Mais que restera-t-il à Marine Le Pen si elle est élue ?

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Le gouvernement et sa majorité parlementaire légitiment dans les faits le discours de l’extrême droite. Ces 6 derniers mois, 63% des projets de loi sont passés avec les voix du RN. On fait le point.

Si on fait le tour des récents textes de loi, c’est à s’arracher les cheveux ! En quelques mois, les textes adoptés par les parlementaires et soutenus par le gouvernement vont de plus en plus souvent dans le sens des attentes et demandes du RN.


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Sur le volet pénal, le durcissement de l’arsenal s’accélère de façon stupéfiante : ce mercredi 15 juillet, les députés ont voté la « loi RIPOST », un fourre-tout sécuritaire, qui met à la même hauteur la consommation de protoxyde d’azote, les free parties, les squats et propose un seul type de réponse : vidéosurveillance algorithmique généralisée – celle testée pendant les JO et qui ne devait pas se prolonger – et extension des amendes forfaitaires délictuelles – ces amendes instantanées qui court-circuitent les tribunaux. Le RN applaudit. Cette loi n’est pas un accident : le ministre de la justice Gérald Darmanin a porté et fait voter une loi le 9 juillet sur les juridictions criminelles qui, au motif de simplifier les démarches, va contraindre les juges au détriment du temps octroyé aux victimes pour s’exprimer. Elle devrait aussi permettre de prolonger certaines détentions provisoires. Au registre de la volonté d’enfermer toujours les gens plus vite et plus longtemps, il y a aussi cette loi sécuritaire de mai qui allongeait la rétention administrative jusqu’à 7 mois pour les étrangers en situation irrégulière et jugés dangereux.

Dans son rapport à la police, la Macronie joue aussi un rôle qui ressemble à celui de l’extrême droite : la semaine dernière a été votée en première lecture à l’Assemblée nationale un permis de tuer pour les policiers, pardon : une présomption de légitime défense. Ce n’était même pas une demande de Marine Le Pen, mais de son père Jean-Marie. Super.

Depuis, 2024 et la dissolution, ce sont 26 lois qui ont été adoptées grâce aux voix du RN, soit 42% des scrutins publics solennels sur un texte à l’Assemblée. Et même 63% en 2026…

Sur le volet écologique, le compte y est aussi entre RN et gouvernement : les reculs successifs, actés dans la loi d’urgence agricole, la réintroduction de pesticides comme l’acétamipride, la possibilité des méga-bassines, le massacre du fond vert (passé de 2 milliards à 700 millions), la remise sur le marché des passoires thermiques… la liste est longue de tout ce que le RN voulait mettre en place et que la Macronie anticipe.

Lors de la 15ème législature (le premier mandat d’Emmanuel Macron), aucune loi n’a été adoptée grâce aux voix du RN. Lors de la 16ème législature (2022-2024), une seule loi a nécessité les voix de l’extrême droite – le projet de loi pour contrôler l’immigration, porté par Gérald Darmanin, est adopté le 19 décembre 2023. Depuis, 2024 et la dissolution, ce sont 26 lois qui ont été adoptées grâce aux voix du RN, soit 42% des scrutins publics solennels sur un texte à l’Assemblée. Et même 63% en 2026…

Que signifie cette convergence dans les votes des députés “majorité présidentielle” et de l’extrême droite ? Et cette convergence ne s’arrête pas au parlement. Pourquoi Macron nomme-t-il François-Noël Buffet, défenseur des droits? Ce sénateur LR, proche de Retailleau est un militant contre le mariage pour tous et contre l’IVG dans la constitution. On s’interroge toujours sur l’abstention des députés RN lors de la nomination de Richard Ferrand à la présidence du Conseil constitutionnel. Elle était indispensable à cette nomination. Mais quel était donc le deal ? Emmanuel Macron pense-t-il que toutes ces convergences, ces arrangements, ces plats passés suffiront à prémunir la Macronie des procès en naïveté et en inaction ?

Et que dire des symboles ? La Brav-M qui parade sur les Champs-Élysées le 14-Juillet fait partie de ces gages donnés aux idées les plus ultra. Cette unité de policiers à moto, armés d’un LBD, est l’héritière de la police anti-algérienne : créée en 2019, elle a été pensée pour réprimer violemment le mouvement des gilets jaunes. La voilà célébrée par Emmanuel Macron, chef des armées. Marine Le Pen ne pourra faire mieux.

Une fois au pouvoir, le RN pourra se draper dans les habits de la légitimité et de la continuité, celle de l’idée de déchéance de nationalité, celle des répressions contre les lois travail, contre les gilets jaunes, contre les soutiens aux Palestiniens. Marine Le Pen n’aura aucune révolution à accomplir. Elle pourra s’appuyer sur ces précédents, ces lois et leur esprit. Elle n’aura qu’à durcir un peu plus. Beau travail !

