Le festival de Pâques

paque

Tout le monde n’est pas mobilisé par la chasse aux œufs. Les leaders des partis savent que le compte à rebours pour 2027 est lancé. Ils s’attachent à définir le périmètre de leur candidature.

Après les municipales, nous serions donc entrés dans « la séquence présidentielle ». Première étape : construire le périmètre politique des candidatures. Les promoteurs d’une fédération sociale-démocrate et écologiste s’activent pour construire une nouvelle frontière qui passerait à l’intérieur de la gauche et fracturerait les écologistes. Autour de Raphaël Glucksmann, on tente de faire converger Place Publique, le PS de Nicolas Mayer-Rossignol et Boris Vallaud, les copains de Bernard Cazeneuve et une part des écologistes emmenés par Yannick Jadot et Dominique Voynet. À défaut de savoir sur quel projet ces hommes et ces femmes nourrissent l’ambition de porter une candidature pour 2027, on sait que le contour de leur union est d’une part la détestation de LFI, d’autre part le mutisme prudent au sujet du bilan de François Hollande. Raphaël Glucksmann qui bénéficie d’une identification sur l’Europe et qui a son idée sur la guerre, pourrait marquer l’espace public. Pourtant, il se fait discret et reporte encore et encore les contours d’un projet annoncé pour septembre 2025, autour du travail et de l’école. Il s’occupe d’autre chose.

À l’autre bout du spectre de la gauche, Manuel Bompard vient de lancer un appel aux écologistes et aux communistes pour un candidat commun à la présidentielle de 2027 et des candidatures uniques pour les sénatoriales de septembre prochain et les législatives du printemps 2027. « Nous proposons à ceux qui sont restés fidèles au programme du NFP de constituer une nouvelle alliance populaire : faisons de notre candidature à l’élection présidentielle une candidature commune », a déclaré Manuel Bompard au Parisien. Pour qu’aucun doute ne subsiste, il présente Jean-Luc Mélenchon comme la personnalité remplissant le mieux les qualités de candidat à la présidentielle. Il lie sa proposition à un accord sur le programme et à la mise en place d’un « conseil politique pour mener en cohérence ces deux élections ». Nouveauté : l’unité ne serait pas de dernière minute mais anticipée ; elle ne résulterait pas d’un rapport de force écrasant issu des urnes mais serait discutée.

Après avoir identifié le porteur du brassard, l’enjeu de chaque équipe est donc de définir au plus large le périmètre du terrain. À l’issue d’élections municipales particulièrement agressives à l’égard du reste de la gauche, LFI a désormais les yeux de Chimène pour le milieu de terrain, ceux qui n’ont pas choisi de se ranger dans l’un ou l’autre camp mais ne sont pas de taille, seuls, à faire vaciller les deux leaders. Devant ces OPA, Marine Tondelier tente de préserver l’unité de son parti : « La seule raison pour laquelle Les Écologistes se rangeraient derrière une autre candidature qu’Écologiste à la présidentielle serait parce que cette personne aurait gagné la primaire ». Fabien Roussel a, lui aussi, promptement récusé l’offre de LFI qui serait de la « tambouille électorale » et propose, à l’inverse, comme chaque fois, de s’unir sur un enjeu concret immédiat : aujourd’hui le prix de l’essence. Décadence de la pensée communiste. 

Tout ça est vraiment passionnant… pour qui aime le jeu d’échecs. Les tours prennent position et les cavaliers défendent leur camp ; les fous tentent des percées chez l’adversaire. Mais si on pense que la politique est beaucoup plus que de la tactique, si on ne pense pas que les « séquences politiques » s’enchaînent, on peut attendre des uns comme des autres un retour sur les fragilités des accords passés, sur les causes structurelles de la faiblesse de la gauche prise globalement. On peut aussi espérer un regard prospectif sur les dangers du monde et espérer quelques propositions. 

La gauche est en grande difficulté du fait de ses guerres impitoyables mais pitoyables, du fait aussi de la volonté d’hégémonie qui domine de part et d’autre ou du repli sur la défense de partis en grandes fragilités. Sa diversité d’expériences, d’histoires, d’idéologies n’est jamais mobilisée pour refonder une vision progressiste, repenser en démocrate la pluralité des approches et renouveler les cohérences des différents projets. On peut toujours se dire qu’il reste 9 mois. 

Partager cet article

Actus récentes

Abonnez-vous
à notre NEWSLETTER
quotidienne et gratuite

Laissez un commentaire