Pour ne pas en rester aux intentions de vote — par Roger Martelli

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Les sondages d’intentions de vote ont une pertinence toute relative à neuf mois du scrutin présidentiel. Ils donnent juste une photographie. Celui de Cluster 17 est plus intéressant : il mesure les forces et faiblesses des différents candidats selon le système de valeurs des électeurs.

Créé en 2021, l’institut de sondages Cluster 17 se distingue par une méthode qui associe, aux indicateurs classiques (sexe, âge, professions et catégories socioprofessionnelles, territoire et votes), la définition de systèmes cohérents d’attitudes et de valeurs, appelés « clusters ».

Ils sont au nombre de 16 et se répartissent de la manière suivante :

Dans cet ensemble, les cinq premiers se sont portés majoritairement sur la gauche aux élections de 2022 et 2024. Au total, ces cinq clusters regroupaient un tiers environ de la population interrogée. C’est dans quatre d’entre eux (multiculturalistes, solidaires, sociaux-républicains et révoltés) que Jean-Luc Mélenchon a fait l’essentiel de son score en 2022.

Les quatre suivants (modérés, apolitiques, centristes, libéraux) regroupaient un quart de la population et soutenaient des votes nettement en faveur du centre et de la droite classique.

Enfin, les sept autres regroupaient près de 45% de la population qui vote et constituaient le socle du vote d’extrême droite et celui du Rassemblement national. L’avantage entre 2022 et 2024 a été donné à la dynamique d’extrême droite. La gauche a suivi de plus loin. Au total, le discrédit des droites de gouvernement a boosté la poussée de la droite extrême.

Les « segments » politiques de 2026

Dans leur nouvelle enquête, le politologue Jean-Yves Dormagen et son équipe ont accolé à la grille des 16 clusters une nouvelle panoplie. Elle reprend la division droite-gauche classique (l’auto-positionnement sur une échelle allant de 0 à 10) et lui ajoute la distinction entre un choix exclusif en faveur d’une organisation particulière et une attitude plus indécise à l’intérieur de chaque famille politique.

À partir de là, la population interrogée est regroupée en 22 « segments » combinant les deux axes de distribution. La répartition de ces segments dans l’opinion se présente ainsi :

Sur ces 22 segments, 7 constituent le réservoir principal de la gauche, pour un total de 38%. Ce total se partage en trois groupes : celui (15%) qui fonctionne plutôt comme une gauche radicale déclarée, soit largement portée sur LFI, soit plus partagée entre LFI et écologistes ; celui (16%) qui relève d’une gauche réputée modérée (écologiste, socialiste ou pouvant se porter sur le centre dès le premier tour) ; celui enfin des hésitants entre les familles de gauche.

Sept autres segments forment le socle d’un vote porté vers le centre et la droite classique (19% des opinions enregistrées). Enfin, trois segments (28% du total) nourrissent une propension forte à se tourner vers l’extrême-droite. À ces trois blocs inscrits dans la partition droite/gauche, s’ajoute un ensemble plus indéterminé de 15%.

Au total, on se retrouve avec un panel de 38% plutôt à gauche, de 19% plutôt tournés vers le centre et la droite et de 28% portés vers l’extrême droite, à quoi s’ajoutent 15% d’incertains.

Proximité et répulsion

La ventilation des segments redit ce que nous constatons depuis quelques années : la crise politique n’a pas défait les cohérences anciennes et, même affaibli, le potentiel de la gauche n’est pas voué aux maigres scores qui sont globalement les siens depuis 2017.

Mais il reste à trouver les dynamiques de mobilisation qui permettraient de maximiser les résultats au premier tour et, dans le meilleur des cas, de l’emporter au second tour. Sans doute les logiques de mobilisation ne sont pas les mêmes, dans un premier tour où chaque candidat doit avant tout mobiliser son espace (au premier tour on choisit) et dans un second tour où il s’agit de réduire le rejet venant des électorats écartés et de jouer sur le rejet de l’autre protagoniste (au second tour on élimine). Les deux logiques ne sont pas les mêmes, mais elles doivent être compatibles, si l’objectif est bien de gagner une majorité et pas seulement d’être le premier de la droite ou de la gauche.

