L’adaptation, un nouvel enjeu politique

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Longtemps, nous avons défini des objectifs de réduction des gaz à effet de serre. Mais le climat change et il faut vite mettre en œuvre une stratégie globale qui désormais implique l’adaptation. Nouvel enjeu politique.

Ces vingt dernières années ont été consacrées aux transformations pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Développement des transports électriques et en commun, isolation des bâtiments, verdissement des villes ont été les maîtres-mots de ces politiques. Parfois erratiques, souvent insuffisantes, elles n’ont pas été sans effet. Les efforts à venir restent considérables. Il faut les amplifier. Dans les logements, les bailleurs sociaux ont été des volontaires. Ce sont eux qui ont développé et programmé le plus de rénovations thermiques. La part de passoirs thermiques (logements étiquetés F et G) y est deux fois moins importante que dans le parc privé. Le dénigrement – parfois même à gauche – des acteurs du logement social devrait être plus modéré. Dans les villes, la place accordée aux vélos, les plantations d’arbres dans les rues, les créations de parcs et jardins, la réduction de la place du bitume (désimperméabilisation des sols) sont devenus l’ABC des aménagements. Ces transformations pensées d’abord pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre participent aussi à adapter nos lieux de vie aux températures extrêmes : aujourd’hui la chaleur, demain sûrement aussi le froid.


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Mais le réchauffement climatique est plus rapide et plus intense qu’anticipé. L’exigence d’une adaptation à ces évolutions, désormais assurées, devient un impératif. C’est d’ores et déjà un enjeu politique. Le RN a sa solution : la climatisation. Tellement trop simple. En vérité, il va falloir interroger les rythmes scolaires et de travail. Il faut continuer de planter et d’isoler les bâtiments. Avoir reculé le retrait de la location des passoires thermiques ne fut pas bien. Baisser encore et encore les dotations des collectivités locales réduit concrètement les moyens pour isoler les équipements dont elles ont la charge (éducation, culture, sport). Contrairement à la lumineuse idée macronienne de pomper dans les ressources des bailleurs sociaux – vous vous souvenez des 5 euros d’APL en moins par mois compensés par les offices ? –, il faut au contraire les accompagner massivement. 

Il faut continuer et accélérer ce qui est entrepris. Mais il faut aussi promouvoir une diversité de solutions « passives » qui ralentissent la surchauffe des intérieurs. Les volets et stores doivent devenir la règle sur les façades ouest et sud. Les matériaux sombres en façade ne devraient plus être admis. Les toitures doivent – comme à New York – être plantées ou peintes en blanc. Dès les trois pièces, les programmes des logements neufs devraient imposer la double orientation pour une bonne ventilation. Au même titre que les radiateurs, les ventilateurs en plafond devraient faire partie des équipements de base dans les logements, les salles de classe et les bureaux. De l’innovation doit être soutenue pour des solutions low tech. C’est donc un immense programme d’adaptation qui va prendre dix ou quinze ans – au bas mot. Il faut compter entre 25 000 et 30 000 euros par logement pour assurer une bonne isolation thermique (façade, fenêtres, volets…). Il y a 40 millions de logements en France. Auquel il faut ajouter tous les besoins pour les équipements collectifs : c’est beaucoup, beaucoup d’argent et de travail.

Quand la chaleur s’installe, ces dispositifs passifs ne suffisent pas. Il faut donc aussi un plan massif pour maintenir au frais les lieux d’enseignements, les Ehpad, les lieux de travail et climatiser les crèches, les hôpitaux, les transports en commun. C’est donc un immense programme d’adaptation qui va prendre dix ou quinze ans – au bas mot.

Mais quand la chaleur s’installe, ces dispositifs passifs ne suffisent pas. Pire, une fois mis en chauffe, les logements bien isolés conservent la chaleur plus longtemps. Il faut donc aussi un plan massif pour maintenir au frais les lieux d’enseignements, les Ehpad, les lieux de travail et climatiser les crèches, les hôpitaux, les transports en commun. Technologies et réglementations permettent aujourd’hui d’envisager le recours à la clim’. L’obligation d’un contrôle tous les deux ans deviendra au fil du temps un enjeu pour que les machines vieillissantes ne relâchent pas leurs gaz nocifs. L’État vient de décider de promouvoir et d’accompagner financièrement pour le chauffage les installations de pompes à chaleur (PAC). Il s’agit d’une technologie qui capte les calories ici pour les rejeter là. Ces pompes à chaleur peuvent aussi être une solution pour rafraîchir. Les planchers chauffants peuvent être rafraîchissants en faisant circuler de l’eau fraîche dans les tuyaux coulés dans la dalle. Une stratégie est nécessaire.

