Sectarisme et harcèlement sont les mamelles de la défaite
L’éviction de Raphaël Glucksmann de la manifestation parisienne est un exemple de plus d’une culture effroyable qui s’installe. Les intimidations, les harcèlements et les mises à l’écart fracturent, discréditent et éloignent la gauche de toute perspective de victoire face à l’extrême droite.
« Au nom de l’idéal qui nous faisait combattre
Et qui nous pousse encore
À nous battre aujourd’hui. »
Jean Ferrat, « Le bilan »
Hier fut une grande journée de manifestation. Une de celles dont on se souvient parce que toutes les générations, tous les métiers, ceux du privé et ceux du public, toutes les gauches étaient présentes. Ensemble, unis, pour décoincer l’avenir. Nul n’ignore que tout le monde à gauche ne voit pas le même chemin. Mais qui peut prétendre le dégager seul ?
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Les manifestations d’hier n’appartenaient à personne et tout le monde y avait sa place. Pourtant, Raphaël Glucksmann, candidat à l’élection présidentielle pour la social-démocratie, a été bloqué par un groupe de personnes agressives et a décidé de quitter le cortège. Cette nouvelle tension le conforte dans sa stratégie de rupture avec LFI. Depuis le lamentable quinquennat de François Hollande, ses reniements et ses suites, le PS a difficilement retrouvé sa place dans le mouvement social. La lutte politique actuelle ravive le riche concept de « gauches irréconciliables » inventé par Manuel Valls. Il semble que son magistère imprègne désormais la gauche partisane. Il est repris par ses deux principaux candidats alors même que le danger qui menace est immense et tandis que se développe un mouvement inédit par l’ampleur de ses questions.
L’image renvoyée par les harceleurs de manifs est délétère. D’autant qu’elle s’inscrit dans une trop longue liste de menaces et d’intimidations. Après avoir été comparé au collabo Doriot en septembre 2025, le slogan « Roussel n’est pas un camarade » fut toléré voire encouragé. Depuis son exclusion de LFI, François Ruffin, lui aussi, « n’est pas un camarade ». Cette semaine, place Stalingrad, le maire de Paris Emmanuel Grégoire a été sifflé alors qu’il intervenait dans un rassemblement à la suite de l’attentat raciste de Trappes. Une semaine auparavant, c’était la voix des socialistes qu’on tenta de couvrir lors du meeting anti-RN d’Orléans par le slogan « Tout le monde déteste le PS » dans une équivalence évidente avec le « Tout le monde déteste la police ».
Ces pratiques sont absolument orthogonales à l’exigence de démocratie et de respect qui s’entend si fort dans les rues ces jours-ci. Elles repoussent quand il faut rassembler, si l’on veut vraiment gagner face à l’extrême droite et construire des solutions.
Même ceux qui n’étaient pas nés au 20ème siècle doivent savoir ce qu’a coûté, à la révolution comme en vies humaines, le stalinisme et son corollaire, le sectarisme. Cette culture violente contre les « adversaires » sociaux ou politiques s’est traduite par un appauvrissement irrémédiable de la pensée et une disqualification profonde de ceux qui rêvaient d’un autre monde. Rien du communisme du 20ème siècle n’y a survécu : ni les pays de l’Est, ni les partis communistes. Ceux qui veulent reprendre ces combats, qui se veulent les héritiers de l’histoire séculaire des luttes émancipatrices, ne peuvent accepter que de telles pratiques ne conduisent les luttes et les espoirs dans l’ornière. Elles sont absolument orthogonales à l’exigence de démocratie et de respect qui s’entend si fort dans les rues ces jours-ci. Elles repoussent quand il faut rassembler, si l’on veut vraiment gagner face à l’extrême droite et construire des solutions.
Ce samedi, Jean-Luc Mélenchon, en qui beaucoup de ceux-là placent leurs espoirs, va tenir meeting. Il doit dire si ces agissements relèvent d’une stratégie. De telles attitudes peuvent-elles conduire à sa victoire ? Fondamentalement, il n’est pas possible de laisser le sectarisme associé à la radicalité. Il faut arrêter ce cercle infernal. Les socialistes ont naturellement leur place dans les combats sociaux, antiracistes et antifascistes. Et les insoumis doivent convaincre et non banaliser l’intimidation.
Bravo Madame: çà dû être difficile de le dire « Même ceux qui n’étaient pas nés au 20ème siècle doivent savoir ce qu’a coûté, à la révolution comme en vies humaines, le stalinisme ».
Ce n’est pas le stalinisme. C’est du communisme qu’il s’agit. Il ne faut pas jouer sur les mots.
