Le coup de chaud de Dominique Seux
La vie est simple avec l’éditorialiste de France Inter – il fait chaud, c’est la faute aux autres – et la solution encore plus facile : la clim’ partout tout le temps.
Quand on écoute le matin au petit déjeuner les éditos éco de Dominique Seux, ça peut passer crème. Surtout quand il fait déjà près de 30°C dans la pièce. Et cela peut même paraître presque convaincant. Et pourtant, son CQFD quotidien est très souvent contestable et, en réalité, de plus en plus symptomatique du programme commun de la droite et de l’extrême droite en voie de constitution, sous la houlette du Medef. Et les faits et chiffres supposés faire preuve sont souvent bien tordus. Exemple ce 22 juin où il était, forcément, question de la canicule.
Le CQFD numéro 1, c’est que nous les Français, mais aussi les Européens, sommes piégés et subissons une injustice : on se paie un réchauffement plus fort mais dont on est moins responsables qu’ailleurs : « Les Français sont d’abord piégés parce qu’ils subissent un réchauffement climatique sur lequel leur prise est faible, très faible… Nos émissions de gaz à effet de serre représentent entre 0,6 et 0,8% des émissions mondiales. La France a les moyens et le devoir de poursuivre dans cette voie, c’est sa contribution à la lutte contre le dérèglement climatique, mais force est de constater que tous les pays ne font pas les mêmes efforts et que quand l’Europe se retourne, elle se voit plutôt seule. L’Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale, pour des raisons diverses, comme vient de le rappeler l’organisme européen spécialisé Copernicus, notamment à cause de la fonte des glaciers. La France, comme toute l’Europe de l’Ouest, est spécifiquement désavantagée avec des pics de chaleur plus fréquents et intenses. Bref, l’Europe, tout en faisant plus d’efforts, se réchauffe plus. »
Plusieurs remarques :
- notre « prise » sur le stock d’émissions entassé depuis la révolution industrielle est supérieur au chiffre concernant son flux ;
- 0,8% des émissions mondiales de gaz à effet de serre quand on représente…0,8% de la population mondiale, cela ne fait pas une prise plus faible qu’ailleurs ;
- en fait d’efforts, la France ne respecte pas ses engagements. La baisse annuelle de l’ordre de 1,5% reste nettement insuffisante pour atteindre les objectifs 2024-2028 et pour tenir l’engagement d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050 ;
- idem au niveau de l’Union européenne. L’engagement pris d’atteindre la neutralité carbone en 2050 sera d’autant moins tenu qu’elle démantèle progressivement le Pacte vert qui devait permettre de l’atteindre. À l’heure de la canicule historique qui la frappe, Dominique Seux préfère laisser cela soigneusement sous le tapis ;
- le réchauffement climatique planétaire a-t-il « injustement » plus d’impact en Europe ? Voici le signalement effectué par l’économiste Jean Joseph Boillot, il y a cinq jours concernant l’Inde, agence Bloomberg à l’appui :
Et le rapport de l’ONU sur l’impact des changements climatiques sur l’Afrique publié en août 2025 commence ainsi : « L’ Afrique est l’une des régions du monde les plus vulnérables aux changements climatiques, alors même que sa contribution aux émissions mondiales est négligeable ».
Non, Dominique Seux, le réchauffement climatique n’est pas le nouveau fardeau de l’homme blanc européen.
Après le CQFD du diagnostic vient le CQFD de la solution
Et la solution, le sirop Typhon, de la politique anti-réchauffement climatique et anti-canicules, c’est… la climatisation, forcément ! « Une électricité abondante et décarbonée. La France est presque un des seuls pays au monde où la climatisation n’aggravera pas le réchauffement climatique, pour peu que les appareils soient récents et bien entretenus. Quant au réchauffement temporaire des températures extérieures, la balance est vite faite entre survivre à l’intérieur et un degré de plus à l’extérieur quand il fait 35 ou 40 degrés. »
Avec ça, pas besoin de changer de politique, pas besoin d’écologie politique, pas besoin d’égalité et de mobiliser des centaines de milliards. Et pas besoin de souligner que le G7 continue de se soumettre à Donald Trump et son « drill baby drill ».
Dominique Seux est facétieux. Il ne nous dit pas que c’est ce que préconise le RN et Marine Le Pen et qu’a critiqué Jean-Luc Mélenchon. Il préfère apporter la caution scientifique d’Esther Duflo et de François Gemenne. Mais le cœur y est.