Or, le nouveau sondage confirme une difficulté que d’autres (par exemple, les gros sondages d’Ipsos) ont souvent révélée. Depuis 2017, contrairement aux ambitions macroniennes du « et à droite, et à gauche », l’espace politique s’est radicalisé, sur sa droite comme sur sa gauche. Mais le parallélisme formel dissimule depuis le début un déséquilibre structurel.

Si l’on s’en tient à ces chiffres, le rapport des forces idéologique est à peu près équilibré : un quart ne se porte sur aucun parti, un quart va vers l’extrême droite, un tiers vers la gauche et un cinquième vers le centre et la droite. Si l’on retire les 24% non attribués à un parti, on trouve même une situation qui suggère que le rapport des forces sur le terrain des valeurs est moins défavorable à la gauche que le rapport purement électoral.

Mais la dynamique interne n’est pas la même du côté de la droite et de la gauche. La radicalité à gauche que cultive LFI est sensiblement moins attractive que celle que porte le RN. Ajoutons que la dominante qu’exerce LFI sur l’ensemble de la gauche est moindre que celle qu’exerce le RN sur le reste de la droite. Jean-Luc Mélenchon et LFI avaient écrasé le reste de la gauche en 2022, nettement moins en 2024.

D’autres données vont dans le même sens. Ainsi, Cluster 17 a introduit une question, non sur l’intention de vote, mais sur la probabilité du vote : « Sur une échelle de 0 à 10, quelle est la probabilité que vous votiez un jour pour… ». Le résultat en moyenne est le suivant :

En probabilité, LFI se trouve dans la seconde moitié du tableau, tandis que le RN est bien en haut du classement, comme ailleurs dans les intentions de vote. En règle générale, nous dit le commentaire de Cluster 17, on peut parler de très forte probabilité de vote quand la moyenne de probabilité est supérieure à 6. À l’échelon national, aucune force n’atteint ce niveau. Mais ce n’est pas le cas si on passe de la moyenne nationale au résultat dans les segments.

Le sondage mesure aussi le rejet des différentes formations, au travers d’une question simple : « Parmi les partis suivants, y en a-t-il un pour lequel vous êtes certain(e) de ne jamais voter à l’avenir ? »

Comme pour la proximité idéologique, LFI et le RN – les deux « extrêmes » – se trouvent en tête du classement de la répulsion. À nouveau, l’écart joue en défaveur de la France insoumise, qui enregistre un rejet moyen qui frôle les 50%. 

La ventilation des résultats par segment accentue le trait : le phénomène de rejet est massif (plus de 80%) dans 5 segments sur 22, alors que le RN n’atteint nulle part un niveau équivalent.

Au total, le sondage Cluster 17 écarte l’idée de consultations électorales à venir vouées par avance au triomphe de l’extrême droite et à la déconfiture de la gauche. La part des incertitudes est encore trop grande pour figer les probabilités en certitudes. Mais elle devrait proscrire d’ores et déjà toute suffisance, en tout cas à gauche. Dans une situation incertaine, où tous les repères ne sont pas brouillés, mais où la dynamique est bien du côté d’une droite fortement droitisée, la situation à gauche reste fragile, dans tout l’arc des courants de gauche. La solution la plus raisonnable reste donc le rassemblement le plus large à gauche.

Manifestement, la gauche s’oriente de moins en moins vers cette hypothèse. Il convient pourtant de déterminer s’il est encore possible de conjurer l’inévitable et, à défaut, s’il est possible d’atténuer les effets désastreux de la division.

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22 commentaires

  1. Lucien Matron le 13 juillet 2026 à 17:32

    Nous ne cessons de dire ici que le changement de cap politique « à gauche » ne peut se faire que par un large rassemblement de l’électorat qui ne veut ni du Rassemblement National, ni du centre droit libéral ( Macronistes, Horizons, LR). Roger Martelli confirme cette hypothèse. Or, les organisations et partis se réclamant de la gauche au sens large, refusent, à ce jour, ce rassemblement. Leur attitude est suicidaire et permet au RN d’envisager une victoire. Il ne s’agit pas de faire porter la responsabilité sur tel ou tel, il s’agit de prendre acte d’une situation et d’en tirer les conséquences. La situation n’est pas totalement désespérée mais la maison brûle….

