Le PCF, les ouvriers et le 21ème siècle

chaplin

La campagne du communiste Léon Deffontaines entend parler au monde populaire en ravivant la question sociale. Un pari… dépassé ?

Le Parti communiste a réussi à faire émerger quelques lignes d’identification politique pour porter sa liste aux élections européennes. Dernière force à parler encore et toujours du « non » de 2005 contre le traité constitutionnel européen, il entend s’adresser à cette majorité des électeurs de gauche qui s’était prononcé contre l’Europe libérale. Parmi eux une grande majorité du monde populaire. C’est cela le véritable fil rouge de la campagne de Léon Deffontaines.

Le tête de liste communiste s’est récemment interrogé sur ce qui est arrivé à la gauche pour qu’une Colombe, femme de 60 ans au RSA, militante des Restos du cœur, se retrouve dans une vidéo virale – vue par plus de 12 millions de personne – à exprimer sa confiance en Marine Le Pen. Comme en écho, le secrétaire national du Parti communiste, Fabien Roussel, disait sur LCI ce 5 mai : « Il faut faire confiance aux ouvriers ! Faire confiance aux ouvriers, la richesse de ce pays ; ils sont l’honneur de la France. Ces ouvriers dans l’industrie, dans les services publics. »

Les communistes insistent, à raison, sur l’absence de la question sociale dans cette campagne des européennes, alors qu’elle fut au cœur du débat et du combat de 2005. Question : de qui parle le Parti communiste ? Le vocabulaire ici employé rend-il compte de la réalité du monde populaire d’aujourd’hui et à qui s’adresse-t-il ?

L’Insee vient de publier son « Portrait des professions en France en 2022 ».

Il ressort de cette étude que désormais les cadres (21,7%) sont plus nombreux que les ouvriers (18,9%). Ce croisement s’est en fait effectué en 2018. Et la tendance s’accentue. En longue durée, les employées restent « stables » et représentent plus de 25% des personnes en emploi. Il est exact de pointer, dans la baisse continue des effectifs ouvriers, la traduction du recul de l’industrie. Notons que Roussel inclut dans « monde ouvrier » les services publics… quitte à perdre un peu l’auditeur. Mais surtout, il exclut de son propos l’essentiel du monde populaire (les employés qui sont le plus souvent des employéEs). Il « ghost » les cadres de « l’honneur de la France », s’écartant ainsi de la rupture ancienne effectuée par le PCF avec l’ouvriérisme. Et de fait, Fabien Roussel semble souvent y revenir. Ne déclare-t-il pas qu’à ses yeux, « ce sont eux, les ouvriers, qui devraient siéger au parlement » ?

Les communistes mettent sur la table une bonne question, celle de la place du social dans les projets portés par la gauche. Mais ils le font trop souvent avec des concepts anciens, aussi bien dans leur approche du monde du travail que dans la définition étroite de ce qu’ils nomment la question sociale. Plus grave stratégiquement, ils se font les chantres d’une vision du rassemblement populaire très étroite. Pour devenir une proposition politique attractive, une bonne intuition doit en passer par toutes ces questions.

Sachant qu’aujourd’hui, le monde ouvrier a totalement quitté celui du communisme – et d’une façon plus générale, celui de la politique. Sur 100 ouvriers, près de 80 s’apprêtent à s’abstenir. Et parmi ceux qui votent, près de la moitié choisissent l’extrême droi

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6 commentaires

  1. LESAUVAGE le 13 mai 2024 à 11:55

    Bonjour,

    Le PCF « ghost » les cadres ?!
    Mme Tricot, franchement, là, vous exagérez !
    C’est possible d’écrire en français sur Regards ?

  2. g vieillard le 13 mai 2024 à 21:46

    Drôle de logique : 80% des ouvriers ne votent pas et il ne faudrait voir que les 10% ne votant pas a l’extrême droite?
    Ben l’objectif de la campagne PCF s’est bien de s’adresser aux 80%, et aussi aux 10% partis à droite++.
    De plus, l’Europe sociale ne concerne vraiment pas que les ouvriers.

  3. Frédéric Normand le 14 mai 2024 à 08:07

    Que signifie la présence du PCF au sein de l’extrême-gauche ? C’est un parti résiduel, témoin d’une époque révolue, quand l’URSS avait installé des têtes de pont dans les pays démocratiques pour y installer à terme un régime socialiste, identique au sien, selon la logique kominternienne. Ce terme est devenu caduc après sa chute, qui suivit de peu celle des régimes du même type dans les pays qu’elle avait colonisés. On sait bien, sans le dire, que le communisme n’a pas d’avenir. Après avoir abandonné ses fondamentaux et perdu ses soutiens à l’Est, le PCF n’a plus de raison d’être. Il survit par inertie, dans la marginalité.

