Retraites : l’Espagne est-elle un bon contre-exemple ?

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Pendant qu’en France, on repousse l’âge de départ à la retraite de 62 à 64 ans, nos voisins espagnols réforment eux-aussi leur système. Avec quelques nuances de gauche…

64 ans pour les Français, 67 ans pour les Espagnols. Voilà ce que proposent les deux gouvernements du nord et du sud des Pyrénées à leur population. Mais sur le fond et la forme, la méthode est loin d’être comparable.

D’abord, il y a le « pourquoi ? » En France, heureux celui qui saurait expliquer pourquoi Emmanuel Macron s’est pris d’envie de passer cette réforme. La viabilité économique du système – première des justifications avancées – est fiable comme une estimation au doigt mouillé ; l’argument du vieillissement de la population qui déséquilibrerait le financement a été largement démonté.

L’économiste Michaël Zemmour explique cet entêtement infondé comme suit : « Il choisit de faire cette réforme maintenant, qui fait des économies, pour des questions de finances publiques. Le gouvernement a un objectif de réduction de son déficit à 3% en 2027 et il s’est lui-même créé une difficulté, en baissant les impôts sur les entreprises – la baisse des impôts de production – et en baissant les impôts notamment sur les ménages aisés – la taxe d’habitation. Donc il se crée un déficit alors même qu’il doit le réduire. On est aujourd’hui à environ 5%. Et pour réduire ce déficit, il a fait un choix : celui de réduire les dépenses publiques vite. Et pour réduire les finances publiques, il a choisi les retraites. »

En gros : il va falloir travailler plus pour éponger les cadeaux faits aux plus riches par Emmanuel Macron.

 

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En Espagne, l’explication est toute autre : c’est l’Union européenne qui l’impose, en échange des fonds du plan de relance européen post-covid. Le « deal » est clair : si le chef du gouvernement socialiste Pedro Sanchez ne réforme pas, l’Espagne ne recevra pas son chèque de plus de 30 milliards d’euros. Un luxe auquel échappe la puissante France.

Quelles réformes ?

En France, avec la réforme Macron-Borne-Dussopt, on pourra partir à la retraite à 64 ans, à taux plein si l’on a travaillé 43 années.

En Espagne, on prendra sa retraite à 66 ans (67 d’ici à l’horizon 2027), à taux plein si l’on a travaillé 37,5 années.

Mais surtout, c’est le mode de financement des retraites qui varie entre les deux réformes. En Espagne, Pedro Sanchez, qui n’a pas souhaité baisser les pensions ni repousser plus encore l’âge légal, a choisi de mettre davantage à contribution les revenus les plus élevés.

La gauche française applaudit, la droite se moque.

Comparaison n’est pas raison… mais quand même

Certes, les Espagnols partent à la retraite plus tard. Certes, le montant des pensions y est inférieur. Or, il faut préciser qu’actuellement, « l’âge effectif de départ à la retraite est sensiblement plus bas en France qu’en Espagne, 62,9 contre 66,4 », lit-on dans Le Monde. Le changement est donc « sensiblement » plus fort à Paris qu’à Madrid.

De plus, en Espagne, « le montant de la première pension de retraite rapporté à la dernière rémunération perçue en activité est, selon l’OCDE, de 80% contre 74% en France », écrit Libération. Qui précise ensuite qu’« un récent accord entre syndicats et patronat prévoit d’augmenter dès cette année les pensions de 8,5%, soit l’équivalent du taux d’inflation moyen l’an dernier ».

Enfin, cette réforme de la coalition des gauches espagnoles s’est faite par le truchement d’une négociation exemplaire entre le gouvernement et les syndicats, lesquels se disent satisfaits du résultat. Seul le patronat est mécontent. En France, Emmanuel Macron refuse de recevoir les syndicats.

La France ferait mieux de ne pas se croire trop belle. À force de démanteler un système social « modèle », elle pourrait finir par rattraper (ou se faire rattraper par) les « mauvais » élèves qui, eux, améliorent leurs systèmes avec les moyens qui leur sont propres. Rappelons-nous qu’à la veille de la crise du covid, le système hospitalier français était vanté comme l’un des plus solides au monde, loin des systèmes « pourris » italiens ou britanniques. La suite, on la connaît.

 

Loïc Le Clerc

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