Municipales : LFI a-t-elle réussi son pari ? – par Roger Martelli

lfi

Le score de La France insoumise a montré ses lignes de force… et marqué des limites. Quelle leçon tirera-t-elle des unes comme des autres ? D’ores et déjà, elle est dans les starting-blocks pour la présidentielle.

Cette année, La France insoumise avait mis le paquet pour les élections municipales : 276 listes contre 75 en 2020, 19 députés candidats et tous les responsables nationaux sur le terrain. Les insoumis ont concentré leurs efforts là où ils pouvaient obtenir les meilleurs résultats. Ils ont ravi Saint-Denis aux socialistes dès le premier tour, en alliance avec les communistes. Au second tour, leurs listes en compétition dépassent les 50% dans quatre villes (Roubaix, La Courneuve, Creil et Vaulx-en-Velin). Dans quatre autres, elles sont entre 40 et 50%.


TOUS LES JOURS, RETROUVEZ L’ESSENTIEL DE L’ACTU POLITIQUE DANS NOTRE NEWSLETTER

👉 C’EST ICI ET C’EST GRATUIT


Officiellement, LFI emporte sept municipalités. Même là où elle n’est pas élue, elle enregistre entre 20 et 40% des suffrages dans 14 villes et entre 10 et 20% dans 18 autres. En tout, 41 villes sur les 276 où LFI se présentait placent les insoumis au-dessus des 10%. 19 de ces villes sont en Île-de-France, dont 10 en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne. Ces bons résultats dans les banlieues se retrouvent aussi dans des villes-centres importantes (Toulouse, Limoges, Lille, Angoulême, Montpellier, Clermont-Ferrand, Rennes, Caen, Rouen, Nancy, Saint-Étienne).

Dans presque tous les cas, les scores les plus élevés de LFI se retrouvent dans des villes qui ont fait partie de l’espace historique du communisme et du socialisme français. Sur les 27 villes où les insoumis obtiennent plus de 15%, 10 sont dans les vieilles zones de force du PC (Saint-Denis, La Courneuve, Vaulx-en-Velin, Argenteuil, Vénissieux, Pantin, Orly, Bezons, Champs-sur-Marne, Nanterre) et 13 dans celles du PS (Limoges, Roubaix, Creil, Bondy, Villeurbanne, Saint-Fons, Lille, Angoulême, Montpellier, Tourcoing, Créteil, Villeneuve-d’Ascq, Clermont-Ferrand). Les bras-de-fer de LFI se font avec la gauche, pas avec la droite ni l’extrême droite.

Dans presque tous les cas, les scores les plus élevés de LFI se retrouvent dans des villes qui ont fait partie de l’espace historique du communisme et du socialisme français. Les bras-de-fer de LFI se font avec la gauche, pas avec la droite ni l’extrême droite.

Les insoumis visaient prioritairement la « nouvelle France », celle de la jeunesse éduquée, revendicatrice et de ressources modestes, et celle des populations discriminées des périphéries métropolitaines. Sur ce terrain, ils ont incontestablement marqué des points. Mais la « nouvelle France » n’est pas la France entière et la France n’est pas seulement celle de la gauche historique.

Dans de nombreuses banlieues fortement marquées par la gauche, les électeurs les plus modestes peuvent voter massivement pour LFI, quand ce vote leur apparaît à la fois comme une réponse à leurs exigences de reconnaissance et de dignité et comme un vote utile face à la droite et à l’extrême-droite. Mais ces mêmes électeurs votent moins LFI, quand d’autres votes apparaissent politiquement plus utiles contre une droite menaçante. De façon significative, dans les grandes métropoles, à part Toulouse et Limoges, les mêmes groupes défavorisés se sont plutôt tournés vers les autres composantes de la gauche. Les électeurs populaires ont voté LFI en banlieue parisienne et lyonnaise contre la droite ; mais, à Marseille, ils ont choisi plutôt Payan que Delogu contre le Rassemblement national.

