Macronistes de gauche : une tragi-comédie sans fin

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Attal Premier ministre nous a été vendu comme un énième « virage social », le bougre étant l’incarnation la plus pure de l’aile gauche de la Macronie. Une semaine plus tard, l’exécutif ressemble à un gouvernement Sarkozy.

La loi Immigration n’aura pas été un dérapage ni un accident de parcours. Après avoir « offert sur un plateau d’argent » cette loi à la droite et à l’extrême droite, Emmanuel Macron acte ce virage avec un changement d’exécutif : avec le départ d’Élisabeth Borne, c’est toute « l’aile gauche de la Macronie » qui risque de prendre le large.

Le plus extraordinaire, c’est que tous les éditorialistes de la place de Paris auront vu en la nomination de Gabriel Attal un énième « virage social ». Combien de fois ont-ils vendu père et mère pour ce virage social depuis 2017 ? Qu’importe les faits, la légende de « l’archange Gabriel » est déjà écrite : Attal, « l’homme à gauche de la Macronie », ce macroniste de la première heure qui, comme Jupiter, a fait ses armes du côté des socialistes… Seulement voilà, si Attal, comme Macron, vient bien du PS, l’affirmer revient avant tout à dire qu’il n’y est plus. Et surtout qu’il ne suffit pas de dire que l’on est quelque chose pour l’être. Mais cette fois-ci, contrairement à l’arnaque Élisabeth Borne (elle était de gauche, n’oubliez pas), Gabriel Attal ne fait même plus semblant. La quasi-totalité des ministres dits de gauche ont été évincés et la nouvelle équipe se compose notamment de…

  • Vautrin au Travail : au RPR en 1980
  • Darmanin à l’Intérieur : au RPR en 1998
  • Lecornu à la Défense : à l’UMP en 2002
  • Bergé en charge de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les Discriminations : à l’UMP en 2005
  • Dati à la Culture : à l’UMP en 2006
  • Le Maire à l’Économie : à l’UMP en 2007
  • Lebec aux Relations avec le Parlement : à l’UMP en 2007
  • Béchu à la Transition écologique : à l’UMP en 2008

Des 14 ministres qui forment l’équipe de Gabriel Attal, huit proviennent des rangs de la droite. Pour autant – accrochez-vous bien ! –, Prisca Thévenot, porte-parole du gouvernement, n’a « pas l’impression » que le gouvernement Attal est « de droite » (vous aussi, n’avez-vous pas « l’impression » que la Terre est plate et que le Soleil tourne autour d’elle ?).

Alors que Libération acte « la fin du ‘en même temps' » – il n’est jamais trop tard –, Challenges s’étonne d’un « demi-tour idéologique » et France Inter entonne le « crépuscule de l’aile gauche de Macron ». Mais où étaient-ils tous cachés depuis 2017 ? La meilleure réponse vient d’Emmanuel Macron en personne, cité par Le Point : « Je suis au clair. Qu’est-ce qu’il a, mon cap ? Il est le même depuis six ans. Qu’est-ce qu’ils ne comprennent pas ? »

Spoiler : les Macronistes de gauche ne vont rien faire

Mécontente de voir tous ses ministres évacués, l’aile gauche de la Macronie envisagerait une fronde. « Ce n’est plus du pragmatisme, c’est de la prostitution », commentait auprès de Libé un tenant de l’aile gauche la composition du gouvernement Attal 1. Selon Europe 1, « une trentaine de députés réfléchit même à quitter le groupe Renaissance pour monter son propre groupe de gauche. Clément Beaune ou Élisabeth Borne pourrait en prendre la tête ». Auprès de franceinfo, un conseiller ministériel se confie : « Il ne faut pas sous-estimer son pouvoir de nuisance ». La nuisance, est-ce dont tout ce qu’ils leur restent ?

Attention tout de même à ne pas faire montre d’un peu d’empathie. Un macroniste de gauche n’est pas un salopard. Il y croit réellement au macronisme originel, au « en même temps ». Clément Beaune, jusqu’alors ministre des Transports, pense dur comme fer qu’il peut infléchir la politique nationale à gauche en étant au gouvernement. C’était lui à l’initiative du groupe des ministres frondeurs contre la loi Immigration – vous savez, ceux qui devaient démissionner si elle passait et qui n’ont pas bougé, excepté Aurélien Rousseau. C’est presque émouvant tant de ferveur. Il faut donc prendre au premier degré l’idée qu’Élisabeth Borne, après avoir fait passer en force la réforme des retraites et fait sauter la digue avec la loi Immigration, sans parler des réformes du chômage, du RSA, des allocations, des dizaines de polémiques sur les violences policières ou Depardieu, celle-là serait la cheffe du macronisme de gauche. Il va falloir de bons arguments pour apparaître crédible aux yeux du public.

