Clémentine Autain, l’hypothèse du rassemblement de la gauche

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Peut-on rassembler une gauche éclatée sans renoncer à la transformation sociale ? Et comment ? Ce sont les questions auxquelles veut répondre Clémentine Autain avec sa candidature à la présidentielle.

par Pablo Pillaud-Vivien

Après Marine Tondelier, après François Ruffin, c’est donc au tour de Clémentine Autain d’entrer ce soir dans l’arène. La primaire de la gauche et des écologistes, prévue le 11 octobre prochain, prend corps, avant le vote des adhérents du PS en avril. Pour les partisans de cette primaire, il y a une question centrale : qui peut rassembler la gauche dans un moment de péril démocratique ?

Ce vendredi 6 février, Clémentine Autain publie un manifeste, La vie meilleure, et le défend ce soir lors d’un meeting parisien. Autain n’est pas une apparition soudaine. Plus de vingt ans d’engagement politique, un ancrage en Seine-Saint-Denis, une fidélité aux combats féministes. Elle a connu les alliances et les ruptures, les espoirs et les purges. Son manifeste s’ouvre étonnement par une brève relecture de son histoire personnelle. Dans un pays où l’on demande encore aux femmes de prouver deux fois leur légitimité à gouverner, Clémentine Autain y articule sa vie personnelle et sa capacité à être présidente. Non pas sur le mode de la confession, mais sur celui de la résilience personnelle et politique : tenir, comprendre, rassembler, ne jamais renoncer.

La vie meilleure dessine une ligne structurée autour de trois priorités :

  • satisfaire les besoins authentiques : sortir de la marchandisation généralisée, redonner sens au travail, garantir l’accès à l’alimentation, au logement, aux soins, à l’éducation et à la culture ;
  • sécuriser nos vies : en élargissant les protections sociales, en combattant toutes les formes de violences, en prenant l’insécurité à la racine – sociale, économique, environnementale ;
  • reprendre la main : refonder un État stratège, planificateur, au service de l’intérêt général, appuyé sur la justice fiscale et la bifurcation écologique.

Le thème de la lutte contre l’insécurité alimentaire revient à plusieurs reprises dans son manifeste et incarne, aux yeux de la candidate, ces trois enjeux. Cette question concerne vivement toutes les classes sociales et peut donc être largement fédératrice. Il est politique parce qu’il impacte la santé publique, l’écologie, le monde paysan, le commerce international. De la cantine scolaire aux caisses alimentaires, de la Sécurité sociale de l’alimentation à la juste rémunération des producteurs, de la lutte contre la malbouffe à une alimentation plus saine et plus soutenable, Clémentine Autain veut faire émerger ce sujet concret et global comme un vrai sujet politique, emblématique d’une vie meilleure.

Sur le plan international, elle nourrit sa vision des travaux de Bertrand Badie qui interviendra à ses côtés lors de son meeting de lancement. Elle affirme la priorité à la mobilisation des sociétés, au droit international, à la coopération contre la loi du plus fort.

L’autre conviction de Clémentine Autain est sur le terrain du rassemblement politique. Ancienne adjointe de Bertrand Delanoë à Paris, suppléante d’un député PCF puis députée LFI, désormais associée au groupe écologiste, Clémentine Autain connaît toutes les nuances de rouge et de vert. Elle en connaît long également sur toutes les nuances de féminisme. Avec sa cohérence maintenue, elle ne découvre pas les différences et les désaccords – et ne s’en effraie pas. Pour avoir travaillé avec tous, elle sait que la gauche est diverse, mais elle sait aussi qu’un monde les unit. En tant qu’historienne, elle dira que c’est le combat pour l’égalité. Clémentine Autain n’ignore pas les cultures militantes existantes ni les électorats blessés par les divisions passées. Elle ne nie pas les clivages, mais elle tente de les dépasser, sans esprit de revanche.

Pour Clémentine Autain, la gauche n’a plus le luxe de la dispersion ni des egos surdimensionnés. Pour elle, la question n’est pas « Qui incarne le mieux ma famille politique ? » mais « Qui peut parler au pays et battre l’extrême droite ? » Elle pense être une réponse possible, au barycentre d’une attente de gauche solide, en phase avec son temps.

Le chemin vers cette primaire sera aussi un moment de vérité. Qui dit ? Et qui dit quoi ? Ceux qui conspuent la primaire, de Mélenchon à Guedj en passant par Hollande et Roussel, seront-ils plus forts que ceux qui la portent ? La présentation de projets et leur mise en discussions sont autant de façons de faire vivre cet espoir d’unité.

Pablo Pillaud-Vivien

🔴 NOBEL DU JOUR

Et si le prochain Nobel de la paix revenait aux habitants de Minneapolis ?

Les rédacteurs en chef de l’hebdomadaire américain The Nation ont adressé une lettre au comité norvégien pour proposer la ville de Minneapolis pour le cru 2026 du Nobel de la paix. « Avec leur résistance à l’autoritarisme violent, les habitants de Minneapolis ont renouvelé l’esprit de l’appel de Martin Luther King pour ‘l’affirmation positive de la paix’. » Une municipalité couronnée d’un tel prix, ce serait du jamais vu. Bien sûr, cette lutte peut paraître incomparable à côté des résistances iraniennes ou palestiniennes. Mais cette proposition est une belle réponse à l’obsession trumpienne du Nobel de la paix.

L.L.C.