  4. comm le 19 mai 2024 à 15:05

    Le PCF reste une force vive, nullement résiduelle. Ses militant.e.s sont présent.e.s dans les syndicats, dans les municipalités où ils jouent un rôle très souvent important voire essentiel. On a à gauche absolument besoin d’elles et eux !!! Encore une fois, marre des polémiques stériles. Bien sûr après on est en droit de s’interroger sur la stratégie assez fermée du PCF sur l’identité communiste depuis Roussel. Mais pour que le changement réussisse il faut accepter celles et ceux qui agissent avec leurs différences et leurs spécificités. C’est finalement un enrichissement !!!!r

  5. Lucien Matron le 21 mai 2024 à 05:27

    Le PCF est un parti important de la gauche, par son influence idéologique et stratégique. Sans lui, la gauche depuis sa pointe extrême jusqu’aux socio-démocrates, ne serait sans aucun doute pas ce qu’elle est. Le PCF s’est considérablement délité et réduit en tant qu’organisation politique, il a perdu des milliers de cadres et d’adhérents , il a perdu des centaines de territoires dans lesquels ses élus étaient des élus efficaces mais il reste un parti dont les analyses restent le plus souvent les plus pertinentes. Le PCF reste une boussole pour de nombreuses personnes qui s’intéressent à la vie politique, qu’elles votent pour ses candidats ou non. Il en va de même pour LFI, par sa capacité de mobilisation et son programme. Il ne peut pas y avoir de changement de politique dans ce pays sans le PCF, sans LFI et sans les écologistes. L’ extrême gauche ( LCR, NPA, LO ou autres ) n’est pas interessée par le pouvoir politique, elle préfère ne pas mettre les mains et la tête dans la gouvervance à tous les échelons ( communal, regional ou national) de peur de se frotter au réalisme socio-économique. La sociale-démocratie ( PS en tête) est toujours le « cul entre deux chaises » , de gauche dans les paroles, mais le p’us souvent de droite dans les actes ( Qui a dit : mon ennemi c’est le monde de la finance ? Le méme que celui qui a installé Macron à Bercy puis lui a déroulé le tapis rouge pour la présidentielle). En définitive, à ce jour, le seule espoir pour une France et une Europe, plus justes, plus égalitaires, plus fraternelles, plus sociales, plus respectueuses des humains et de la planète repose sur un rassemblement populaire dont le gros des troupes reposeraient sur les insoumis, les communistes et les écologistes. A ce jour, ce n’est pas gagné, mais le combat de l’union est toujours un combzt difficile.

  6. Frédéric Normand le 21 mai 2024 à 09:40

    Le PCF est un parti d’extrême-gauche qui autrefois fut important mais ne l’est plus aujourd’hui. Il ne redeviendra jamais important. L’écroulement des régimes socialistes en Europe, à la fin du siècle dernier, est définitif. Il les soutenait et était soutenu par eux. L’histoire ne repasse pas les plats, ou alors sous une forme farceuse, comme le soulignait Marx.

    Tout au plus le PCF peut-il encore jouer, à la marge, un rôle de supplétif pour former des majorités parlementaires à gauche, puisque les partis de gauche, sociaux-démocrates, n’ont jamais refusé par principe les alliances avec l’extrême-gauche. La social-démocratie n’est pas marxiste-léniniste. Elle est favorable au régime parlementaire en politique et au capitalisme en économie. Elle est libre de ses choix. Le PCF est aussi libre des siens, en faveur d’un régime fondé sur l’idéologie marxiste-léniniste, radicalement différent. Mais l’histoire a tranché, l’avenir est à la démocratie.

    Le communisme est répulsif. L’opinion publique est quasi unanime pour le rejeter. Il n’y a rien d’humain en lui en tant que régime mais tout de criminel. Les historiens dépouillent son bilan, que le PCF jugeait globalement positif. Un tel parti ne prendra jamais le pouvoir en France pour y instaurer le régime que son idéologie appelle. S’il la renait, il renierait son acte fondateur, au congrès de Tours. Mais il n’ose plus s’en prévaloir ouvertement. Alors il joue sur les mots, en se contorsionnant le cul entre deux chaises, donnant à entendre la version post-moderne de la langue de bois.

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