Macron l’irresponsable

Image

Sur TF1 et France 2, le président a envisagé un engagement militaire de la France pour sécuriser les approvisionnements en pétrole. Il devrait réaliser qu’on n’est pas dans un film… Nous n’avons élu ni Tom Cruise ni OSS 117 à l’Élysée.

Moins d’une semaine après avoir invité à l’Élysée les chefs de partis et candidats à l’élection présidentielle, Emmanuel Macron répondait aux questions des journalistes de TF1 et France 2. Sans surprise, il s’est décerné un satisfecit sur son action pour protéger les Français et préparer le pays. Un bémol tout de même : il a regretté de n’avoir pu faire passer sa réforme de retraites et de n’avoir pas assez réformé la France comme ont su le faire nos voisins- allusion aux méchantes réformes anglaises, italiennes et allemandes. Jamais le chef de l’État n’a établi de liens entre ces réformes honnies et la montée de l’extrême droite.

Mais l’intervention présidentielle était d’abord centrée sur les enjeux internationaux. En premier lieu il a réaffirmé l’engagement de la France aux côtés de l’Ukraine et surtout il a alerté sur la multiplication des attaques russes en Europe : avec des drones, de la désinformation, des cyberattaques. La question du lien entre ces formes diverses d’attaques d’une part, et la nature et l’ampleur des dépenses militaires exponentielles d’autre part, ne lui fut pas posée. Au contraire, Emmanuel Macron a pu affirmer être fier qu’un tiers de l’augmentation de la dette nationale soit liée aux nouvelles dépenses militaires. Comme si notre pays n’avait jamais, dans son histoire récente, investi à côté de la plaque. Il ne suffit pas de vanter le Général de Gaulle et de panthéoniser Marc Bloch, il faut lire leurs radicales critiques des choix de la hiérarchie militaire de leur temps, appuyée par des politiques aveuglés.

Benoîtement, le président a dit vouloir engager nos moyens militaires pour sécuriser nos approvisionnements pétroliers. Il imagine protéger les installations pétrolières saoudiennes sur la mer Rouge, aujourd’hui cible des Houthis, et débouché alternatif au détroit d’Ormuz bloqué. What ?! La France met un pied dans un conflit entre l’Arabie saoudite et les Houthis, conflit vieux de plus de 10 ans et qui a déjà provoqué l’une des plus graves famines du siècle et près de 500 000 morts… Jusque-là, ce n’était pas notre problème, mais, pour le pétrole, ça change tout. Chacun sait aussi que les Houthis sont les alliés de l’Iran dont le pouvoir est exécrable mais qui est aujourd’hui agressé par les États-Unis. La France s’apprête à s’engager dans ce conflit, de fait, contre l’Iran. 

On croyait l’arrogance prédatrice réservée à l’impérialisme américain – au Venezuela par exemple. Ce n’est certes pas la première fois que la France intervient à l’étranger pour défendre ses intérêts. Mais jusqu’alors, elle était couverte par un mandat international de l’ONU et donc prétendait défendre des principes universels. Au Mali comme en Libye, les interventions avaient ce minimum de légalité. Plus récemment, la France a déployé un porte-avions pour honorer un accord de défense avec des pays de la région. Désormais, dans ce monde dérégulé où la communauté internationale est tenue pour une abstraction, on s’autorise à revenir à la brutalité simple.

Emmanuel Macron se rengorge de son importance et de son pouvoir. Ses déclarations télévisées sont un mélange d’annonces et d’affichage, le besoin d’affirmer sa puissance et celle de la France. Cette ostentation arrogante est extrêmement dangereuse car elle sous-estime le danger et surestime l’efficacité de ce type d’intervention. Puisque le président français parle avec Donald Trump, il peut se renseigner sur les guerres asymétriques : depuis la Seconde Guerre mondiale, aucune ne s’est bien terminée pour le plus fort sur le papier.

En tout état de cause, avant tout engagement armé dans ce qui peut déraper gravement, un débat au parlement avec vote est d’une nécessité absolue.

Partager cet article

Abonnez-vous
à notre NEWSLETTER
quotidienne et gratuite

6 commentaires

  1. lionel Mutzenberg le 26 septembre 2026 à 11:53

    Il aurait fallu le virer l’année dernière, le RN si est opposé.
    Mais pourquoi donc ?