    • Michel Davesnes le 14 juillet 2026 à 13:37

      Là où nous sommes d’accord, M. Matron, c’est dans la désignation du FN (oui, je dis toujours FN) comme adversaire ultime.
      Là où nous le sommes moins, c’est quand vous refusez de ranger le parti prétendument socialiste dans le camp du centre droit libéral. C’est portant ce parti qui a engendré Macron et son monde et qui, par ses reniements fait grimper le FN. Il faut être cohérent, on ne peut pas lutter contre les conséquences en oubliant les causes.

  2. Michel Davesnes le 13 juillet 2026 à 17:52

    À quoi bon seriner sans arrêt « union, union, union » ? L’union pour l’union n’a aucun sens. Et l’union uniquement pour battre la droite et l’extrême droite, sans projet commun, a montré ses limites. Du reste, quel projet commun entre la gauche de droite, celle qui a engendré Macron, ne s’en est jamais repentie, est prête à remettre le couvert avec Glucksmann, Cazeneuve ou Hollande, et une gauche clairement de rupture ?
    Non, M. Martelli, il ne suffit pas de sauter comme un cabri en beuglant « union, union » pour que ça donne des résultats.

    • Lucien Matron le 15 juillet 2026 à 00:20

      Michel Davesne, si vous connaissez une autre solution que la victoire d’une gauche rassemblée pour changer de politique, dites nous laquelle. Refuser à priori, le rassemblement, c’est laisser le pouvoir politique , à toutes celles et tous ceux qui le détiennent depuis des lustres…L’’étude de Roger Martelli est suffisamment claire pour en faire le constat. Il faut admettre un élément objectif : aucune organisation politique ne peut gagner ä elle seule…autrement dit pour gagner et changer de politique, il faut sceller des alliances.

      • Michel Davesnes le 15 juillet 2026 à 19:07

        Changer de politique avec ceux qui ont engendré Macron et qui sont prêts à remettre le couvert, il faudra m’expliquer.

      • Renaud Bernard le 16 juillet 2026 à 00:04

        Gauche rassemblée, droite rassemblée c’est tout à fait ça. Ensuite le peuple décide et on respecte son choix.

  3. Frédo le 13 juillet 2026 à 19:15

    Et de quel panel s’agit-il ?

    • Lionel Mutzenberg le 14 juillet 2026 à 17:30

      Je me suis posé la même question : quel panel ?
      Pas du tout convaincu par l’objectivité des résultats.
      Le PC s’est effondré, ben oui, je comprends mieux pourquoi.

    • Alain Garcin le 14 juillet 2026 à 18:07

      Entièrement d’accord. Et j’ajouterai que l’union de la gauche au premier tour est le meilleur moyen de perdre le deuxième, faute de dynamique. Les victoires de la gauche se sont toujours faites avec une offre diverse, enclenchant ensuite une dynamique de rassemblement. Un seul candidat à gauche, c’est trop peu, 2 ou 3 maximum c’est très bien pour que les divers sujets que porte la gauche soient audibles. L’idéal pour moi, c’est un candidat d’extrême gauche type Lutte Ouvrière, un candidat de gauche radicale (LFI) et un candidat social-liberal (PS/ Place publique). Cela maximise le vote à gauche au premier tour et ouvre la voie à une dynamique de rassemblement au 2em tour. Les autres candidats de gauche (Tondelier, Ruffin) ne sont que des noisettes qui se feront écraser entre les 2 forces principales à gauche. Et vu l’état de délabrement du PS et des verts, c’est la voie royale pour une victoire de Mélenchon.

  4. lasbleiz le 13 juillet 2026 à 22:49

    moi, je propose une primaire à gauche. Plus sérieusement, oui, on peut conjurer l’inévitable par un accord avec le candidat le mieux placé: Mélenchon, dès après les sénatoriales, un accord tout sauf PS, qui est un parti trop clivant à gauche (qui par son accord avec Lecornu montre encore une fois qu’il s’oppose à gauche et gouverne à droite).

