L’antifascisme est une vertu, pas un crime — par Roger Martelli

antifa

Après avoir réaffirmé que l’antifascisme demeure une exigence démocratique et non une dérive violente, l’historien revient sur les différentes conceptions de l’antifascisme pour alimenter la réflexion.

Nous vivons le temps des grandes inversions. L’antifascisme serait la source de toutes les violences et le RN la pointe avancée du combat contre l’antisémitisme. Le mensonge serait le prélude de la vérité et la rationalité des Lumières le berceau du totalitarisme. Quant à LFI, elle serait plus dangereuse que le RN pour la démocratie. Face à ce renversement stupéfiant, un sursaut est désormais vital.


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L’antifascisme n’a rien perdu de sa vertu. Nous vivons une période d’incertitude mondiale, de choc des civilisations en guerre contre le terrorisme, d’angoisse de ne plus être chez soi en obsession du grand remplacement, d’état d’urgence en état d’exception. Le doute s’est installé, la confiance dans la démocratie s’est effritée, les peurs se sont accrues et le ressentiment a prospéré. Désormais, ce ne sont plus seulement des groupuscules néonazis qui s’affichent, mais des pans entiers de l’espace politique et même des États qui cheminent vers la droite extrême. « Néo » ou « post », l’esprit du fascisme a repris un peu partout du poil de la bête.

Le combattre nous place d’abord sur le terrain des idées. En 1941, alors que le monde s’embrasait, le philosophe communiste Georges Politzer, un Hongrois devenu passionnément français et résistant, prit la plume pour démanteler la doctrine nazie. À l’idéologue du nazisme Alfred Rosenberg, qui venait de prononcer un discours intitulé Sang et Or, il répliqua par deux textes, l’un publié dans la revue communiste clandestine, La Pensée (« L’obscurantisme au 20ème siècle »), l’autre diffusé en brochure (Révolution et contre-révolution au 20ème siècle). Il éreintait pièce par pièce les théories de « l’esprit racial », les dénonciations fumeuses des Lumières, la pensée irrationnelle, le mépris de l’histoire et la haine des révolutions populaires et démocratiques. Il leur opposait à la fois la lutte des classes et l’humanisme des Lumières, la fibre sociale et l’idée républicaine, la combativité militante et la haine de la mort. Un an plus tard, il était arrêté, torturé et fusillé. Mais son œuvre a survécu à celle de son piètre opposant nazi.

Aujourd’hui encore devrait s’imposer l’idée que la dénonciation argumentée ne suffit pas. Face au ressentiment nourri par la perte d’espérance, la cohérence d’une perspective émancipatrice peut seule rétablir dans leur dignité consciente ceux qui en ont été privés. Les tons belliqueux, les mâles postures et les slogans soigneusement peaufinés n’y parviendront pas, pas plus que la liste sans fin de promesses auxquelles on ne croit plus guère. Ce qui manque, au refus moderne de l’extrême droite, c’est plutôt la cohérence des valeurs, des critères, des méthodes pour faire de l’égalité, de la citoyenneté et de la solidarité des principes organisateurs et pas des mots creux. 

Être antifasciste aujourd’hui, ce n’est donc pas lever le poing ou en menacer l’adversaire, mais construire une stratégie partagée pour faire majorité contre l’inacceptable. Pour y parvenir, mieux vaut certes qu’existe une gauche bien à gauche, capable de donner le ton à toute la gauche. Mais cette gauche n’arrivera à rien si elle continue, comme ce fut le cas au temps de « classe contre classe », de s’imaginer qu’elle est la seule voix de gauche. La radicalité doit être celle de l’ambition ; elle ne se mesure pas pour autant à la virulence du ton et à celle des gestes. La radicalité peut mobiliser celles et ceux qui se reconnaissent en elle, mais sans jamais oublier que c’est avec les autres, le plus souvent possible, que se construisent les majorités qui feront advenir les nécessaires ruptures. Tout est possible, lançait un socialiste de gauche en 1936 : sans doute… pour peu que les conditions majoritaires en soient réunies.