Le vote des catégories des 10% les plus pauvres dans les grandes villes (en % des inscrits)
VilleLFIGauche hors-LFIRN
Toulouse1463
Limoges1378
Lille16184
Rennes10125
Paris10125
Grenoble10153
Villeurbanne10165
Brest6137
Montpellier5160
Lyon893
Strasbourg6154
Nantes5163
Bordeaux597
Saint-Etienne7128
Marseille81610
Tours5106
Aix-en-Provence7105
Nice7415
Angers4115
Dijon4206
Le Mans3238
Perpignan51221
Reims3510
Annecy000
Nîmes31411
Rouen2187
Toulon3420
Moyenne6,612,07,0

 Étude menée au niveau des bureaux de vote par Youssef Souidi, co-auteur avec Thomas Vonderscher de Nouvelle cartographie électorale de la France, Textuel, 2026

Les insoumis ont fait la preuve de leur efficacité dans des territoires à la fois très populaires et historiquement marqués par la gauche. Là où la gauche est forte, ils peuvent concurrencer le reste de la gauche et parfois la battre. La candidature insoumise peut augmenter fortement à Lille entre les deux tours, parce que le danger de droite est totalement écarté. LFI est moins performante quand la droite est menaçante. Elle recule ainsi au second tour à Paris quand il s’est agi d’écarter la liste Dati.

La polarisation extrême sur la « nouvelle France » et le choix du clivage accentué entre LFI et le reste de la gauche sont-ils pertinents pour une campagne présidentielle? on peut en douter. Mais l’inverse n’est pas moins discutable. On peut ne partager ni la stratégie politique de LFI, ni ses expressions les plus outrancières, et considérer que l’apport des insoumis est indispensable pour relancer la gauche et éviter le pire. Les bons résultats insoumis, dans des segments importants de la jeunesse et des populations « racisées », dit quelque chose que la gauche doit entendre. Ils sont le miroir inversé de ses propres carences.

La France insoumise a tort de penser qu’elle est, à elle seule, la « vraie » gauche, la gauche « populaire ». Mais on a tort de s’imaginer que l’on peut réussir sans elle. 

Partager cet article

Abonnez-vous
à notre NEWSLETTER
quotidienne et gratuite

15 commentaires

  1. Arnaud V. le 27 mars 2026 à 18:59

    Il manque les Dom-Tom, non?

  2. Calvao le 27 mars 2026 à 22:20

    Merci pour la new letter

  3. carreira le 28 mars 2026 à 06:45

    C’est quoi « être ou se dire ou voter à gauche » aujourd’hui ?
    Comparé à celle du programme commun de gouvernement des années 1970, qui a-t-il « véritablement de gauche » dans les programmes de gouvernement de ses supposées composantes actuelles ?
    A l’aune de quoi, donc, peut-on qualifier aujourd’hui de « vraie » ou « populaire » la dite « gauche » quand le taux de participation à ces municipales est historiquement très bas et le nombre de communes où il n’y avait qu’une seule liste au premier tour est historiquement très haut ?
    Pourquoi « la gauche des bourgs » – qui avait un boulevard devant elle pour s’y exprimer et s’imposer du fait de l’absence de concurrence par la FI – n’y a pas obtenu des resultats remarquables autres que celui de sa faible présence?

  4. Lucien Matron le 28 mars 2026 à 07:58

    Pour changer de cap politique, qui peut imposer le rassemblement sans exclusive des forces de gauche ? Au lendemain des municipales, la question est centrale pour les prochaines élections nationales. A ce jour, les déclarations des directions politiques n’engendrent pas l’optimisme. Au contraire, les positions semblent se cristalliser sur le «  chacun pour soi, et seul contre tous ». Ces choix politiquement «  identitaires », s’ils étaient confirmés dans les prochains mois, seraient une lourde défaite pour tous ceux qui pensent que seule l’Union des Gauches est en capacité de battre l’extrême droite et la droite. Reste à savoir, comment se positionneront, dans les prochains débats, les organisations sociales, les mouvements citoyens, les syndicats, les fédérations humanistes et pacifiques. Cette large société civile, dans sa globalité, peut peser, elle en a le pouvoir.

  5. Florent le 28 mars 2026 à 08:45

    Il est toujours de bon ton dans tout article sur le gauche et en particulier sur LFI de parler des « outrances » de LFI ou de son leader – ça fait toujours plaisir aux éditocrates et autres médiacrates et toutologues – mais jamais de dénoncer celles des adversaires de LFI (cf. les Guedj, Delage et consorts)

    • Trovel Jackie le 15 avril 2026 à 13:07

      merci de le souligner..
      En effet,il devient totalement insupportable de laisser passer des mots comme « boulet »..(je ne parle pas du reste..