La lutte contre les émissions de gaz à effet de serre et pour une adaptation au changement climatique ne peuvent plus s’opposer. Ils demandent de mobiliser des moyens exceptionnels. Comme pour la justice. Comme pour renouveler le parc énergétique. Comme pour l’IA, le numérique et la décarbonation des industries. Comme pour moderniser nos services publics. Comme pour les retraites et la santé. Chaque semaine, chaque sujet montre l’ampleur des chantiers et des moyens à mobiliser. On ne s’en sortira pas avec des rustines, avec du leasing de voitures électriques à 100 euros, ni avec une réduction de l’indemnité chômage.


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2 commentaires

  1. lemasseur le 19 juin 2026 à 15:30

    Vous avez bien évidemment complètement raison, mais comment ne pas éprouver une amertume doublée d’une colère -froide- de haute intensité en se souvenant que cela fait au moins 35 ans que ces solutions sont connues, documentées?
    J’ai dans mon stock de vieux magazines, un numéro d’Actuel de 1973 je crois, où un article faisait état d’une étude scientifique californienne selon laquelle la production massive de gaz industriel allait provoquer un changement climatique d’ampleur…
    Ces cinquante années perdues le furent du fait du lobby pétrolier principalement qui subventionnèrent des études, payèrent des journalistes, achetèrent des politiques pour nier et le crime et les responsabilités de ladite industrie pétrolière.

    Pour le financement de l’adaptation, il semblerait aussi juste que éthique que ces industries, Total soient nationalisées, à sec. Mettre Total hors d’état de nuire est le minimum. C’est à dire en terme clair la spoliation pure et simple en disant aux actionnaires « Estimez-vous heureux de ne pas être trainés devant un tribunal pour crime écologique ayant entrainé la mort de dizaines de milliers de personnes ». Un actionnaire Total est par définition complice et ses revenus sont un poison:
    Pas de pitié, à sec vous dis-je.

  2. carlos_H le 26 juin 2026 à 16:48

    L’adaptation ne devrait pas être pensée comme un budget séparé, mais comme une contrainte intégrée à tous les investissements existants : logement, transports, école, santé, urbanisme, énergie. Sur l’isolation, le diable est dans les détails : la rénovation énergétique française a longtemps été pensée pour passer l’hiver ; dans un monde qui se réchauffe, il va falloir apprendre à passer l’été sans transformer chaque logement en thermos…

    Une chose est sûre Catherine, il restera bien sûr des épisodes de froid sévère, mais la bascule française se fait d’abord vers une hausse des températures moyennes, des vagues de chaleur plus longues, plus fréquentes et des nuits tropicales plus nombreuses. La priorité d’adaptation n’est donc pas symétrique : elle est à priori, massivement orientée vers la chaleur!

    Quant à la climatisation, elle ne peut effectivement pas être brandie comme solution miracle… C’est l’un des usages électriques les plus dynamiques au monde dans le bâtiment. Même avec une électricité française largement décarbonée, nous n’avons pas une énergie infinie : transports, industrie, hydrogène, numérique, pompes à chaleur, data centers et climatisation vont entrer en concurrence. Le techno-solutionnisme consiste précisément à croire qu’il suffira d’ajouter un équipement à chaque problème… Je ne suis pas surpris outre mesure que le RN y adhère : A force de simplifier ce qui ne qui ne l’est pas, c’est devenu une seconde nature!

    Ce sur quoi l’article aurait probablement dû insister, c’est sur l’idée que parler d’adaptation sans parler de sobriété, c’est manquer le cœur du sujet.
    Parce qu’il ne s’agit pas seulement de mieux équiper le monde existant, mais de questionner les besoins, les usages, les surfaces, les rythmes, les consommations et le modèle productiviste qui rend nos sociétés vulnérables! L’adaptation véritable commence peut-être là : non pas climatiser l’extractivisme, mais en sortir.

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