La naissance des antifas

L’antifascisme est né en même temps que le fascisme, dans une Europe et un monde que la Première Guerre mondiale avait bouleversés et « brutalisés ». Les fascismes firent des Lumières, de leur tolérance et de leur passion pour l’égalité, les responsables d’un amollissement coupable et du déclin irrémédiable de toute « civilisation ». La pureté de la race, le culte de l’élite et du chef, le dédain de l’esprit démocratique et l’exaltation de la violence furent ainsi au cœur de groupements fondés sur le ressentiment. Soudés par un bric-à-brac idéologique qui ne manquait pourtant pas de cohérence, les fascismes se sont construits à partir de noyaux militarisés pratiquant une violence de masse meurtrière. Ils firent, de la haine à l’égard du mouvement ouvrier et de l’histoire révolutionnaire démocratique, les fondements d’une révolution au sens ancien du terme : le retour à un équilibre ancien où la force vitale de quelques-uns prévalait sur la masse apathique des dominés. Une contre-révolution absolue, mais au nom de la révolution : grande nouveauté de ces temps d’orage…

L’antifascisme fut la réponse à cette poussée. Il fut porté par l’effroi devant l’ampleur croissante de la menace et marqué lui aussi par la violence qu’avait générée le choix guerrier d’août 1914. Dans l’Italie de l’immédiat après-guerre et dans l’Allemagne brisée par la défaite, les antifascistes s’instituèrent en remparts contre la violence de masse. Tout naturellement, le noyau de cet antifascisme historique se construisit autour de l’appel à l’auto-défense. 

Communistes, socialistes et, dans une moindre mesure, démocrates, républicains et catholiques s’essayèrent à lutter contre la violence fasciste en créant leurs propres armées. En Italie, ce furent les « Arditi del popolo » ; en Allemagne, le « Front de fer » socialiste avec son logo des trois flèches et « l’Action antifasciste » des communistes, avec son noyau du « Front rouge ». Les « antifas » sont nés de là.

La radicalité doit être celle de l’ambition ; elle ne se mesure pas pour autant à la virulence du ton et à celle des gestes. La radicalité peut mobiliser celles et ceux qui se reconnaissent en elle, mais sans jamais oublier que c’est avec les autres, le plus souvent possible, que se construisent les majorités qui feront advenir les nécessaires ruptures.

Cette phase de l’antifascisme fut héroïque et tragique. Elle enregistra quelques rares succès sur le terrain et déboucha sur un échec cuisant en Italie et en Allemagne, pour au moins trois raisons. Alors que les extrêmes droites concentraient leurs forces, les antifascismes se dispersaient. Alors que la violence était au cœur de la doctrine fasciste, elle contredisait l’humanisme fondamental de ses adversaires. Enfin, la violence cultivait l’engagement minoritaire, quand la majorité est le fondement de l’élan démocratique. L’auto-défense pouvait trouver des échos dans une partie du peuple ouvrier méprisé, mais il tenait en marge ces masses qui « font » l’histoire. Elle fut donc courageuse, mais n’enraya pas la montée des fascismes. Elle fut populaire, mais ne toucha pas le plus grand nombre, dans cette guerre civile européenne qui ne trouva son terme qu’en 1945, au prix d’une guerre apocalyptique.

Ce ne furent pas les « antifas » qui, pendant un moment, laissèrent entrevoir une issue à la barbarie : ce fut le grand mouvement du « Front populaire ». En France notamment, ce mouvement prit une dimension massive, parce qu’il raccordait enfin le mouvement ouvrier et la gauche politique, qu’il retrouvait la conjonction historique de l’esprit républicain et de la mobilisation révolutionnaire et parce qu’il ne se contentait pas d’être un mouvement « anti ». Dans l’esprit de la « République démocratique et sociale », le Front populaire ne fut pas d’abord celui des « antifas », mais celui « du Pain, de la Liberté et de la Paix ».