Car, malgré leurs pudeurs de gazelle, ils seront demain au rendez-vous pour s’en prendre encore aux minorités, aux droits fondamentaux, aux libertés publiques. Ils avaleront d’autres couleuvres. Quand bien même ils scissionneraient à l’Assemblée en créant leur groupe – ce qui ferait sûrement mal à l’égo d’Emmanuel Macron, mais pas tant à sa politique. Au mieux peut-on attendre d’eux un vote « contre », si Gabriel Attal ne leur impose pas ses 49.3. Comme si Emmanuel Macron avait besoin d’eux, quand son problème principal est qu’à force de siphonner LR et de mépriser François Bayrou et Edouard Philippe, il se met toute la droite à dos.

Car elle est bien là, la triste réalité du macronisme de gauche : à trop y croire, ils ne voient pas que les dindons de la farce, les premiers de cordée de cette tragi-comédie, c’est eux. Et après avoir insulté la gauche à chacune de leurs interventions télévisées, les macronistes de gauche quémanderont à nouveau que l’on construise un barrage à l’extrême droite en votant pour des candidats toujours plus à droite. Jusqu’à quand ?

11 commentaires

  1. Frédéric Normand le 16 janvier 2024 à 14:37

    Au-delà des personnalités composant l’exécutif, et de leur pedigree, la déperdition des valeurs de gauche se traduit aussi par effacement de la notion de socialisme. Qui la défend encore aujourd’hui ? Cette référence était pourtant un des fondements de l’identité de l’extrême-gauche et même de la gauche modérée. Elle s’est depuis diluée dans le social, mais c’est la une autre notion. De l’une à l’autre il y a une différence de nature et, pour les partis qui s’en réclament, une diminutio capitis.

  2. HLB le 16 janvier 2024 à 17:56

    En fait, le vrai clivage est entre les partisans des vieilles recettes libérales, qui mènent le monde depuis un demi-siècle, au moins, et ceux qui veulent redonner un rôle fort à l’Etat, normalement protecteur des plus faibles.
    Des fabriques de pensées libérales et européistes/mondialistes existent, à droite comme à gauche, incarnées essentiellement par LR, PS, et leurs satellites respectifs, qui ont produit Macron et son monde. Leur vocation est de maintenir le système capitaliste, quitte à ruiner les droits humains, sociaux et environnementaux. Depuis plus de 6 ans de règne, on n’a vu aucune friction sérieuse entre les ailes PS et LR de la Macronie.
    Et c’est logique: qui se ressemble s’assemble. Les notions de gauche ou de droite sont toutes relatives, pour les tenants de ce système . On s’y réfère au cas par cas, selon les nécessités du moment !

    • Frédéric Normand le 16 janvier 2024 à 20:50

      Effectivement, les notions de droite et de gauches sont relatives. Elles le sont pour tout le monde. Les tenants de ce système que vous évoquez qui est-ce ? Le système dites-vous. Mai sen politqiue oin ne parle pas de système, on parle de régime. En France c’est le régime parlementaire, que vous n’aimez pas. Etes-vous partisan de l’abolir ? Pour le remplacer par lequel ?

      • HLB le 16 janvier 2024 à 23:46

        Ce n’est pas le régime parlementaire que je n’aime pas, mais le régime hyper présidentiel autoritaire ,induit par la 5ème République, usée jusqu’à la corde. Totalement caricaturale, surtout depuis Sarkozy/Hollande/Macron.
        Et à remplacer d’urgence par une 6ème République, à la fois parlementaire et citoyenne. Avec comme base l’Avenir en Commun, ce qui implique un régime au fonctionnement horizontal, avec scrutin à la proportionnelle intégrale, instauration du RIC, consultation obligatoire des citoyen(ne)s avant tout projet d’importance vitale (ex: les retraites).
        ça nous changerait de la mainmise présidentialiste d’un parasite comme Macron, qui règne en maitre et va, en plus, quand il quittera l’Elysée, nous couter « un pognon de dingue » pendant un temps infini.
        Qui sont les vrais assistés ? Et où est la Démocratie, dans tout ça ?