  5. lemasseur le 14 juillet 2026 à 07:34

    Après le prêche, voilà maintenant les oracles et les intestins d’une pauvre bête répandue sur l’autel pour en faire la lecture et nous conduire, pauvres aveugles, dans l’obscurité d’un avenir incertain.
    C’était inutile dans la mesure ou le résultat en forme de mantra final est inchangé, l’union! Qu’importe la réalité des choses, quelques soient les organes examinés et la forme qu »ils prennent.
    Au lieu de courir après quelque chose qui n’existe pas, n’existera pas, d’user ses forces ainsi que celles de ses lecteurs et lectrices à répéter les mêmes phrases vide de sens (oui on est d’accord « ensemble on est plus fort », la belle affaire lorsque le « ensemble » ne recouvre aucune réalité concrète), il serait peut être judicieux de partir des forces en présence, les juger, les jauger et peser pour que l’une d’elle emporte les autres, non pour les absorber mais pour les tracter.
    L’horizontalité ça ne fonctionne pas par définition dans la Vème. Il faut un véhicule devant et les autres qui poussent derrière, c’est ainsi même si c’est infiniment regrettable.
    Au lieu de chercher une concorde imaginaire qui a tout d’une licorne ou d’un dahut, il faut miser sur le bon cheval et se mettre derrière, ensemble et donner de la force sans chichiter.

    • Lionel Mutzenberg le 14 juillet 2026 à 17:59

      L’Union est un combat, certes, mais un combat contre nous mêmes, des personnes que l’on met dans le même sac de gauche en oubliant l’essentiel, la véritable nature des convictions, qui forgent l’idéal de gauche !
      J’étais communiste et cégétiste, mon patron était gaulliste de gauche, aujourd’hui nous serions dans le même parti, rigolo, non ?
      Rassurez vous, nous étions, l’un comme l’autre, conscient de nos divergences de classes, puis le néolibéralisme est arrivé, et la lutte de classe nous a opposé à un salarié cadre supérieur, qui devait, lui aussi, veiller à sa propre part, en plus de la part de l’entreprise, incontournable pour fonctionner, et celles des actionnaires.
      L’union dans nos entreprises pour défendre des intérêts communs, oui bien évidemment ! l’union pour l’union, plus jamais !

  6. Sergent Bauchat le 14 juillet 2026 à 09:36

    Ma conclusion est qu’un candidat social-démocrate (Glucksmann pour ne pas le nommer) a plus de chances de remporter l’élection, ou du moins d’affronter l’extrême droite.

    • Michel Davesnes le 14 juillet 2026 à 13:40

      Sergent Bauchat, un 2ème Macron qui renforcera le FN comme son modèle, à quoi bon ?

  7. Lemarchal le 14 juillet 2026 à 13:36

    Les sondages devraient être interdits.

  8. Lionel Mutzenberg le 14 juillet 2026 à 17:26

    Bravo ! c’est exactement le calcul des droites !
    Vous pourrez rejouer en deuxième semaine.

  9. levesque marc le 16 juillet 2026 à 11:46

    Seule l’union à gauche autours d’une politique de rupture peut effectivement espérer fermer la porte du pouvoir à l’extrême droite ou une configuration politique d’alliance implicite et ou explicite entre la droite et l’extrême droite pour poursuivre approfondir les politiques néolibérales, faire évoluer le rapport de force économique idéologique et politique pour parler bref le rapport de force entre le capital et le travail.

    L’expérience avortée du NFP montre que le rassemblement à gauche ne se limite pas à additionner les voix potentielles des différentes forces politiques et peut permettre un bouger favorable à un projet politique ancré à gauche.
    Le sondage et son analyse par Roger évite de tomber dans un optimisme volontariste, voir messianique, la structuration de l’opinion s’inscrit dans une sédimentation de long terme, ce qui ne peut que refroidir les espoirs de ceux qui parient sur un effet vote utile contraint, suffisant non seulement pour que Mélenchon soit présent au deuxième tour mais pour lui permettre gagner la partie.
    Deux conditions de mon point de vue qui ne sont pas réunies à ce jours sont nécessaire pour que le bougé permis par la mobilisation populaire et des forces vives de la société contre l’extrême droite soit maximum :
    • Faire grandir de manière suffisante dans la société la conviction que l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir n’est pas ‘un épiphénomène mais bien un événement politique majeur en capacité de recomposer en profondeur le champ politique et la société et qu’il faut agir.
    • Obtenir sur la pression de cette mobilisation un regroupement à gauche de type front populaire