Pour en arriver là, il n’a pas suffi de prolonger le premier antifascisme. Il y eut de la rupture dans le mouvement conduisant au Front populaire. La première fut dans l’abandon de la grande concurrence des antifascismes. Les socialistes finirent par oublier qu’ils avaient contribué à l’écrasement des soulèvements européens des années 1918-1924. Quant aux communistes, ils renoncèrent à voir dans les socialistes des « sociaux-fascistes ». Bien plus, ils cessèrent considérer que la démocratie portait en elle-même, et de façon inexorable, vers le fascisme, ou que tout partisan du capitalisme et de l’économie de marché était, à plus ou moins long terme, voué à se soumettre à la dictature. La convergence des gauches se réalisa, déstabilisa les fascismes français et permit la victoire de second tour.

Le refus des Lumières reste le carburant principal de celui de la démocratie. Il fut celui des fascismes d’hier, de l’extrême droite aujourd’hui. Aujourd’hui comme hier, le combat contre l’extrême droite est une exigence première. Il suppose de la détermination, de la vigilance et de la rigueur. Il implique de cultiver la mémoire, sans s’imaginer que l’histoire se rejoue à l’identique. L’antifascisme reste en cela une boussole, qui n’appartient à personne en particulier. Elle est un état d’esprit et pas un bloc, un mouvement par nature composite, qui ne se renforce pas en écartant, mais en s’ouvrant à d’autres.

Les « antifas » d’aujourd’hui en sont partie prenante ? Sans doute, mais ils n’en sont ni la tête ni le cœur, ni épouvantails ni héros. Eux-mêmes d’ailleurs auraient intérêt à peser ce qui fut l’expérience du 20ème siècle : la violence est parfois un passage obligé, mais qu’il faut conjurer, parce que son expansion ne sert que l’inhumanité qui nous conduit vers le pire. L’auto-défense « populaire » – mais où sont les ouvriers ? – ne vaut pas la détermination du grand nombre et la force du projet d’émancipation individuelle et collective.

Combattre ce qui doit être combattu, mais rassurer ceux que la peur conduit au repli ; mobiliser les forces qui aspirent à un autre monde, mais en faisant tout pour apaiser le monde tel qu’il est et qui risque d’être de plus en plus invivable… Le parti pris de l’antifascisme a pu et peut conduire à des erreurs, des fautes et même à des crimes. Mais sa négation nourrit la bête immonde. Elle n’a pas besoin de ce renfort.

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15 commentaires

  1. Jean-Marie Harribey le 23 février 2026 à 14:04

    MercI. Ça fait du bien contre ce grand mal.
    JMH

  2. lemasseur le 23 février 2026 à 16:04

    Faut-il que la France soit d’ores et déjà fascisée pour qu’il soit nécessaire de rappeler de telles évidences…
    Tout du moins faut-il que tout l’appareil de pouvoir (médias et économique) le soit pour en arriver là. Car si une chose est bien certaine, c’est que le capitalisme et ses agents en crise a choisi son camp, toujours le même, lorsqu’il s’agit de conserver les privilèges de prédation: Le fascisme et la terreur qui va avec plutôt que le partage ou n’importe quel changement de paradigme. Nous pourrissons par la tête, celle de Macron ne faisant que symboliser les autres.
    Car je ne pense pas que nous vivions une période de « choc des civilisations en guerre contre le terrorisme », ça c’est du vent. Non le capitalisme est en crise, crise de productivité alliée à la raréfaction des matières premières, crise des usages de l’eau, tensions sur le partage. Et comme à chaque crise, pour s’en sortir le capitalisme plonge les sociétés dans la guerre intérieure ou extérieure et justifie toutes les violences, les « sacrifices » au nom de périls inventés ou créés par la capitalisme: Sacrifice de la démocratie, des libertés, et sacrifices sur le champ de bataille. Rien de tel qu’une bonne purge avec sacrifice des enfants dans la boue des tranchées et les opposants entassés dans les stades avant traitement final.
    Nous le savons depuis 2005: La voix du peuple est toujours subordonnée aux intérêts de la classe dominante qui n’hésite plus depuis le TCE a piétiner joyeusement les lambeaux de démocratie qui décoraient encore le monument autoritaire qu’est la Vème. Mais là nous vivons l’étape suivante, la marche à l’abyme et très certainement la fin de l’Europe comme espace de prospérité et de minimas démocratiques.
    Et se découvre pour ceux et celles qui en doutaient encore le paysage sinistre d’une médiacratie aux ordres qui n’hésite pas à soutenir un agenda fasciste, à mentir, à désinformer, à calomnier. Nous avons des médias collaborationnistes, au sens de la seconde guerre, qui demain soutiendront les pogroms, les remigrations, les exactions policières, la répression tous azimuths comme ils soutiennent maintenant l’inversion des valeurs. Car sans ces mercenaires méprisables, rien ne serait possible. La clé de voute du pouvoir est dans les médias, et comme les médias appartiennent à l’oligarchie séparatiste…
    C’est à la fois fascinant et peu surprenant, tant tout était déjà là, n’attendant que le produit révélateur pour apparaître. Et ce révélateur aura été Gaza, séparant les sociétés entre ceux et celles qui se sentent révulsé.es par le massacre et ceux et celles qui s’en accommodent. Étant très clair qu’un cadavre arabe n’aura pas la même valeur qu’un cadavre blanc. Le racisme est central dans nos sociétés, assumé, se montrant maintenant sans masque. Gaza est la répétition générale pour les banlieues.
    Dans ce cadre, on ne peut que louer et soutenir les rares médias indépendants et les risques que prennent les journalistes, en première ligne et qui tomberont les premiers.
    Et mépriser la masse restante, la détester et la conchier. Et lui donner rendez-vous lorsqu’il s’agira de solder cette détestable période, si nous y survivons.