Je suis désolé mais glucksmann n’est pas de gauche. C’est un Macron bis. Ce qui s’est passé hier est intolérable, c’est évident. Par contre, ses propositions ne différent pas des quinquennats qui viennent de s’écouler. Ce n’est pas du sectarisme. Par contre, ÉGALEMENT, LFI doit unir et s’ouvrir. Là, sur ce point, vous avez raison.
Lorsque Glucksman refuse toute alliance avec LFI par principe, il témoigne d’une part du fait qu’il se sent plus proche du centre droit (qui est intégralement passé à droite voire l’extrême droite) à la gauche, ce qui est son droit, et d’autre part qu’il tient à une certaine honnêteté intellectuelle lui interdisant de faire semblant pour ensuite se déjuger. Ce qui est respectable d’ailleurs, il faut le reconnaître.
Chère Catherine Tricot,
Il faut évidemment condamner les intimidations, les injures et les tentatives de mise à l’écart dans les manifestations. Le désaccord politique ne saurait justifier de telles pratiques. Mais je crois que ton analyse doit aussi poser une question essentielle : celle des orientations politiques et de la stratégie de rassemblement. La guerre des deux roses, la rouge du populisme mélenchoniste et la blanche de la social-démocratie incarnée par Raphaël Glucksmann et son pôle (PS, GRS, PP), risque de transformer la présidentielle en congrès permanent de la gauche, où les ambitions présidentielles et les querelles d’hégémonie prennent le pas sur les débats de fond et la construction d’une véritable alternative.
La logique des « gauches irréconciliables » est d’autant plus préoccupante qu’elle hypothèque déjà la dynamique nécessaire à un second tour. Comment prétendre rassembler une majorité populaire si l’on entretient, dès le premier tour, les divisions, les anathèmes et les exclusions ? On ne peut pas appeler au rassemblement le moment venu après avoir méthodiquement rendu impossible toute confiance politique. Le PCF a précisément fait un autre choix dans sa base commune adoptée au 40e Congrès. Celle-ci affirme que les élections ne sont pas « un marché où se redistribuent des parts entre formations politiques », mais un moment particulier de la lutte des classes. Elle souligne également qu’« avec une gauche plafonnant à 30 %, la logique du seul barrage à l’extrême droite, sans perspective transformatrice, conduit mécaniquement à l’échec ». C’est une orientation politique claire : on ne battra durablement l’extrême droite ni par la seule addition des appareils, ni par une gauche qui se contente de gérer le système sans le transformer.
Le PCF, par ses instances démocratiques, a refusé donc aussi bien la subordination à LFI que le retour à une social-démocratie qui, lorsqu’elle a exercé le pouvoir, a trop souvent renoncé à affronter les puissances de l’argent. Cela ne signifie nullement refuser le rassemblement. Bien au contraire : les communistes veulent construire une large union populaire autour d’un projet de transformation sociale, démocratique et révolutionnaire, en donnant toute sa place au monde du travail et aux catégories populaires. C’est dans cette perspective que s’inscrit la candidature communiste portée par Fabien Roussel. Sa campagne se distingue précisément par le choix de défendre des propositions, de mener le débat sur le fond et de s’adresser à toutes et tous, sans invective ni brutalisation du débat politique. Elle ne cherche pas à disqualifier les autres forces ou leurs électeurs, mais à faire vivre une proposition communiste autonome, susceptible de convaincre celles et ceux qui se sont éloignés de la gauche et de la politique. C’est une démarche de rassemblement qui ne confond pas le respect des personnes avec l’effacement des divergences politiques. Les textes publiés par le PCF autour de la mobilisation du 5 novembre éclairent également cette exigence. Dès le 4 novembre, Nadège Plaineau, membre du Conseil national, appelait à une mobilisation sociale « massive, joyeuse et déterminée », organisée, ancrée dans les entreprises et les syndicats, et préservant ses objectifs sociaux de toute dérive violente. Le 5 novembre, le Parti rappelait que « le mouvement social ne s’éteindra pas par la répression, mais par la satisfaction des revendications », dénonçant les violences policières, les interdictions de manifester et les tentatives gouvernementales de division, tout en appelant à poursuivre les mobilisations dans l’unité et le rassemblement. Ces deux textes ne prennent pas explicitement position sur l’incident visant Raphaël Glucksmann. Il ne faut donc pas leur faire dire ce qu’ils ne disent pas. Ils expriment néanmoins une ligne politique cohérente : construire des mobilisations populaires organisées, déterminées et unitaires, sans laisser les provocations, les violences ou les divisions détourner les luttes de leurs objectifs.