    Nous ne sommes pas du tout dans le même contexte mais le front populaire de 1936 a montré l’impact que pouvait avoir un mouvement populaire dans le champ politique.
    Une gauche de gauche rassemblée autours d’une candidature unique serait très importante pour pousser à l’union ou marginaliser la prétention du courant social libéral très présent au sens du PS de reconquérir une position d’influence à gauche. Obtenir ce rassemblement est un objectif qui ne saurait être abandonné.
    Cela implique également de sortir du piège de la présidentielle et de l’homme ou de la femme providentielle et de préparer sans attendre la législative qui devrait suivre,

    Si par une divine surprise Mélenchon devait gagner au deuxième tour, obtenir une majorité de gauche et réunir les conditions permettant de mettre en œuvre des choix politiques de rupture n’est envisageable :
    • sans une majorité parlementaire ayant son centre de gravité bien à gauche. Ce qui de mon point de vue n’est possible que si la diversité des sensibilités de la gauche est prise en compte et affirmée en acte
    • et que si l’action au parlement et au gouvernement peut compter s’appuyer sur une mobilisation à la hauteur des résistances venant des forces dirigeantes économiques et politiques.

    Le temps est compté mais tout ce qui se fera pour mobiliser tous ceux qui sont attachés à la démocratie, à l’égalité, à la justice sociale et à la paix sera utile pour l’avenir.
    Car même si la gauche est battue cela ne sera pas la même situation, si elle est éliminée dés le deuxième tour avec le risque d’effacement que cela représente et si présente au deuxième tour elle fait 35 % ou 48 %.
    Ce ne sera pas la même situation si elle aborde la législative unie ou éclatée.

    L’enjeu majeur que représente 2027 invite à ne pas renoncer et à faire tout ce qui est notre possible pour peser sur l’avenir.
    L’intérêt du sondage et de son analyse par Roger est de montrer que tout n’est pas possible mais que des évolutions politiques très significatives peuvent être obtenues.
    Ce qui suppose de refuser la spirale suicidaire dans laquelle les formations de gauche dans leur ensemble sont aujourd’hui engagées, en contrant cette fascination pour la catastrophe qui vient et que les dirigeants des formations de la gauche chaussés de lunettes anciennes refusent de voir en se disant que l’histoire continuera après 2027 et qu’il faut donc dans cette course de petits chevaux tenter de marquer des points pour peser demain.
    Sans mesurer l’exemple international le confirme, que c’est le camp progressiste dans son ensemble qui risque de se trouver considérablement affaibli voir politiquement marginalisé et cela de manière durable à la sortie de séquence électorale de 2027.

    • Lionel Mutzenberg le 22 juillet 2026 à 10:41

      Nous sommes d’accord,  » des évolutions très significatives peuvent être obtenues. » J’avais organisé, avec des camarades, un repas soupe aux légumes, et bien : 30% ne voulait pas trop de carottes, 30 % ne voulait pas trop de poireaux, 30% ne voulaient pas trop de pommes de terre, 10% voulaient peu de sel et de poivre, et à la fin du repas…. la marmite était vide.
      Alors, peut être, que cet énorme envie de changement pour cause de nécessité, imposera, à celles et ceux qui ont leurs assiettes pleines quelque soit le Président de la République en place, le  » Changer la vie  » promis par les socialistes en 1981 !
      L’extrème droite, la guerre, les armes depuis toujours du capitalisme quand il se sait en danger, nous en sommes conscients.
      Une autre alternative est possible, si nous le voulons.

  10. Lafleur le 22 juillet 2026 à 11:36

    Cher Roger,

    J’ai lu ton analyse avec beaucoup d’intérêt. Les données sociologiques qu’elle mobilise sont précieuses. Elles permettent de mieux comprendre l’état de l’opinion à un moment donné. Mais il me semble que notre désaccord est plus profond que la seule question d’une candidature présidentielle.

    J’ai le sentiment que ton raisonnement opère un glissement du descriptif au normatif. Parce que les segments électoraux sont aujourd’hui structurés d’une certaine manière, la stratégie de la gauche devrait durablement s’organiser en fonction de cette photographie. C’est précisément là que, me semble-t-il, apparaît un réductionnisme sociologique.