  3. Ducol le 23 février 2026 à 16:28

    Merci à Roger Martelli pour ces rappels historiques qui font « du bien » comme le dit Jean-Marie Harribey. Certains aujourd’hui s’étonnent, voire se scandalisent, de voir la droite s’acoquiner avec l’extrême droite : et pourtant, ce n’est pas une nouveauté. S »interrogeant sur les conditions de la victoire du fascisme en Europe après 14-18, Eric Hobsbawn propose cette analyse : « Un vieil Etat avec des mécanismes de gouvernement qui ne pouvaient plus fonctionner, une masse de citoyens désenchantés, désorientés et mécontents, qui ne savaient plus à qui se vouer; de puissants mouvements socialistes menaçant ou paraissant menacer de fomenter la révolution sociale sans être vraiment en position d’y parvenir … Telles étaient les conditions dans lesquelles d’anciennes élite dirigeantes impuissantes furent tentées de recourir aux extrémismes comme les libéraux italiens se tournèrent vers les fascistes de Mussolini en 1920-22 ». L’exemple italien est effectivement bien choisi, tellement le lien entre fascisme et libéralisme était évident pour les libéraux eux-mêmes. Non seulement ils partageaient la même haine de la Révolution Française – Benedetto Croce traite de « fossiles de la démocratie » ceux qui acceptent cette « idiote religion maçonnique » fondée sur « trois mots vides : liberté, égalité, fraternité » – mais ils estimaient que le programme fasciste n’était que le prolongement de leur propre programme: ainsi Giacomo Gentile (qui sera ministre de l’Instruction publique en 1922) pour qui « un libéral aux convictions profondes et solides ne peut qu’adhérer au fascisme »; ainsi Einaudi pour qui « tout ce que fait le fascisme est du libéralisme classique ». Bien cordialement. Jacques Ducol