  6. Lemasseur le 28 mars 2026 à 11:55

    Au fond, le label « gauche » dont tout le monde se revendique, dont chacun et chacune croit être la seule vraie incarnation à l’exclusion de tout les autres, on s’en fout un peu, non?
    Les seuls positionnements qui vaillent consistent dans le rapport que l’on a avec le système politico-économique, avec le principe (mortifère) de la société de consommation, avec le capitalisme, le tout articulé avec le diagnostic posé sur l’état de la planète , celui de sa population et le projet que l’on imagine pour que cette dernière s’épanouisse au mieux.

    En gros il y a trois options: On accélère, on temporise ou on bifurque.

    Et, dans ce cadre, les deux premiers termes peuvent se confondre en ce sens « qu’à la fin », le résultat est le même.

  7. Renaud Bernard le 28 mars 2026 à 12:08

    Les ressources électorales de LFI, le nerf de la ‘nouvelle France’, ne sont pas dites clairement par Roger Martelli. Ce qu’ambitionne LFI de capter, ce n’est pas la jeunesse éduquée, mais les électorats musulman, islamiste, noir, d’origine immigrée, d’en faire des catégories agissantes et reconnues comme telles sur le plan politique, alors qu’on ne doit en principe n’y prendre en compte que les opinions.
    Le vote religieux, racial et communautaire c’est ce que veut introduire LFI dans le champ politique. Elle parie sur les tensions qu’elle fait tout pour exacerber sur ce terreau. L’antisémitisme est l’un de ses outils pour y parvenir rapidement, son engrais. Les graines qu’elle sème, ce qu’elle fera pousser ne va surement pas attirer les gens éduqués, fussent-ils jeunes. Les Français dotés d’un minimum de sens civique auront le devoir de faire perdre à LFI son pari.

    • carlos_H le 30 mars 2026 à 09:47

      Votre commentaire en dit + sur vous que sur LFI : vous voyez la société française comme une mosaïque de blocs ethniques et religieux, figés, menaçants, incapables de penser autrement que par leur origine. Autrement dit, vous projetez exactement le schéma communautariste que vous prétendez dénoncer… Si c’est pas ironique ça!

      En réalité, ce que vous cherchez à mobiliser, ce n’est pas le “sens civique”, c’est un électorat précis : celui qui se définit lui même pour commencer comme « blanc », inquiet, socialement fragilisé ou culturellement crispé, à qui vous proposez un récit simple, celui de la peur de l’Autre comme ciment politique.

      Vous ne décrivez pas une stratégie de LFI, vous exposez la vôtre.
      Même procédé pour l’accusation d’antisémitisme : vous ne démontrez rien, vous utilisez un mot lourd comme un levier émotionnel pour disqualifier sans débat. C’est un raccourci efficace, mais surtout un aveu de faiblesse argumentative…

      Au fond, vous parlez de “tensions que LFI exacerberait”, mais vous en êtes vous-même l’illustration parfaite : vous ethnicisez, vous hiérarchisez, vous opposez. Vous ne décrivez pas un danger, vous le fabriquez.

      Mon bon monsieur, si défendre l’égalité réelle et nommer des discriminations devient du “communautarisme”, comment appelez-vous le fait de réduire des millions de citoyens à leur religion ou à leur couleur de peau pour en faire une menace politique ?!

      • Renaud Bernard le 30 mars 2026 à 10:49

        Plutôt que d’attaquer l’argument, vous attaquez celui qui l’énonce. L’inversion accusatoire, une des ressources de LFI.

        • carlos_H le 30 mars 2026 à 13:55

          J’attaque précisément votre argument : il repose sur l’essentialisation raciale et religieuse d’électeurs que vous réduisez à leurs origines supposées… Ce que vous faites n’a rien d’une l’analyse politique, c’est de la stigmatisation emballée en commentaire. Et quand on vous le dit, vous appelez ça “inversion accusatoire”… c’est drôle a en pleurer.



        • Trovel Jackie le 15 avril 2026 à 13:11

          la FI n’est plus « trop radicale ,clivante, antisémiste,islamo gauchiste etc..sa nouvelle ressource est » l’inversion accusatoire »..Vous allez en inventer combien de nouvelles définitions pour la caractériser?