    Pour un communiste, la conjoncture électorale est un objet d’analyse ; elle ne saurait constituer le fondement d’une stratégie. Elle est un moment de la lutte de classes, non son principe organisateur.

    Historiquement, la tradition communiste française procède autrement. Elle part des contradictions fondamentales du mode de production, des rapports de classes, des transformations du travail, de l’État et de l’hégémonie culturelle. Les élections sont importantes, mais elles n’en sont qu’une expression particulière.

    Autrement dit, la stratégie éclaire la lecture de la conjoncture ; elle ne se déduit pas de celle-ci.

    C’est précisément ce que Lénine développe dans « Que faire ? ». Le parti révolutionnaire communiste ne doit pas refléter le niveau de conscience existant ni simplement capter les aspirations populaires. Il doit contribuer à les transformer, à organiser les expériences dispersées du monde du travail et à faire émerger une conscience politique capable de dépasser les limites de l’expérience immédiate. Antonio Gramsci prolongera cette intuition. En effet, selon lui, l’hégémonie ne consiste pas à additionner des segments électoraux.

    Pour Gramsci, elle consiste à construire un nouveau bloc historique en faisant reconnaître les intérêts du travail comme l’intérêt général de la société. Une force politique devient dirigeante non parce qu’elle épouse le sens commun, mais parce qu’elle le transforme. Le parti n’est donc pas le miroir de la société à un instant T. Il est un facteur actif de son histoire. C’est pourquoi il me semble que le débat du 40ᵉ congrès du PCF dépasse largement la question d’une candidature. Il pose une interrogation beaucoup plus fondamentale : quelle est aujourd’hui la fonction historique d’un parti communiste ?

    Doit-il adapter en permanence sa stratégie à l’état présent de l’opinion, comme le fait le courant populiste de la social-démocratie, ou partir des contradictions du capitalisme pour construire les conditions d’une nouvelle hégémonie populaire ?

    Reconstruire une conscience de classe, réarticuler la question sociale, la souveraineté populaire, la réindustrialisation, les services publics, la paix et la réponse aux défis écologiques dans une perspective de dépassement du capitalisme, ce n’est pas attendre un rapport de force favorable. C’est contribuer à le produire.

    C’est aussi le sens de l’idée d’union du peuple. Ce n’est pas l’addition circonstancielle d’électorats ou d’appareils, mais la construction progressive d’un bloc populaire autour des intérêts des classes laborieuses et d’un projet de transformation sociale. L’unité n’est pas le point de départ de la stratégie ; elle en est le produit lorsqu’un projet politique devient capable d’exercer une véritable hégémonie. Karl Marx écrivait, dans sa onzième thèse sur Feuerbach, que les philosophes n’avaient fait qu’interpréter le monde, alors qu’il s’agit de le transformer. Dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, il ajoute que les hommes font leur propre histoire, mais dans des conditions qu’ils n’ont pas choisies.

    Toute la dialectique est là : partir de la réalité sans s’y soumettre.

    C’est pourquoi je crois que le véritable clivage n’oppose pas aujourd’hui les partisans d’une candidature à ceux d’une autre. Il oppose deux conceptions de la politique. L’une part de l’état présent de l’opinion pour construire son offre. L’autre part des contradictions du capitalisme pour construire les conditions d’une nouvelle hégémonie populaire.

    À mes yeux, le 40ᵉ congrès du PCF a choisi cette seconde voie. Non par goût de l’isolement, mais parce qu’il réaffirme que la vocation du parti communiste français n’est pas d’administrer le rapport de force existant ou de simplement polariser les débats de manière manichéenne comme un certain populisme. Elle est de contribuer à le transformer.

    Fraternellement.