  4. Alain Dalançon le 23 février 2026 à 16:44

    Vraiment excellente analyse, et motivante

  5. Lucien Matron le 23 février 2026 à 16:56

    Le combat prioritaire de la société française est celui qui doit se mener contre l’extrême droite, ses alliés Ciottistes ou LR, ses soutiens ( Bolloré, Stérin qui sont les milliardaires les plus impliqués, mais il y en a d’autres). C’est un combat pour un choix de société : soit une société identitaire, raciste, xénophobe, fondamentaliste, ultra conservatrice, réactionnaire soutenue par la finance et le grand patronat, soit une société humaniste, fraternelle, solidaire, émancipatrice, laïque, soucieuse des humains et de l’environnement, soutenue par les forces sociales. Il appartient aux organisations politiques de se positionner clairement sur ce choix et d’en assumer les responsabilités. Quel est le projet du Parti Socialiste ? Celui du Parti Communiste Français? Celui des Écologistes ? Celui de la France Insoumise ? Existe t’il un endroit pour se parler et définir un chemin commun pour changer le cap politique macroniste actuel et lutter contre le repli néo fasciste. C’est la question centrale. Il ne s’agit pas de prendre prétexte des dérives et des violences criminelles pour se soustraire du combat contre le néo-fascisme ou pire pour faire allégeance avec celles et ceux qui, de l’extrême centre macroniste à l’extrême droite identitaire, ne s’embarrassent pas de précautions oratoires, physiques ou policières pour frapper durement parfois mortellement leurs opposants , je pense ici à certains militants écologistes, ouvriers, syndicaux, gilets jaunes, etc…

  6. Renaud Bernard le 23 février 2026 à 20:47

    De Vladimir Lénine ou de Benito Mussolini, qui est le monstre ? Tous deux ont pris le pouvoir par la force et ont fondé un régime de parti unique, brutal et répressif, appuyé par une police politique, la Tchéka pour l’un, l’OVRA pour l’autre. Ces deux régimes, le communisme et le fascisme, étaient criminels. Quel est le pire ? L’historien se limitera à l’analyse de leurs méfaits, sans chercher à les adosser à une hiérarchie des horreurs balisée par des repères idéologiques.

    La référence à la vertu plutôt qu’à l’idéologie ne peut qu’être choisie par toute personne défendant l’État de droit et la démocratie face aux forces politiques qui les menacent. Qui aujourd’hui se réclame de la doctrine de Mussolini ? Qui se réclame de la doctrine de Lénine ? (on pourrait y ajouter celle de Trotski). Quel parti actuel avait des liens organiques avec le régime communiste russe (1917-1991) ? Quel parti actuel en avait avec le régime fasciste (1922-1945) ? Ces questions ne sont pas anodines. Il serait vertueux de leur apporter une réponse.

    L’antifascisme est une vertu, ce n’est pas douteux. L’anticommunisme aussi est une vertu, pour les mêmes raisons. Ce n’est pas douteux non plus. Il ne faut pas l’oublier quand on se donne de combattre les régimes totalitaires du siècle dernier et leurs rémanences. C’est l’antitotalitarisme qui réunit ces combats de défense, honorables entre tous. Combattre le fascisme par le moyen du communisme est une aberration. Il faut combattre les deux. La vertu ne doit être ni borgne ni hémiplégique. Il n’est pas superflu de le rappeler.

    • carlos_H le 24 février 2026 à 14:29

      Franchement, votre parallèle Lénine / Mussolini, c’est un grand classique : on met tout dans le même sac, on secoue, et on conclut que “les totalitarismes se valent”. Oui, oui… d’accord… les régimes autoritaires du XXᵉ siècle ont été criminels. Personne ici ne défend la Tchéka ou l’OVRA.

      Mais la vraie question, c’est aujourd’hui: Qui, en France en 2026, propose le parti unique ? Quel parti avec un fort electorat veut supprimer les élections ? Qui revendique explicitement la dictature du prolétariat ?
      Je vais vous éviter de chercher : Personne!
      En revanche, qui banalise des discours de stigmatisation ? Qui essentialise certaines minorités comme problème politique ? Qui redessine le périmètre du “républicain fréquentable” ? Là, on quitte l’histoire pour entrer dans le présent…

      Dire qu’il faut être “antitotalitaire” de manière générale, très bien. C’est propre, équilibré, rassurant. Mais cela met sur le même plan des menaces qui ne sont pas situées au même endroit dans le débat public actuel!!!

      L’antifascisme contemporain (dans sa composante majoritaire) ne consiste pas à installer un soviet… Il consiste à refuser que des logiques d’exclusion et de brutalisation deviennent normales, acceptables ! La démocratie ne se défend pas uniquement avec des symétries historiques, elle se défend en regardant où, concrètement, le pluralisme se fragilise aujourd’hui!