    • Lafleur le 28 septembre 2026 à 14:27

      En 2024, c’est justement le NFP qui s’est désisté dans de nombreuses circonscriptions pour faire réélire des macronistes : Noé Gauchard (LFI) face à Élisabeth Borne dans le Calvados, Leslie Mortreux (LFI) face à Gérald Darmanin à Tourcoing, parmi bien d’autres. Environ 130 candidats du NFP se sont ainsi retirés au nom du « front républicain ».

      Certes le RN a épargné Bayrou (qui avait donné les signatures des grands électeurs à Jean-Luc Mélenchon et à Marine Le Pen en 2022) jusqu’au vote contre la motion de confiance du 8 septembre 2025. Depuis, c’est vos amis de l’aile droite de la social-démocratie qui soutiennent le gouvernement Lecornu de l’extérieur.

      Car soyons honnête, le RN a ensuite déposé sa propre motion de censure contre Sébastien Lecornu le 13 octobre 2025, qui a obtenu 144 voix le 16 octobre. Elle n’a pas atteint les 289 voix nécessaires. Le RN a effectivement voté plusieurs motions de censure en 2026, dont celle du 14 janvier 2026 déposée par Mathilde Panot (256 voix, dont 121 RN).

      Le problème est justement là : si l’objectif est réellement de combattre le macronisme et son système, cela ne peut pas se réduire à compter les motions de censure ou à attendre le prochain scrutin. Quand Fabien Roussel appelle à mobiliser devant les préfectures, les ministères, Matignon et l’Élysée, il propose précisément de faire intervenir le mouvement populaire dans le rapport de forces. Et c’est cette articulation entre mobilisation populaire et débouché politique que nous devrions discuter.

      En septembre 2025, LFI appelait elle-même à « Bloquons tout » et à une « offensive déterminée » pour faire tomber le gouvernement. Alors pourquoi reprocher aujourd’hui à Roussel de proposer une mobilisation devant les lieux de pouvoir ?

      Et puisque vous évoquez le RN, on peut aussi se demander pourquoi certains ont préféré sauver à répétition le bloc macroniste plutôt que construire une alternative politique autonome. C’est précisément là que se situe le débat.

  2. lemasseur le 26 septembre 2026 à 12:13

    Macron veut la guerre, et le plus vite possible, il n’y a pour moi aucune ambiguïté et aucun doute.
    La crise financière majeure qui couve en ce moment est porteuse d’insurrections majeures telles que l’ordre financier libéral pourrait ne pas y survivre. En tant que gardien des intérêts de la finance, il lui faut donc à toute force écarter ce risque, fut-ce au prix d’un bain de sang (versé par les sans dent et les riens, ses amis ne risquant rien).
    La guerre apparait donc à ce godelureau aussi irresponsable que stupide comme une option à jouer, un « risque à prendre » comme il aime à se gargariser.

    F Lordon, lui, imagine la possibilité d’un article 16 permettant à Macron de se maintenir au pouvoir à la manière d’un Zelenski en reportant/annulant les présidentielles au nom de l’urgence et de cette guerre qu’il aura susciter lui-même. C’est possible.

    En tout état de cause la propagande de guerre incessante que nous subissons sent extrêmement mauvais, et je fais entièrement confiance à Macron, ses employeurs et ses affidés pour prendre les décisions les pires.
    Et vous noterez que lorsque l’on parle d’un risque « existentiel » hautement fantaisiste venant de la Russie, on ne parle plus du risque existentiel prouvé, documenté et éprouvé que fait peser le changement climatique et contre lequel il est fermement décidé à ne surtout rien faire. Avec Macron, on a le choix entre se faire tuer par un drone ou mourir de chaud.

    Ces gens sont à chasser du pouvoir de toute urgence, raison pour laquelle la « gauche non mélenchoniste » serait bien avisée d’arrêter de se regarder le nombril et de prendre la mesure de l’époque.

  3. Matron Lucien le 26 septembre 2026 à 13:26

    Il est de plus clair que Macron, pro-business assumé et non complexé, est sous influence du complexe militaro-industriel L’’augmentation considérable du budget des armées , jamais remise en cause en pleine crise budgétaire, l’appétence idéologique pour la force pour régler les problèmes, la complicité avec les tenants d’un atlantisme belliciste, le recours à la peur pour justifier cette politique doivent alerter toutes celles et tous ceux qui croient au droit international, à la diplomatie, au règlement pacifique des affaires du monde. Dans cette période , qui sont les gagnants et qui sont les victimes ? Toujours les mêmes. Il est urgent de changer de politique.