    • Lionel Mutzenberg le 24 juillet 2026 à 10:06

       » Pour nous le communisme n’est pas un état de choses qu’il convient d’établir, un idéal auquel la réalité devra se conformer. Nous appelons communisme le mouvement qui aboli l’état des choses. Les conditions de ce mouvement résulte de données préalables telles qu’elles existent présentement. »
      Karl Marx – L’Idéologie allemande –
      Nos dirigeants, et leurs intellectuels distingués, sont passé à côté de la réalité du temps présent, cette évolution de notre société, qui, miné par le capitalisme et ses courroies de transmissions, incapables de comprendre les effets qu’elle produisait, ont bousculé nos consciences au point, quelquefois, de tomber dans le piège tendu de l’attraction naturelle vers la petite bourgeoisie.
      Le 40e congrès du PCF a reconduit Fabien Roussel, et les doutes sur le positionnement de ce parti, qui, depuis 2022, reste incompréhensible au regard de son histoire, se sont aggravés, du fait de cette prétention à la candidature en 2027, dont on sait qu’elle détruira la vraie gauche.
      Reste qu’il existe une opposition dans le PC, dont acte ! Qu’ils viennent comme ils sont nous rejoindre, les militants de la base sont toujours les mieux placés pour poser les questions essentielles, celles qui soucies les classes populaires et moyennes, que la fausse gauche a, depuis longtemps, abandonné.
      Nous gagnerons ensemble, ou nos compatriotes perdront. C’est simple non ?

    • Michel Davesnes le 25 juillet 2026 à 08:23

      M. Lafleur, vous pensez sérieusement que le parti communiste a choisi, lors de son congrès, de construire les conditions d’une nouvelle hégémonie populaire ? Avec Fabien Roussel, le communiste préféré de la droite comme candidat ?

  11. Lafleur le 24 juillet 2026 à 16:02

    Cher Lionel,

    Tu mobilises une citation juste de Marx, mais tu opères ensuite un déplacement assez classique. Tu transformes une analyse matérialiste du mouvement réel en une justification d’un politique d’accompagnement de l’ordre néo-libéral actuel comme « castor de gauche » (voire d’un certain sociologisme réducteur).

    Le point central est que partir du réel n’a jamais signifié se soumettre à l’immédiateté du réel.

    Autrement dit, la citation de Marx est juste, mais je crois qu’elle conduit à une conclusion différente de la tienne.

    Dire que le communisme est « le mouvement réel qui abolit l’état actuel des choses » ne signifie pas que les communistes doivent simplement refléter l’état présent de la société ou suivre les évolutions immédiates de l’opinion. Cela signifie qu’ils doivent partir des conditions réelles pour agir sur elles et les transformer.

    C’est précisément toute la différence entre une analyse matérialiste et un réductionnisme sociologique. Le matérialisme historique observe la réalité, mais il cherche aussi à identifier les forces capables de la modifier. Sinon, il ne resterait qu’à enregistrer les rapports de force existants.

    La question n’est donc pas de nier les transformations du salariat, la progression des classes intermédiaires ou les difficultés d’implantation populaire du PCF. Elles sont réelles et doivent être analysées. Mais la conclusion marxiste n’est pas d’adapter indéfiniment la stratégie à cette situation en soutenant un candidat social-libéral ou social écologique ou encore social-démocrate populiste qui prône un réformisme abstrait ; elle est de comprendre comment reconstruire une conscience de classe dans ces nouvelles conditions.

    C’est toute la fonction historique d’un parti communiste : organiser, former, élever la conscience collective, donner une perspective politique aux luttes sociales, et non seulement traduire électoralement une situation déjà donnée.

    C’est d’ailleurs ce que rappelle Lénine : le parti n’est pas le simple reflet du niveau de conscience existant. Il est un instrument collectif permettant de relier les expériences dispersées des travailleurs, de les organiser et de contribuer à leur transformation politique.

    Sur ce point, l’appel à « venir comme on est » mérite aussi une précision. Un parti communiste n’est évidemment pas une secte fermée. Il doit être capable d’accueillir des militants, des travailleurs et des citoyens qui évoluent, qui cherchent et qui veulent contribuer à une transformation sociale. L’histoire d’un individu ne suffit pas à résumer ce qu’il devient. Mais un parti ne peut pas non plus être une simple addition de parcours personnels, de déceptions ou de sensibilités, pour tout dire de fractions antagonistes. C’est aussi différend de l’égo-politique d’un mouvement avec un chef. Un parti est une organisation qui élabore collectivement une stratégie, forme ses militants et construit une culture commune. La reconstruction ne consiste donc ni à exiger une pureté idéologique préalable, ni à considérer que toutes les trajectoires individuelles se valent indépendamment des choix politiques. Elle consiste à vérifier dans la pratique si chacun accepte de participer à une orientation décidée démocratiquement et à un travail collectif.