      • Renaud Bernard le 25 février 2026 à 11:48

        Tout à fait. Je consulte les historiens et je note qu’il y a encore un parti communiste en France.

        • carlos_H le 27 février 2026 à 08:25

          Le mieux c’est plutôt que d’aller consulter les historiens pour juger le PCF aujourd’hui en pointant votre télescope vers hier, vous alliez vous renseigner sur les motivations présentes qui font que le ministère de l’intérieur ne le classe pas a l’extrême gauche mais à gauche… ça vous permettra de « remettre l’église au milieu du village », expression que vous devez particulièrement apprécier, je me trompe ?



      • Marot le 26 février 2026 à 12:44

        La vraie différence vos échappe semble-t-il. Vous comptez les morts, vous opposez les camps aux goulags, vous théorisez sur l’immonde! Bravo, pendant ce temps les capitaliste se frottent les mains, poursuivent la mise en coupe réglée des populations, pauvres c’est encore plus simple, paient des valets dans la classe moyenne pour faire leur sinistre besogne et? Vous pérorez en cherchant qui a le palmarès de l’indignité!
        MAIS, la seule vraie différence est la possibilité d’échapper à ces hydres! Si vous êtes juif dans un système qui veut les exterminer, on remontera votre arbre généalogique et on vous y pendra! Idem si vous êtes noir, c’est encore plus facile.
        Dans un système tout aussi terrifiant tel que Staline – Lénine et consorts l’ont conçu, vous avez une échappatoire, oh pas forcément certaine mais…. Vous pouvez renoncer à ce que vous êtes, dissimuler votre pensée, dénoncer chez les autres vos propres aspirations à la liberté, devenir là encore, un valet du système, zélé de préférence , ça aide.
        Donc 1 à 0?
        Cela dépend de ce en quoi vous croyez! Si pour vous l’honnêteté intellectuelle, la loyauté à votre idéal, la fidélité à vos amis et une aspiration à un monde juste et fraternel sont des incontournables, le nazisme vous épargnera en grande partie ce débat intérieur, vous êtes juif, tzigane, votre sort est réglé et vous finissez à Auschwitz…MAIS l’idéologie soi-disant humaniste qui prétend créer l’homme nouveau et lui apprendre à être ce qu’il DOIT être, celle-là vous enverra au goulag rejoindre les « contre-révolutionnaires. Vous y aurez le loisir, en crevant à petit feu, de méditer le livre de Cioran:  » De l’inconvénient d’être né »… et de réfléchir sur le choix cornélien: mourir tout de suite ou à petit feu après avoir trahi tout ce que vous étiez.
        Alors qui remporte le match?
        Continuez à écouter sur les ondes votre petit marquis simpliste Pablo je ne sais quoi, c’est certain, vous finirez dans l’enfer de la déshumanisation!

        • carlos_H le 27 février 2026 à 08:33

          Monsieur, je constate qu’entre deux envolées stylistiques sur les hydres et les palmarès d’indignité, votre réponse évite soigneusement de confronter l’argument politique que je posais : dans le paysage politique français d’aujourd’hui, personne ne milite pour un parti unique ni pour supprimer les élections… donc votre comparaison systémique n’aide pas à comprendre ce qui se passe réellement sur le terrain des rapports de force!

          Pendant que vous revisitez Cioran au goulag, les capitalistes continuent effectivement leur mise en coupe réglée mais ce n’est ni en rationalisant la souffrance pure, ni en empilant des mythes tragiques que l’on pèse une stratégie politique! Si votre idée d’un débat sérieux consiste à faire du relativisme l’apogée moderne du discours critique, alors on finit par transformer le débat politique en épisode de téléréalité : chacun son récit, chacun sa “vérité”, et au fond plus rien ne distingue un fait d’un storytelling…



  7. Pierre Rousset le 24 février 2026 à 15:33

    Bonjour,

    J’ai mis en ligne sur ESSF l’excellent article de Roger Martelli sur l’antifascisme.

    https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78139

    Ceci étant dit et souligné, la rédaction de Regards semble avoir choisi de ne parler de la mort de Quentin Deranque que de façon allusive, sans la qualifier, si ce n’est sublimement.