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3 commentaires

  1. Glandu le 18 juillet 2026 à 06:56

    Si elle n’était pas la fille de qui vous savez elle ne serait qu’une obscure avocate, comment le peuple de France peut il être à ce point aveuglé pour voter pour cette incompétente notoire, peu être que la gauche « unie  » devrait se poser des questions ? ou continuer dans sa voie actuelle et le probable naufrage .

  2. lemasseur le 19 juillet 2026 à 12:59

    Comme quoi le barrage républicain était bel et bien une escroquerie ne servant qu’à éliminer la gauche et faire le lit de ce contre quoi il était censé être bâti: L’ultime chef d’oeuvre de cette Cinquième République faite par et pour la droite.

  3. Lafleur le 23 juillet 2026 à 13:44

    Cher Loïc,

    Ton article met justement en évidence une réalité préoccupante : depuis plusieurs années, et plus encore depuis la dissolution, la macronie banalise et met en œuvre une partie croissante des orientations défendues par le RN. Cette convergence est un fait politique majeur. Mais une analyse marxiste ne peut s’arrêter à ce constat.

    En effet, elle doit poser une autre question : pourquoi cette évolution est-elle devenue possible ?

    Si l’on réduit le problème à l’élection de Marine Le Pen, on risque de confondre la conséquence avec la cause. Car une grande partie des politiques sécuritaires, autoritaires, antisociales ou favorables au capital est déjà mise en œuvre aujourd’hui. Le « moindre mal » n’a cessé de repousser l’échéance sans empêcher que le terrain politique se transforme progressivement. Autrement dit, le barrage a souvent reculé… pendant que le fleuve montait.

    Jean-Luc Mélenchon lui-même parlait autrefois du Front national comme d’un « diable de confort » du système afin d’assurer une qualification par défaut et la contrainte morale. Le RN est une force suffisamment inquiétante pour discipliner les choix électoraux, mais qui permet aussi d’éviter de s’interroger sur les causes profondes de sa progression.

    Aujourd’hui, le RN poursuit d’ailleurs sa normalisation.

    Jordan Bardella défend une ligne compatible avec les intérêts du patronat, favorable à l’OTAN, renonce à sortir de l’Union européenne et travaille à l’union des droites. La question n’est donc pas seulement de savoir qui occupera l’Élysée, mais où réside réellement le pouvoir économique, financier, médiatique et culturel. C’est ici que la réflexion de Dimitrov conserve toute son actualité. Le fascisme ne tombe pas du ciel ; il apparaît lorsque les classes dominantes cherchent à préserver leur domination dans une crise profonde du capitalisme. Michel Clouscard a montré comment cette évolution pouvait prendre des formes nouvelles, intégrées au fonctionnement même du capitalisme contemporain.

    La conséquence stratégique est essentielle.

    Si la gauche ne répond au RN que par des appels au « vote utile », elle laisse intactes les contradictions sociales qui nourrissent son développement. Elle organise une succession de barrages sans jamais assécher la source. C’est pourquoi la question décisive n’est pas d’abord électorale ; elle est politique. Autrement dit, comment reconstruire une hégémonie populaire autour des intérêts communs du monde du travail ?

    Georges Politzer rappelait que la pensée dialectique refuse d’isoler un phénomène de l’ensemble de ses contradictions. Faire de l’urgence électorale le principe de toute la stratégie relève précisément de cette pensée métaphysique. On absolutise un moment particulier et l’on oublie le mouvement réel de la société. La tradition communiste portée par Maurice Thorez allait dans une autre direction. La « main tendue » ne signifiait pas l’effacement du projet communiste derrière une addition d’appareils. Elle visait le rassemblement du peuple du travail autour de ses intérêts matériels et d’une perspective de transformation sociale. C’est précisément ce que cherche à réintroduire aujourd’hui l’orientation d’un communisme de conquête : réindustrialisation, maîtrise publique de l’énergie et du crédit, planification démocratique, nouveaux pouvoirs des salariés dans l’entreprise, développement des services publics, paix, souveraineté populaire et coopération internationale. Il ne s’agit pas d’attendre un hypothétique « grand soir », ni de choisir éternellement le « moins pire ». Il s’agit de reconstruire une conscience de classe capable de modifier durablement le rapport de forces. Car l’histoire n’avance pas d’abord par les échéances électorales. Elle avance lorsque les producteurs reprennent conscience de leurs intérêts communs et deviennent une force politique organisée.

    C’est peut-être là toujours notre principal désaccord stratégique avec votre ligne éditoriale : une politique d’adaptation cherche à produire une majorité électorale ; une politique de transformation cherche à produire une hégémonie populaire. J’invite Regards à rompre avec les illusions sociales-démocrates et à soutenir un projet de rupture révolutionnaire.

    Fraternellement,

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