L’antisémitisme et nous

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Régulièrement, les accusations en antisémitisme enflamment le débat. Elles visent aujourd’hui la gauche. Aucune indulgence n’est possible. L’hystérisation n’est pas une solution. Dernier avatar : une tribune publiée par Regards.

Il y a deux jours Regards publiait une tribune signée par 200 universitaires – certains d’entre eux que nous connaissons et respectons – pour contester la lourde sanction qui touchait un enseignant d’histoire médiévale de l’université Lyon 2. Julien Théry venait d’être suspendu 18 mois de tout enseignement à la suite de messages « à caractère discriminatoire, au manquement au devoir de dignité, de mesure et d’exemplarité qui s’impose à tout agent public » sur les réseaux sociaux.

Il est peu de dire que nous ne partageons pas l’appel de ce professeur à boycotter les personnalités qui voulaient s’opposer à la reconnaissance par la France de l’État de Palestine. Au boycott, nous préférons la confrontation démocratique avec les artistes et les intellectuels. De même, Regards n’a aucune mansuétude à l’égard de la désinvolture, de la complaisance voire de l’activation de pensées antisémites. Nous avons écrit et dit notre désarroi de voir des dirigeants de la gauche politique en jouer. Depuis le 7 octobre 2023, les accusations en antisémitisme et les insinuations à caractère antisémite ne cessent d’alimenter les projets de séparation en deux gauches irréconciliables. C’est irresponsable. Il est coupable de prétendre que Jean-Luc Mélenchon est antisémite et que La France insoumise ne fait plus partie de la gauche. Il est tout aussi coupable de jouer avec les référents antisémites et de les instrumentaliser, de ne pas éduquer une jeunesse à votre écoute.

Les reproches adressés à Julien Théry par le conseil de discipline sont sérieux. Ce n’est pas parce qu’il soutient le peuple palestinien qu’il est sanctionné mais parce qu’il a diffusé sur les réseaux sociaux des messages et imageries ancrés dans l’antisémitisme profond.

Dans les combats que soutient Regards, il y a celui de la liberté académique. Nous savons qu’elle est en danger. L’ancienne ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, avait demandé au CNRS de conduire une enquête pour débusquer l’islamo-gauchisme. Évidemment, cette requête est tombée à l’eau : ce terme polémique est sans consistance. Nous avons bien noté aussi que la traque de l’antisémitisme s’y substitue désormais. La vigilance et la lutte contre l’antisémitisme sont légitimes mais affaiblies et abîmées par ce dévoiement. L’université Lyon 2 est dans le tourbillon sous les pressions croisées des menaces des militants d’extrême droite, de la région dirigée par Laurent Wauquiez, de militants d’extrême gauche intempestifs. Nous considérons cette sanction contre Julien Théry pour ce qu’elle est : une nouvelle intimidation à l’égard de l’université et des enseignants.

Reste que les reproches adressés à Julien Théry par le conseil de discipline sont sérieux. Disons-le clairement : ce n’est pas parce qu’il soutient le peuple palestinien qu’il est sanctionné mais parce qu’il a diffusé sur les réseaux sociaux des messages et imageries ancrés dans l’antisémitisme profond. Cela n’a pu échapper à ce professeur d’histoire, spécialiste du sujet. Nous n’avons aucune indulgence à cet égard. Julien Théry, militant surtout sur les réseaux sociaux, s’est excusé du bout des lèvres. Refuser de faire marche arrière est délétère. Trop souvent vantée, cette posture n’en devient pas pour autant un signe de courage.

Nous ne partageons pas cette attitude butée qui envenime le climat. Nous ne demandons pas que Guillaume Erner, le matinalier de France Culture, soit retiré de l’antenne malgré la diffusion d’un montage fallacieux accusant Jean-Luc Mélenchon d’antisémitisme avec instrumentalisation lors d’une interview de Marine Le Pen. Nous ne soutenons pas non plus la sanction de 18 mois de privation d’enseignement et de salaire contre Julien Théry. Nous demandons que la raison revienne : il est possible et juste de s’opposer à la politique génocidaire et expansionniste d’Israël sans être gravement soupçonné ou insulté. Il n’est pas acceptable de le faire sans maîtrise stricte des termes et des images convoquées. Les autorités de tutelle sont légitimes de le redire et de sanctionner les manquements avec esprit de mesure. À ces conditions seulement, le débat démocratique redevient possible. 