  4. Lafleur le 27 septembre 2026 à 14:16

    Merci Chère Catherine pour cette analyse, avec laquelle je partage largement l’inquiétude devant l’idée d’engager des moyens militaires français pour sécuriser des approvisionnements pétroliers.

    Le risque d’engrenage que tu soulignes est réel : protéger une infrastructure, exposer des soldats, puis devoir répondre militairement à une éventuelle attaque peut rapidement conduire à une implication beaucoup plus directe dans les divers conflits militaires régionaux en cours.

    Le débat parlementaire et le contrôle démocratique me paraissent donc indispensables.

    Je nuancerais toutefois un point : je ne dirais pas encore que la France s’engage « de fait » contre l’Iran. Il y a un risque d’escalade dans cette direction, notamment à travers le conflit entre les Houthis, l’Arabie saoudite et l’Iran, mais il faut distinguer la protection d’une infrastructure saoudienne, une éventuelle interception d’attaques et une confrontation directe avec Téhéran.

    Surtout, je pense qu’il faut aller plus loin que la dénonciation de l’arrogance présidentielle ou de la seule « brutalité » de l’intervention. Ce que révèle cette annonce est une contradiction beaucoup plus profonde : pourquoi notre souveraineté énergétique serait-elle devenue suffisamment dépendante du pétrole et de routes maritimes traversant des zones de guerre, particulièrement de l’Arabie Saoudite, pour que l’on envisage d’envoyer des soldats protéger nos approvisionnements et soutenir ce régime ?

    L’Arabie Saoudite connaît de graves atteintes aux libertés publiques et aux droits des femmes : obligation du voile, répression de militantes, arrestations arbitraires et restrictions de la liberté d’expression et de manifestation sont régulièrement documentées par les Nations unies. L’Arabie saoudite demeure en effet une monarchie autoritaire où les libertés politiques et civiles sont fortement encadrées. Certes, Riyad a engagé ces dernières années des réformes réelles concernant la mobilité, le travail et la participation des femmes à la vie publique : les femmes peuvent notamment conduire, obtenir un passeport et voyager sans l’autorisation d’un tuteur masculin. Mais des discriminations subsistent, notamment dans le droit de la famille, tandis que la liberté d’expression et d’organisation est très limitée.

    Pour le PCF, la question n’est pas seulement de refuser l’engagement militaire comme LFI ; elle est de transformer les conditions économiques qui rendent aujourd’hui cette dépendance nécessaire : planification énergétique par le plan climat, maîtrise publique de l’énergie, réindustrialisation, électrification, transports collectifs et ferroviaires, réduction réelle de la dépendance aux hydrocarbures et donc juste une posture morale.

    Plutôt que de militariser la protection de notre dépendance au pétrole, comme le veut Macron donc les extrémistes du centre et de droite comme le RN en passant par les Lecornu etc. construisons les conditions de notre souveraineté énergétique.

    Et cela permet aussi de relier paix, industrie, pouvoir d’achat et politique sociale. Les milliards consacrés à l’économie de guerre ne sont pas abstraits : ils correspondent à des choix de société. La question devrait pour nous donc être aussi : quelle puissance voulons-nous construire ? Une puissance capable de projeter des forces pour sécuriser des flux pétroliers, ou une puissance industrielle et énergétique suffisamment souveraine pour ne pas avoir à le faire ?

    C’est d’ailleurs là que le débat avec LFI et les autres candidats se réclamant de la gauche peut aussi être intéressant : Mélenchon insiste légitimement sur le risque de belligérance et sur le vote du Parlement ; le PCF propose d’aller plus loin en posant la question des rapports économiques et énergétiques qui produisent cette vulnérabilité et ne pas y opposer une sobriété décroissante comme horizon. La classe dirigeante, dont les classes intermédiaires, n’est pas prête à baisser son niveau de vie et les classes laborieuses subissent déjà de plein fouet la précarité énergétique, chauffage et mobilité. Refuser la guerre, oui, mais aussi construire les conditions matérielles de la paix et de notre autonomie.

  5. CARIOU Patrick le 27 septembre 2026 à 14:48

    Est-ce que Brigitte pourrait lui confisquer sa panoplie ? Au delà de la boutade, une invitation à une l’analyse indispensable pour lui même et le pays.

Laissez un commentaire