole, que la guerre en Iran déclenche, oblige de très nombreux pays à reconsidérer leur dépendance à cette énergie. « Drill baby, drill », clamait le candidat Trump. Mais le pétrole extrait suppose d’être raffiné, transporté, distribué. Outre leur impact positif sur le climat, les énergies renouvelables (solaires et éoliennes) dont la Chine se fait la championne ont pour elles d’être locales. La plupart des pays africains sont passés par la case téléphone portable sans avoir développé le réseau filaire. Les énergies renouvelables pourraient être cette énergie accessible et nécessaire à leur développement sans construire les lourdes infrastructures nécessaires aux énergies fossiles. En s’enferrant dans la défense des énergies fossiles – industrie qui a financé grassement la campagne électorale du milliardaire –, les États-Unis laissent la Chine, seule, ouvrir des horizons de développement à des milliards d’êtres humains. Dans l’immense bataille pour le leadership mondial, ceci pèsera lourd.

Enfin, Donald Trump, qui s’est fait élire par une population grugée par la mondialisation libérale, a voulu promouvoir un souverainisme au travers d’une guerre commerciale douanière. La Chine lui a tenu tête. Elle a augmenté en un an ses exportations vers les États-Unis de plus de 13%. Mais elle s’est surtout tournée vers le reste du monde. Les Européens, eux, n’ont eu d’autres réponses que l’acceptation des règles américaines et l’imposition de restrictions et protections douanières à la Chine. Si celles-ci peuvent être un pis-aller de courte durée, elles ne sont en aucune manière une stratégie qui pourrait être de produire en tout domaine pour les besoins de l’humanité, pas seulement ceux des occidentaux. La Chine a opté, depuis de longues années, de nouer des relations avec le monde entier, et pas seulement avec les pays à haut potentiel économique. Elle accompagne sa percée économique d’un discours sur le multilatéralisme malmené par les États-Unis. Elle prépare patiemment son hégémonie sur le monde.

Les candidats à la présidence de la République seront aussi appréciés en fonction de leur compréhension du monde. Quand les États-Unis s’aveuglent ; la Chine se faufile. Les relents de guerre froide contre la Chine sont davantage des impasses pour voir, penser et proposer.

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5 commentaires

  1. Jean Taillardat le 14 mai 2026 à 17:26

    Cet article ne tient pas [assez] compte à la fois des nouvelles technologies, des applications de la physique quantique et de l’IA d’une part, et des acteurs autres que les Etats : entreprises multinationales, Big Tech, capacités de manipulation par l’ingénierie cognitive. Par ailleurs, et je salue en cela les travaux d’Emmanuel Todd, l’état des sociétés « en concurrence » me semble primordial, or les sociétés occidentales et en particulier les USA, sont en état de délabrement avancé, tant en matière de santé, de moral que de dynamisme. La guerre économique – et non uniquement commerciale ou militaire -, qui englobe toutes les forces des pays concernés et mobilise l’ensemble des moyens de la puissance (Arnaud Morgny), est à l’avantage de la Chine… et de l’Inde dans les années à venir, à mon sens.

  2. Berthelot Jacques le 15 mai 2026 à 06:41

    « Le trumpisme incarne la guerre pour le pétrole, la défiance envers la science et la force unilatérale pour seule relation. En face, la Chine se prévaut du multilatéralisme, de l’écologie et du développement. Deux visions ont rendez-vous. »
    On a l’impression de lire la propagande de guerre froide des années 50 : l’URSS , le camp du bien , les USA le camp du mal.
    les droits humains passent à la trappe : la Chine : démocratique , écologiste ?
    Fabien Roussel considère que Xijinping « renouvelle la pensée marxiste ».
    Heureusement des associations se battent pour les droits humains en Chine , pour les droits des Ouighours
    Chine. Trois ans après un important rapport de l’ONU, nul n’a été amené à rendre des comptes pour les crimes contre l’humanité commis dans le Xinjiang
    https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2025/08/china-still-no-accountability-for-crimes-against-humanity-in-xinjiang-three-years-after-major-un-report/

  3. Lucien Matron le 15 mai 2026 à 17:45

    Incontestablement la dynamique économique et technologique n’est plus du côté américain malgrè les dénégations de Trump et de ses alliés milliardaires et champions des GAFAM….Aux échelons culturels, sociaux et démocratiques, les Etats Unis ne représentent pas davantage un modèle à suivre. Pour autant, si la Chine relève de nombreux défis technologiques dans beaucoup de domaines personne ne peut dire et ne dit, qu’elle fait rêver : le déficit démocratique, social, humaniste et écologique est trop important pour ce faire. Dans ce contexte de rivalités économiques et militaires insensées et totalement irrespectueuses des droits humains, l’Europe et la France pourraient jouer un rôle de premier plan en prenant la voie du respect des droits humains, de la recherche fondamentale, de la démocratie sociale, de la paix entre les peuples , du respect de la planète. Hélas, nous en sommes loin et les peuples trinquent.

  4. Lionel Mutzenberg le 16 mai 2026 à 11:51

    Avant de donner des leçons à la chine, régler donc les problèmes de notre pays, la dictature soft, au moyen d’un système économique et politique, n’en est pas moins une dictature.
     » La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce pas ses représentants et par voie de référendum.  »
     » Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice. »
    Alinéas 1 et 2 de l’article 3 de notre constitution.
    Une belle fumisterie ! alors, la Chine n’est peut être pas une démocratie, sous réserve de ce qu’en pense le peuple chinois, mais elle n’a jamais prétendue l’être, ce qui fait notre différence.

  5. Berthelot Jacques le 20 mai 2026 à 18:47

    Vive la Chine !!!!

    LE Goulag chinois
    ttps://federation-anarchiste-groupe-commune-de-paris.over-blog.com/2026/05/le-goulag-chinois.html

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