      • Lionel Mutzenberg le 30 mars 2026 à 11:49

        Voilà qui est bien dit !
        Mais quand Roger Martelli se permet d’emprunter le langage du RN à l’égard des français « racisés » dans nos banlieues, l’on se dit que, quand même, nos communistes ne sont plus ce qu’ils ont été dans l’histoire de notre pays, cette histoire des luttes sans merci pendant des décennies, qui ont forcé aux progrès social.
        La gauche, ce ne sont pas des personnes, des partis, des privilèges, c’est un idéal qui place les besoins des êtres humains au dessus du reste.
        Ou est aujourd’hui l’idéal de gauche, aussi imparfait soit il, peut être, là est la bonne question ?
        La bourgeoisie française, et ses courroies de transmissions, l »ont très bien compris; cette classe a une mémoire de classe qui jamais ne faiblit, alors que la classe ouvrière, cette classe qui vit de son travail, devrait avoir conscience qu’elle est, en sa qualité de consommateur/producteur, l’élément essentiel du bon fonctionnement du capitalisme.
        Sans eux il ni a plus d’entreprises, et d’entrepreneurs, ce sont les besoins qui créés la demande, et dès qu’il ni a plus de demande, ou moins de demandes, ce sont les emplois salariés qui sont supprimés. C’est l’utilité des emplois, qui provoque l’embauche pas la bonne volonté de nos maitres.
        Et si l’on revenait à des partis de gauche réellement à gauche, en oubliant ces carriéristes, ces opportunistes, ces élites qui ne servent à rien, si l’on demandait à nos compatriotes, si,  » changer la vie  » avait encore un sens pour eux?
        Tous ces commentateurs des élections communales n’ont qu’un seul but : Nous faire regarder ailleurs !

  8. carlos_H le 30 mars 2026 à 09:38

    Vous avez raison M. Martelli, LFI n’a pas gagné au final le droit de dire seule ce qu’est la gauche avec ces municipales… Par contre les électeurs oui!
    Et pour moi, le PS n’est plus un parti de gauche… c’est un parti centriste qui avoue n’avoir aucune ambition de transformation sociale!
    Parce qu’à mon sens, c’est bien le volet économique qui permet de positionner un parti sur l’arc politique: on a déjà vu la droite se battre pour les libertés individuelles en les « denaturalisant »… Par contre, elle « naturalise » les inégalités sociales ad vomitum et préfère la « charité bien ordonnée » à une juste « solidarité »!
    Si LFI doit discuter avec la « gauche »… dont les « écologistes » en refusant d’y être intégré par le simple fait de répeter : »la gauche… ET les écologistes », assument de s’en distinguer en profondeur, pouvez vous préciser M. Martelli, qui sont les partenaires de « gauche » avec qui LFI doit discuter ??????? Parce que de mon point de vue d’électeur j’ai mon idée, mais je doute qu’elle corresponde à la vôtre !

  9. Lionel Mutzenberg le 1 avril 2026 à 16:19

    Nous sommes d’accord, pour celles et ceux qui n’ont besoin de rien, qui vivent bien, enfin, si ils conservent leurs emplois, ceux là peuvent voter PS.
    Mais les autres, ni ont aucun intérêt.
    Il semblerait tout de même, si j’ai bien lu, que la réalité est tout autre de celle que l’on voudrait nous faire avaler. Beaucoup d’abstention chez la classe populaire, et la classe moyenne. Pas de vote majoritaire pour le RN.
    Et chez les votants RN, de l’anti immigration, certes, du racisme aussi, mais la question sociale est souvent posée.
    Le parti socialiste a laminé la confiance des salariés pendant plus de trente ans pour se terminer en une trahison qui n’en finit pas, la NUPES, le NFP, a terminé le reste de confiance envers cette « gauche » qui ne fut jamais de gauche.
    Les maires de Marseille, de Paris, ont été réélus, ils représentent la gauche de François Hollande qui est majoritairement méprisé. La CFDT est devenu le premier syndicat de France. Allez comprendre.
    Mitterrand, Jospin, Hollande, les trois mousquetaires du néolibéralisme, le quatrième est de droite.
    La seule question qu’il faut se poser : La France de la bataille contre la réforme des retraites, qui fut admirable de conscience, est elle prête a laisser le PS détruire cette demande nécessaire d’abrogation de la loi Medef/Macron ?
    Demain l’IA va détruire des centaines de milliers d’emplois, et certains candidats de nos droites devant l’éternel, nous annoncent que l’âge de départ à la retraite devra encore être repousser.
    Les victoires de l’élite municipale ne peuvent pas cacher la réalité des faits, l’abstention n’est pas un mouvement de mauvaise humeur, elle est la preuve de la révolte qui gronde, que nos médias ne peuvent plus cacher.
    Nos droits acquis fondent comme neige au soleil, il serait temps de se réveiller.

Ajouter une réponse Annuler la réponse