ON VOUS RECOMMANDE…

« Violences policières : peut-on comparer les États-Unis et la France ? », sur France Culture. La ville de Minneapolis vient d’être le théâtre de deux bavures, des agents de la ICE tuant froidement Renee Nicole Good et Alexis Pretti. En France, une nouvelle fois, un homme, El Hacen Diarra, est mort dans un commissariat. D’un côté de l’Atlantique, les bavures ont été suivies d’une mobilisation populaire spectaculaire, de l’autre, rien. Pourquoi ? Fabien Jobard, directeur de recherches au CNRS, Yann Philippe, maître de conférences en histoire et civilisation américaines et Frédérique Sandretto, américaniste, s’interrogent sur les différences et similitudes entre les polices américaines et françaises, leurs approches plus ou moins démocratiques, le caractère systémique de la violence armée aux États-Unis (autant d’armes que d’habitants et l’un des taux d’homicides les plus élevés des pays du Nord).

C’EST CADEAU 🎁🎁🎁

Le ministre de l’intérieur, Laurent Nunez, a décidé de classer LFI à l’extrême gauche… contre l’avis du Conseil d’État. Valadista nous explique cette fulgurance intellectuelle.

@lhumanitefr

Laurent Fütez a décidé de classer La France insoumise à l’extrême gauche. Mais comment en est-il arrivé à cette conclusion ? On vous révèle les secrets de sa méthode INFAILLIBLE @valadista

♬ son original – L’Humanité

ÇA SE PASSE SUR REGARDS.FR

« Les Epstein Files dévoilent un monde puissant qui vit en dehors de nos règles. »Catherine Tricot était sur le plateau de @ccesoir.bsky.social pour parler de l'affaire Epstein. #CCeSoir

regards (@regards.bsky.social) 2026-02-06T09:48:11.386Z

La défense de Marine Le Pen — par tOad

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4 commentaires

  1. Berthelot Jacques le 6 février 2026 à 20:46

    Cette primaire à gauche c’est assez consternant : il n’est pas du tout question d’un projet de gauche de rupture négocié que toutes et tous les candidats s’engageraient à défendre . Il n’y en a pas , pour elles et eux ce n’est pas le sujet.
    Elles et ils vont se présenter avec leurs projets personnels bricolés , individualisés pour se singulariser « moi, je » tout un programme . « MON projet » comme dit C Autain , qui donc ne peut pas être celui des autres. On est dans la pure compétition , pas dans l’union.
    Une compétition à la con , comme le grand prix d’Amérique. Très 5ème république.
    On voit mal une ou un représentant du PS porter un projet de gauche.
    Le PS s’est accommodé de la suppression de 4000 emplois dans l’éducation et du doublement des crédits militaires.
    Le PS en ne censurant pas Lecornu cautionne la politique sociale et économique de son gouvernement , si un de ses représentants l’emporte , quelle belle gauche qui fera vraiment envie !
    Et puis après l’élection , des perdants s’empresseront de trahir le vainqueur.

  2. Jean-Guy Trintignac le 6 février 2026 à 21:54

    Soit Pablo Pillaud est bien naïf, soit il affiche une vision partisane qui l’éloigne de la réalité. Certes l’hypothèse d’une candidature unique à gauche pouvait apparaître fort séduisante il y a encore quelques mois, sur la base du programme NFP. Aujourd’hui, l’eau a coulé sous les ponts. L’épisode du compromis sur le budget 2026 a donné le coup de grâce à cette louable initiative. Les représentants de la mouvance social-démocrate ne peuvent plus concourir dans cette compétition, ayant rallié le camp des néolibéraux dans le maintien d’une trajectoire à la solde des plus riches. Ils ont acté ce principe des deux gauches irréconciliables. Par ailleurs, la plupart des candidats qui s’imposent comme les principaux représentants de « ce socialisme à la papa » excluent toute participation à une primaire (Glucksman, Hollande, Guedj, Cazeneuve). Ainsi, cette inspiration risque de se réduire à un écrémage sans lendemain entre membres d’un même groupe parlementaire, le groupe écologiste et social (Tondelier, Ruffin, Autain). Dans l’antichambre du nouveau PS, rallié à la minorité présidentielle, on se démène pour trouver le meilleur moyen d’enterrer cette primaire. Il est vrai qu’aujourd’hui le PS rassemble une armée de fossoyeurs sans scrupules. Le Parti socialiste veut se démarquer de toute offensive de rupture dans l’espoir d’apparaître comme le seul recours raisonnable dans une atmosphère de chaos. Il y a embouteillage dans ce ventre mou de « l’extrême centre ». Le PS semble vouloir y tenir une bonne place.

  3. Lucien Matron le 9 février 2026 à 13:05

    Ne jamais renoncer à rassembler, sans exclusive, toutes les électrices et les électeurs qui se réclament de la gauche doit être l’objectif pour un changement de cap politique. Les insoumis, les communistes, les écologistes et les socialistes constituent la base de ce rassemblement. Il est même indispensable de reconquérir les abstentionnistes déçus de la gauche socialiste et même viser encore plus large, en faisant revenir la partie populaire qui s’est laissée aller à voter pour l’extrême droite. Ce combat culturel et idéologique de masse et de conviction ne passe ni par les invectives, ni par les diktats des uns envers les autres. Les aspirations populaires sont connues : des services publics qui fonctionnent bien, un pouvoir d’achat revalorisé, des emplois pérennes permettant une vie décente, un environnement préservé, une planète solidaire et en paix….La démocratie est un exercice difficile qui suppose le respect et le débat sans volonté hégémonique . Il est urgent de revenir aux fondamentaux de la politique et de la participation citoyenne. Regards s’y emploie plutôt bien.

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