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19 commentaires

  1. Lionel Mutzenberg le 3 juillet 2026 à 18:50

    Plus personne ne sait ce qu’est l’antisémitisme, du fait que ce délit est employé pour discréditer des personnes à des fins politiciennes. Dans le cas présent je ne sais pas, n’ayant pas lu cet enseignant.
    Mais méfiance, Jean Luc Mélenchon a produit un tweet après le drame du 7 octobre, puis s’en est expliqué, les interprétations de nos journaleux occultent volontairement le contenu de ce tweet qui a disparu de nos écrans, et de notre mémoire.
    L’antisémitisme est un délit, comme le racisme, et doit être condamné.

    • Michel Davesnes le 7 juillet 2026 à 10:17

      Je crois que j’ai trouvé l’explication à propos de l’évolution des positions de Catherine Tricot et de Pablo Pillaud-Vivien qui ont de plus en plus tendance à adopter les points de vue des adversaires. Je pense que leur fréquentation des médias dominants, le fait d’être régulièrement invités ou chroniquer dans des médias pourris comme BFM les amène à composer, à adapter leur discours.
      La compagnie des Consigny et autres du même acabit, ça laisse des traces. Les médias mainstream ont décrété que Mélenchon était antisémite, que le visuel de Thierry était antisémite, pas la peine d’y regarder de plus près. Si on veut continuer à être réinvité par BFM pour apporter la contradiction et servir de caution de gauche, il faut adopter les codes de ces gens là et tenir compte de leurs limites. Il ne suffit pas, Mme Tricot, de dire qu’il y a une utilisation des accusations d’antisémitisme, il faut éviter de hurler avec les loups quand les faits ne sont pas vérifiés.

  2. Michel Davesnes le 3 juillet 2026 à 21:39

    Pas surprenant de constater qu’une fois de plus Catherine Tricot aboie avec la meute.
    Cet appel au boycott des soutiens aux génocidaires n’a pour moi rien de choquant. On appelait bien à boycotter l’Afrique du Sud au moment de l’apartheid. Le boycott est une arme très efficace.
    Quant au visuel contestable, bien évidemment Catherine Tricot évite soigneusement d’en parler. Il s’agit d’une image représentant un jeune homme avec une kippa et une étoile de David qui pique un porte feuille dans le sac d’une jeune fille identifiée à la Palestine par le drapeau palestinien qu’elle porte. On peut effectivement y voir une essentialisation des juifs. Mais on peut aussi, en lisant la bulle qui montre ce qu’exprime ce jeune homme (« god promised me this wallet « ), y voir simplement la dénonciation de ce qu’expriment les fondamentalistes religieux en Israël, à savoir que c’est Dieu qui leur ordonne de conquérir la terre promise.

    • lemasseur le 6 juillet 2026 à 14:10

      Oui, Israël se proclame lui-même depuis 2018 « État-nation du peuple juif », c’est lui qui met la judéité au cœur de son projet colonial et entretient la confusion entre crimes israéliens et solidarité obligatoire de la diaspora confondue avec lui.
      En ce sens Israël se sert de celle-ci, la diapora comme d’un bouclier humain.

      • GUILLIEN le 7 juillet 2026 à 17:45

        Je pense qu’il faut poser comme intangible l’existence d’Israël et qu’il est indispensable que les pays arabes continuent à normaliser leur relation avec Israël.
        Deuxième point les Français juifs ne doivent pas être essentialises. Les traiter de genocidaires est parfaitement insupportables. Il n’y sont pour rien.

  3. Salut le 4 juillet 2026 à 00:35

    MDR

  4. Guillien le 4 juillet 2026 à 06:52

    A la fin de cet article tellement confus ( volontairement, je pense ) on arrive au terme génocidaire sans être jamais passé par la condamnation ou même l’évocation de la barbarie du 7 octobre. Théry et Erner sont en quelque sorte mis sur le même plan afin de prouver que vous avez une position équilibrée. Ecrire que Melenchon n’est pas antisémite, pourquoi pas ? ( il ne faut pas injurier l’avenir et surtout le regard qu’on porte sur soi-même puisque la gauche va voter massivement pour lui et peut etre meme dès le premier tour ).
    En fait, il faudra faire le grand écart, vous avez commencé les exercices d’assouplissement mais on ne sait pas encore si l’organisme suivra.