        • Frédéric Normand le 17 janvier 2024 à 09:36

          LFI en proposant son programme l’Avenir en commun a fait un travail normal pour un parti politique dans une démocratie. Tous les partis ont le leur et celui-ci est aussi respectable que les autres. Il est versé au débat entre les citoyens qu’il n’y a pas lieu de développer ici, on sortirait du cade des commentaires. Le débat public est permanent, certes coiffé par le débat parlementaire dont les modalités sont bien sûr critiquables. Du moins son principe est reconnu par tous.

          On observe que ce principe est totalement incompatible avec le régime socialiste, qui lui ne se destine pas à maintenir ce que vous appelez le ‘système capitaliste’. Une expression qui ne me paraît pas très heureuse, le capitalisme n’étant pas un régime politique, moins encore un système.

          LFI présente des candidats aux élections législatives, qu’il n’a pas le projet d’abolir, contrairement au régime socialiste. Ce faisant il maintient le ‘système capitalisme ». En cela il n’emplit pas vos desseins.

          • Mackno le 18 janvier 2024 à 11:33

            Glycere Benoît, sors de ce corps ! 😊



  3. Lucien Matron le 16 janvier 2024 à 18:01

    Pour être juste, il aurait fallu citer dans l’énumération les deux premiers de la nouvelle team : Macron et Attal, passés par le Parti Socialiste, mais quel courant ?….En réalité, au-delà des apparences et des origines politiques, il est nécessaire de regarder le positionnement des uns et des autres sur l’intérêt général, la défense et la promotion des services publics, la justice fiscale, la soumission ou non à la finance mondialisée, Le ligne rouge entre la gauche et la droite peut se tracer sur cette cette base.

    • Michel Davesnes le 17 janvier 2024 à 03:21

      On ne peut pas prendre cet article de sérieux si, en regard (jeu de mots, maître Capello), vous ne dites rien sur le fait qu’après avoir engendré et pouponné Macron et Attal, le parti prétendument socialiste couve maintenant un deuxième Macron. J’ai nommé Raphaël Glucksmann, qui sera son candidat aux Européennes. C’est plus commode de taper sur LFI, ça vous assure des plaçous au milieu des chiens de garde à BFM ou autres chaînes du même acabit. N’est-ce pas, Pablo ?

  4. Lucien Matron le 17 janvier 2024 à 12:16

    Soit celles et ceux qui se revendiquent de la gauche sociale, citoyenne, écologiste et anti libérale sont capables de se regrouper sur une base programmatique de gouvernement ( les 600 propositions de la NUPES peuvent contribuer à cette base), soit elles et ils passent leur temps à se manger le foie et la cervelle, et le centre et le droit sont au pouvoir pour des lustres. Aucune organisation à gauche ( trostskyste, maoïste, ouvriériste, communiste, libertaire, insoumis, écologiste, socialiste courant A ,B ou C ) n’est en capacité de gagner, seule, la moindre élection. Sans mobilisation et unité d’action, pas de victoire, et par conséquent, victoire du camp libéral ( ultra, néo ou socio), bonjour les dégâts.
    Aucune organisation à gauche, ne détient la vérité seule, et il est inconcevable de vouloir imposer une pureté idéologique qui n’existe nulle part. Toutes celles et ceux qui considèrent qu’ils ont des ennemis à l’intérieur de la gauche, ne font qu’attiser la division et se rendent complices du véritable ennemi.

    • Michel Davesnes le 19 janvier 2024 à 22:22

      « Toutes celles et ceux qui considèrent qu’ils ont des ennemis à l’intérieur de la gauche, ne font qu’attiser la division et se rendent complices du véritable ennemi ».
      Théoriquement, vous avez raison. Mais quand une frange qui se dit de gauche engendre des Macron, comment fait-on ?

      • Lucien Matron le 21 janvier 2024 à 08:48

        Il s’agit sans cesse et partout, dans toutes les expressions publiques, privées, à l’oral ou à l’écrit de convaincre que l’union de la gauche est une nécessité absolue pour changer les choses. Le chemin est long, difficile, parsemé de nombreux obstacles, dont celui que vous citez, mais nous n’avons pas le choix. Oui, il existe « une frange qui se dit de gauche » mais Macron et Attal, se sont servis de cette gauche pour exister et prospérer. De fait, ils non jamais intégré et fait leur, un corpus idéologique de gauche. Comment fait-on ? De mon point de vue, se placer sur le plan des idées et de la culture politique et pas sur les personnes, est un premier élément, mais ce n’est pas le seul. Bon courage.

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