Mais qu’est-ce que c’est que cette police ?

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Des armes de guerre contre des manifestants, contre des lycéens. Des policiers formés à l’arrache. Une doctrine de confrontation, à rebours des autres démocraties. Que devient la France ?

Près de 12 000 interpellations, 1000 policiers et gendarmes blessés, des centaines de lycéens blessés, des mains et des mâchoires arrachées par des grenades, des yeux rendus aveugles par des tirs en pleine tête et deux manifestants morts. Voilà le bilan provisoire d’un mois de mobilisation.

Quel est ce pays ? Est-ce ainsi qu’une démocratie protège le droit constitutionnel de manifestations ? On se pose des questions.


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Utilise-t-on des armes de guerre contre des lycéens et des manifestants ?

Oui. LBD, pistolet à impulsions électriques, grenade assourdissante, lacrymogène ou de désencerclement… Les forces de l’ordre sont équipées d’armes dites « intermédiaires », que l’on qualifie de « non-létales ». Mais ce sont des armes de guerre. Selon le sociologue spécialiste du maintien de l’ordre Sébastian Roché, « ce sont techniquement des armes à feu dites sublétales. C’est-à-dire qu’elles ne tuent pas à chaque fois. C’est pour ça qu’elles sont considérées comme armes de guerre et qu’il y a des restrictions à l’exportation. » De fait, ces armes sont classées catégorie A2, soit du matériel de guerre.

Le LBD envoie un projectile de 40mm en caoutchouc jusqu’à 40 mètres. Les grenades, lacrymogènes ou de désencerclement peuvent être projetées jusqu’à 200m, avant d’exploser. Rien qu’à Marseille, la journée du 17 octobre, 4000 grenades lacrymogènes ont été tirées. En 2023, le ministère de l’intérieur a dépensé 78 millions d’euros pour l’achat de grenades.

En théorie, ces munitions ne sont pas mortelles tant qu’elles ne sont pas tirées de façon tendue. Mais combien de flash-balls et de grenades ont été propulsés en pleine tête ? Combien ont été envoyés dans les jambes de lycéens, de manifestants, au risque de les mutiler ? Quand ces grenades explosent, par erreur, dans les jambes de CRS, pourtant équipés de protections, l’explosion les fait chuter et les blesse gravement. Les grenades de désencerclement sont interdites dans tous les pays d’Europe. L’usage des LBD par les forces de l’ordre y est très encadré, voire carrément interdit chez la plupart de nos voisins européens.

Pour comprendre les violences policières, il faut aussi se pencher sur la formation des policiers. Certaines recrues ont obtenu 7/20 au concours avant de suivre une formation théorique de 12 mois. Pour être boulanger, il faut obtenir au minimum 10/20 au CAP et la formation dure trois ans. Le prérequis pour manipuler de la farine est plus exigeant que pour manipuler des armes de guerre. 

Est-il plus difficile d’obtenir le concours de boulanger que de policier ?

Pour comprendre les violences policières, il faut aussi se pencher sur la formation des policiers. Les gouvernements successifs recrutent à tout va. Au début des années 2000, le ministre de l’intérieur, puis président, Nicolas Sarkozy, a nettement diminué les effectifs, notamment en supprimant la police de proximité. Depuis 2015, après les vagues d’attentats, on s’est mis à recruter en urgence : durée de la formation et exigences pour le recrutement ont été abaissées. Certaines recrues ont obtenu 7/20 au concours avant de suivre une formation théorique de 12 mois. Pour être boulanger, il faut obtenir au minimum 10/20 au CAP et la formation dure trois ans. Le prérequis pour manipuler de la farine est plus exigeant que pour manipuler des armes de guerre. 

Le résultat est net : ces policiers maîtrisent mal le Code de procédure pénale. Et au terme d’une formation minimale, ils sont lâchés dans des rues qu’ils ne connaissent pas, au contact d’une population qu’ils ne connaissent pas, avec des armes dangereuses qu’ils ne maîtrisent pas.

Comment a évolué la doctrine de « maintien de l’ordre » depuis les années 90?

Dans les années 90, et plus précisément après la mort de Malik Oussekine sous les coups des « voltigeurs » – policiers en moto équipés de matraque –, la France change radicalement de doctrine. Il convient désormais d’éviter à tout prix le contact physique avec les manifestants et d’appliquer une strict proportionnalité dans le recours à la force, quitte à laisser quelques vitrines se faire briser. C’était le « maintien de l’ordre à la française ». Quarante ans plus tard, cette doctrine porte toujours le même nom, mais elle a bien changé. À partir de 2005 et la révolte des banlieues, de nouvelles armes sont utilisées par la police, comme le flash-ball. À partir de 2016 et la loi Travail, la police systématise la pratique de la « nasse » associée aux gaz lacrymogènes. À partir de 2019 et des gilets jaunes, retour des « voltigeurs » – désormais nommés Brav-M – et introduction de véhicules blindés – les Centaures de la gendarmerie. Ces nouvelles pratiques policières inspirent désormais des pays autoritaires : Hong Kong, Bahreïn, Tunisie, Birmanie, etc. 

C’est ainsi que la police française est devenue la plus meurtrière d’Europe : trois morts chaque mois en France entre 2020 et 2022, selon la recension de Basta.

Au 20ème siècle, les polices anglaises et allemandes souffraient d’une sale réputation. Elles sont aujourd’hui citées en exemple. Là-bas, les forces de l’ordre sont très peu armées. Lors des manifestations, elles sont quasiment invisibles, postées dans les rues parallèles, prêtes à intervenir de façon ciblée et rapide, sans lacrymogène ni même matraque ! L’objectif tient en un mot : la « désescalade ».

La France est passée de modèle démocratique à modèle autoritaire. Ces pratiques sont  dénoncées régulièrement par de nombreuses instances nationales et internationales, du Défenseur des droits au Conseil de l’Europe jusqu’aux experts de l’ONU. La honte.

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1 commentaire

  1. Chris le 21 octobre 2026 à 13:39

    Merci pour ce texte, qui remet les choses à leur place. Les forces de ordre sont utilisées, manipulées, leur travail est détourné par une oligarchie malfaisante.

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