  5. lemasseur le 4 juillet 2026 à 12:59

    De mémoire, et je peux me tromper, mais il me semble que Julien Théry avait cité les signataires d’une tribune publiée dans le monde en soutien à Israël en parlant d’eux comme « des génocidaires à boycotter ». Ensuite, la LICRA avait dit de ce commentaire (que l’on peut trouver discutable, personnellement non) qu’il était antisémite du fait que les signataires de la tribune étaient soit juifs et juives soit assimilé.es culturellement… Ce qui revient à dire qu’à partir du moment où l’on serait rattaché à ce groupe religieux ou culturel on le serait prioritairement, on serait de ce fait dégagé de ses engagements, de ses responsabilités et surtout bénéficierait de par cette appartenance (ou supposée telle) d’une sorte de statut particulier, en l’espèce d’intouchabilité que les autres n’auraient pas.
    L’antisémitisme procède d’une mise à l’écart de cette population par rapport à ce qui serait une humanité ordinaire. Et en l’espèce c’est la LICRA et ses suiveurs qui posent comme base du raisonnement que ces signataires sont moins des personnes qui prennent position en fonction de leurs opinions ou sensibilité, que des Juifs et des Juives s’exprimant en tant que tel et qui ne seraient que ça. Et donc dans ce raisonnement, proprement antisémite pour le coup, quiconque s’en prendrait à eux en tant que signataire de la tribune ferait en fait acte antisémite. Raisonnement, si l’on peut dire, parfaitement vicieux et porteur de l’exact inverse de ce qu’il prétend être. Le contraire de l’antisémitisme, ce n’est pas « aimer » les Juifs, mais être indifférent.
    En essentialisant les signataires, la LICRA toute à sa lutte contre tout ce qui ressemble à de la gauche fait non seulement un contre-sens, mais alimente le récit antisémite.

    Et vous avez tort, à mon sens, de concéder une faute de la part de Julien Théry dans un usage qui serait le sien de tropes antisémites, qui à ce jour -je peux me tromper- n’existent pas. Ou alors il vous aurait fallu les citer précisément. Et si il y a antisémitisme avéré, ma foi, il y a des lois pour ça, et je ne sache pas que cet universitaire fasse l’objet d’une procédure pénale, ce qui invalide de fait la sanction dont il est victime.

    Maintenant, à ce détail près, vous avez parfaitement raison de pointer l’instrumentalisation d’antisémitisme de la part des soutiens d’Israël qui n’ont plus que cet os à ronger à l’heure où les images et les récits des multiples exactions criminelles dont il est coupable lui donne son vrai visage, à savoir celui d’un état colonialiste, pratiquant l’apartheid, le vol de territoire (Le Monde ce jour avec les témoignages de Syriens se faisant déposséder de leurs terres), la torture, les déplacements massifs de population, le nettoyage ethnique, le viol et les massacres de masse.

    Julien Théry est à l’évidence et sans doute possible du coté de l’Humanité quand ses pourfendeurs en sont les doubles maléfiques consacrant toute leur énergie à ce que le Mal puisse continuer à régner et s’étendre.

  6. Cédric D le 4 juillet 2026 à 15:09

    Merci pour cette mise au point

  7. Lemarchal le 4 juillet 2026 à 15:41

     » Nous ne demandons pas que Guillaume Erner, le matinalier de France Culture, soit retiré de l’antenne malgré la diffusion d’un montage fallacieux accusant Jean-Luc Mélenchon d’antisémitisme  »
    Pourriez-vous expliquer pourquoi ?

    • Toto le 6 juillet 2026 à 11:53

      Parce que Regards ne condamne ni les faux, ni la calomnie quand la victime est LFI !!

  8. lasbleiz le 4 juillet 2026 à 17:40

    Vous n’êtes pas objective » l’objectivité ce n’est pas un coup à droite, un coup à gauche, l’objectivité, c’est la recherche de la vérité et la vérité est que Guillaume Erner a commis une faute grave contre la vérité en utilisant son statut pour faire de la propagande tout comme Sonia Devillers utilise le pacte de confiance des auditeurs avec une radio de service public pour interviewer de manière complaisante l’ambassadeur d’Israël sans jamais rappeler que le premier ministre qu’il représente est poursuivi pour crime contre l’humanité.

  9. Denis Franck le 4 juillet 2026 à 18:16

    Je vous apprécie parce que vous chérissez la complexité des choses. Ici, vous faites une simplification abusive en écrivant « boycotter les personnalités qui voulaient s’opposer à la reconnaissance par la France de l’État de Palestine ». Certains signataires de l’appel (ne citons que J. Sfarr) s’y sont joints pour refuser une reconnaissance sans contrepartie, alors qu’ils sont bien pour une solution à deux Etats. Certes, d’autres signataires sont plus radicaux, mais ce n’était pas le sens de l’appel en question.
    Des négationnistes ont été exclus des universités, pourquoi l’antisémite (puisque, comme vous le dites, « il a diffusé sur les réseaux sociaux des messages et imageries ancrés dans l’antisémitisme profond ») Théry ne le serait-il pas ?
    Sinon, on pourrait lui proposer de créer une chaire d’étude du « sionisme génocidaire » ? Au nom de la liberté universitaire !
    (Que la droite bibiste soit à la manoeuvre me révulse, mais ça n’absout pas pour autant Théry ni ses soutiens).