Mais il faut aller au-delà de la seule question des comportements militants. La crise de la gauche ne résulte pas simplement de ses querelles internes. Elle tient aussi à son incapacité persistante à reconstruire un rapport de force majoritaire dans le monde du travail et à proposer une transformation réelle des rapports de production et du pouvoir économique. Notre responsabilité est donc de reconstruire une organisation communiste présente dans les entreprises, les quartiers populaires et les territoires, en lien avec le mouvement syndical et les luttes sociales. L’enjeu n’est pas de savoir quelle personnalité imposera son hégémonie sur la gauche, mais comment les travailleurs pourront retrouver leur capacité collective à intervenir dans les choix économiques, politiques et sociaux. C’est tout le sens du communisme de conquêtes du PCF : faire du rassemblement non pas une addition d’appareils ou une compétition de prétendants à l’Élysée, mais une force populaire organisée, porteuse d’une perspective de transformation de la société.
L’unité dans le combat n’est ni la fusion ni la subordination. Elle suppose le respect mutuel, la confrontation démocratique des idées et la reconnaissance de l’autonomie de chaque organisation. C’est à cette exigence que nous devrions mesurer nos pratiques comme nos stratégies.
« chacun y a sa place » ? ben, non, (et pourquoi pas le RN ? on dirait quoi s’il venait aux manifs? On vous entend moins quand c’est LFI qui se fait huer aux manifs antisémite) vous ne faites que commenter les agissements de certains trublions, qu’on ne connait pas et dont on ne sait si ils ne sont tout simplement que des provocateurs à l’avantage de Glusckman qui dira ensuite « c’est LFI (et les russes aussi sans doute »), c’est bien pratique pour jouer au caliméro de service…..votre analyse est inutile et dire que cela ne fait que réconforter Glusckman dans son rejet de LFI est encore plus idiot à mon sens, de toute façon il n’est PAS de gauche, il ne pense pas à Gauche (et il pense peu en fait, il bave, il begaye mais il n’a RIEN à dire ce candidat du PS), donc mettre Melenchon au défi de ne pas ostraciser ce candidat est inutile et sans objectif concret….
Et oui, tout le monde deteste le PS, il a trahi et trahira encore, Glusckman n’est qu’un missile qui fera long feu et on l’oubliera jusqu’au retour de sa speakrine à la TV pour défendre la bourgeoise comme elle l’a toujours fait !
Qui a définitivement , radicalement exclu LFI de la gauche , en refusant toute alliance , toute action commune avec elle ? Dans ce cas quel sens cela a t-il d’être dans la rue aux côtés de LFI ?
Si Glucksman se fait huer dans les manifs, c’est bien évidemment la faute à LFI qui coordonne en loucedé une campagne de dénigrement à son encontre. Sans cette odieuse entreprise souterraine , il est bien évident que cet homme qui avoua lui-même que les manifestations pour les retraites « c’est pas mon truc » y serait accueilli avec force embrassades ponctuées de vigoureux « El pueblo unido jamás será vencido » sur fond d’Internationale qu’il reprendrait en chœur, point levé.
Vous pensez sincèrement que LFI a besoin de souffler aux manifestant.es ce qu’ils et elles ressentent par eux-même, à savoir que Glucksman est un clone de Macron, en encore moins consistant?
Quant au respect, il commence par ne pas uriner sur ses adversaires, mais bon, c’est peut être mon coté vieille France.
Bravoo!!! Une bien belle leçon de civilité, Catherine !!!
Dans ton cortège idéal, il n’y a ni prolétariat contemporain en lutte, ni antagonisme de classe… mais de sages « manifestants », rassemblant « tous les métiers, ceux du privé et ceux du public », réunis pour un défilé bien peigné où « tout le monde a sa place ».
Bon… Catherine, quand la rue refuse de servir de marchepied à un Raphaël Glucksmann venu s’acheter une respectabilité militante à bon compte, tu cries aux « harceleurs de manifs », au « sectarisme » et au spectre du mélenchonisme (on a bien compris que c’est pas Staline qui t’inquiète…). Quand les voix s’élèvent contre les louvoiements de ceux qui avaient foot le jour où la lutte antiraciste exigeait d’être au coude-à-coude, tu appelles au « respect » et à la concorde républicaine. Ces « intimidations » que tu déplores ne sont pas une faute de maintien : c’est le rejet viscéral d’un cortège qui refuse d’être anesthésié par les fossoyeurs de ses propres combats.
Alors franchement Catherine, ouvre les yeux : la défaite ne vient pas des manifestants qui tracent une ligne de dignité sur le pavé, elle vient de cette illusion tenace selon laquelle on battra l’extrême droite main dans la main avec ceux qui lui ont pavé la voie…
Vivement la rupture!
l’article charge LFI de maux qui ne sont pas les siens !!!