    Enfin, concernant la notion « d’opposition dans le PC », il faut rappeler qu’un parti démocratique doit permettre le débat, la confrontation des analyses et l’expression des désaccords. Mais une fois qu’un congrès a tranché, les décisions collectives doivent être respectées. Sinon, on ne construit pas une force politique commune, mais une juxtaposition permanente de courants sociaux-démocrates : la veille chemise sale dixit Lénine. Le PCF n’est pas un parti autoritaire où une direction impose sa vérité sans débat. Mais il n’est pas non plus une structure sans discipline collective. La démocratie communiste suppose à la fois la liberté de discussion avant la décision et l’unité d’action après celle-ci. Au fond, notre divergence porte peut-être sur cette question : un parti communiste doit-il accompagner les évolutions de la société, par les classes intermédiaires petites bourgeoises de la social-démocratie, telles qu’elles apparaissent immédiatement, ou travailler à construire les conditions politiques permettant de transformer ces évolutions ?

    Pour ma part, je pense que l’héritage marxiste nous invite à tenir les deux bouts : partir du réel, mais ne jamais s’y résigner.

    Un dernier point me semble important.

    Tu écris qu’il existerait une « opposition dans le PC » et tu l’invites à vous rejoindre. C’est précisément là que nos conceptions divergent.

    Le 40ᵉ congrès du PCF s’est tenu. Les communistes ont débattu librement, amendé le texte de la direction, puis souverainement adopté une orientation et confirmé leur direction. On peut naturellement continuer à discuter de cette orientation ; c’est même nécessaire. Mais on ne peut pas, dans le même temps, considérer que la décision démocratique des communistes n’aurait aucune portée politique. Inviter une partie du PCF à se ranger derrière une autre organisation ou un autre candidat revient, de fait, à raisonner en termes de fraction plutôt qu’en termes de parti. Ce n’est pas ma conception du fonctionnement communiste. Je remarque d’ailleurs qu’aucune autre organisation de gauche n’accepterait qu’un de ses responsables appelle publiquement à soutenir le candidat démocratiquement désigné par une autre formation contre celui choisi par ses propres adhérents.

    Enfin, je ne partage pas l’idée selon laquelle une candidature communiste serait contraire à l’histoire du PCF. S’il est une constante de cette histoire, c’est au contraire la volonté de porter une orientation communiste propre afin d’élargir le rassemblement populaire, et non de s’effacer durablement derrière une autre force politique social-démocrate.

    Sur le fond, rien ne démontre qu’une candidature unique dès le premier tour conduirait mécaniquement à une victoire. Même si Jean-Luc Mélenchon atteignait 25 % des suffrages, rien ne permet d’affirmer qu’il rassemblerait ensuite 50 % des voix plus une au second tour, ni qu’il disposerait d’une majorité politique et sociale durable pour gouverner. Une stratégie ne peut pas reposer sur cette seule hypothèse. La véritable question est ailleurs : comment reconstruire une majorité populaire ? Non pas en additionnant toujours les mêmes électorats de gauche, mais en reconquérant les millions d’ouvriers, d’employés, de salariés, de jeunes et d’abstentionnistes qui se sont éloignés de la politique ou qui ne se reconnaissent plus dans la gauche. C’est là que se joue la bataille de l’hégémonie. L’unité est indispensable. Mais l’unité ne se confond ni avec l’effacement, ni avec le ralliement derrière le candidat que les sondages désignent momentanément comme le mieux placé. Une stratégie communiste ne consiste pas à administrer le rapport de force existant ; elle consiste à le transformer. L’unité de la gauche ne peut pas reposer sur l’effacement des communistes. Elle ne peut être solide que si chaque force politique respecte la souveraineté démocratique des autres et contribue, à partir de son identité propre, à élargir le bloc populaire plutôt qu’à se partager un même espace électoral.

    C’est sans doute là la différence essentielle entre une logique présidentialiste, qui cherche avant tout à agréger un électorat existant autour d’une personnalité, et une logique communiste, qui vise à construire patiemment une nouvelle hégémonie populaire capable de transformer durablement les rapports de force dans le pays.

    Fraternellement.

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