    • Michel Davesnes le 7 juillet 2026 à 10:43

      Vous pouvez illustrer vos propos à propos des « messages et imageries ancrés dans l’antisémitisme profond » ? Ou bien vous ne faites, comme Catherine Tricot, que reprendre les antiennes des soutiens à Israël qui ne voient, dans les militants pro-palestiniens que des antisémites. Essayez un peu de penser par vous même.

  10. Katia GALICHET le 5 juillet 2026 à 09:00

    le terme antisémite est galvaudé et a perdu de son sens, il sert surtout à des débats politiques et à stopper toute accusations envers le régime extrémiste de Nétanyahou. Pour rappel, les arabes sont également des sémites,on ne le mentionne jamais ….

  11. Lucien Matron le 5 juillet 2026 à 18:48

    Aucune décision politique du gouvernement Netanyahu n’est soutenable pour un démocrate : ni la guerre menée à Gaza et au Liban, ni la colonisation et l’annexion de nouveau territoire sans respect du droit international, ni l’arraisonnement d’une flotte pacifique non armée dans les eaux internationales, ni la volonté et les actes de nature génocidaires reconnus comme tels par les organisations internationales, ni l’acharnement contre les journalistes indépendants dénonçant cette politique,, etc… Vouloir faire passer ceux qui dénoncent la politique d’israël pour des antisémites est une instrumentalisation honteuse de l’antisémitisme. La politique actuelle d’Israël est condamnable et elle doit être condamnée sans aucune réserve ou excuse. Prétendre le contraire est une preuve de complicité de crimes de guerre inacceptables.

  12. Michel Davesnes le 6 juillet 2026 à 09:27

    Au passage, Mme Tricot serait bien avisée de lire ce htexte de Julien Thierry, publié sur le site Hors Série, de Judith Bernard, qui récuse l’idée d’un antisémitisme de gauche. Pour moi, c’est du même ordre que le concept de racisme anti-blancs inventé par l’extrême droite. Regards n’est pas obligé de donner des gages de bienséance en suivant ce qui vient de ce côté là.
    https://www.hors-serie.net/antisemitisme-de-gauche-sur-une-grande-fake-news-de-notre-temps/

  13. Lucien Matron le 7 juillet 2026 à 06:26

    L’ antisémitisme est une discrimination à l’égard de celles et ceux qui se reconnaissent dans la religion juive. Elle porte sur le nom, la pratique religieuse, l’apparence, le mode de vie ou encore la profession. Il s’agit donc d’une forme spécifique de racisme et il doit être condamné sans aucune réserve. L’antisémitisme ne saurait être confondu avec la condamnation de la politique expansionniste, belliciste et raciste du gouvernement actuel de l’Etat d’Israël. Toute instrumentalisation de l’antisémitisme et toute accusation d’antisémitisme qui viserait celles et ceux qui dénoncent la politique du gouvernement Netanyahu, constituerait un mauvais procès lui-même condamnable.,C’est cette ligne que doivent tenir les partisans de la Paix dans cette région.

  14. Lilith le 14 juillet 2026 à 07:06

    Ah, les convictions! « je ne suis pas voleur, parce que je vous le dit », « je ne suis pas antisémite, parce que je vous le dit », sans rien savoir ni sur les Juifs, ni sur le judaisme.
    Comme si l’antisémitisme était une question de gauche-droite…  » Ah oui, moi je suis vacciné, je suis de gauche ». L’antisémitisme à gauche a toujours existé et les quelques rémissions, n’y changent rien. Marx, Bauer, Bakounine en sont des symboles vivants.
    Comment parler d’antisémitisme sans parler avec les Juifs? Je ne parle pas de Juifs Béni Oui Oui, mais des Juifs authentiques, ceux qui représentent la communauté organisée et probablement ceux que la gauche radicale française invisibilise. On vit à côté des Juifs depuis des siècles mais on ne veut pas les voir. Alors on fait des discours creux et malveillants sur les Juifs, en se défendant: « je ne suis pas antisémite ».
    La dernière étude de la CNCDH, montre que le niveau de l’antisémitisme dans les droites et gauches radicales sont comparable: proche de 50%. Cette étude aurait pu être publiée dans la grande presse, mais encore le déni.
    tristesse

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