    Si c’est pour ne pas risquer d’être utilisé « à charge », cela me semble un choix très aléatoire. Une ou plusieurs des personnes interpelées ont reconnu avoir été présent et avoir frappé la victime, tout en affirmant que les coups qu’ils ont portés ne peuvent pas avoir contribué à sa mort. La mise en garde contre un procès « à charge » me semble plus crédible si elle est portée par des voix qui ont reconnu la gravité du décès de Deranque.

    Je réalise combien je connais mal la Jeune garde, son histoire et son présent, et ce fameux « climat lyonnais ». Je pense cependant que la logique politique développée par Roger est absolument fondamentale. L’antifascisme doit avant tout être porté par une mobilisation politique et sociale d’ampleur. Le « climat lyonnais » n’y aide pas et son dernier avatar a ouvert un boulevard politique à l’extrême droite, la droite, l’extrême centre et les François Hollande.

    La faute n’est pas condamnable que par ses effets politiques. Elle est aussi éthique et c’est pour cette raison que nous ne devons pas tourner la page de « l’événement lyonnais » pour nous consacrer à l’organisation de la riposte contre son instrumentalisation cynique qui vise à « neutraliser » la LFI et toutes les composantes de la gauche militante (question évidemment clé).

    Quentin Deranque n’est pas mort dans une rixe générale, mais lors d’une confrontation « de groupe à groupe ». Non seulement il a été roué de coups alors qu’il était à terre et déjà hors de nuire, mais il a été violemment frappé à la tête de façon répétée. Aurait-il pu être sauvé s’il avait été conduit tout de suite à l’hôpital ? D’un point de vue juridique, la question est d’importance. D’un point de vue politique, elle ne change pas la nature de la question qui nous est posée. Posée à nous.

    Dans les années 60-70, j’ai moi-même été violemment frappé à la tête avec une lourde barre à mine par des fascistes. Peut-être serais-je mort si je n’avais pas été emmené d’urgence à l’hôpital (la police est venue m’interpeler, mais le personnel hospitalier a fait barrage).

    Nous n’avions alors pas créé la violence, nous sommes nés politiquement dans une situation très violente du fait du régime (symbole : les Services d’Action Civiques -SAC- gaullistes), d’Occident, mais aussi d’organisations nazies encore active et meurtrières (l’assassinat de Curiel en 1978 !).

    J’ai été l’un des responsables du service d’ordre de la LCR pour la direction, avant de devoir m’expatrier en 1973. Nous faisions élire les membres du SO et nous devons être la première organisation à l’avoir féminisé. Nous préparions chaque action par un point politique et nous en faisions un bilan après, le tout en lien avec le BP. C’est l’inverse d’une conception « militariste » de la lutte antifasciste et cela a évité toute « autonomisation » du SO.

    Nous avions par ailleurs (ce n’était pas de ma responsabilité) des groupes d’autodéfense qui devaient contrer notamment les groupes nazis très actifs à l’époque. Cela se passait obligatoirement dans l’ombre (encore une fois, pas un choix, mais une obligation). Mais nous avions des règles d’engagement très strictes. Si nous utilisions des moyens potentiellement létaux, il était interdit de frapper à la tête, car le faire était prendre le risque de tuer. Même dans l’ombre, nous ne combattions pas les fascistes avec les mêmes méthodes que les fascistes (méthodes dont mon crâne garde la mémoire).

    C’est cette règle qui a été transgressée à Lyon, et c’est très grave. Il me semble que la Jeune garde aurait pourtant dû la connaître. C’est cette règle qu’il faut rappeler avant de pouvoir « tourner la page ».

    Nous traversons une période très différente des années 60-70 et je suis trop vieux (79 ans) et trop « déconnecté » des responsabilités militantes pour m’aventurer trop loin dans les débats d’actualité. Mais oui, je pense que le « point de vue » à partir duquel on doit aborder nos tâches est la construction d’un Front social et politique aussi large que possible pour faire face à la montée des fascismes (d’ordre divers), de la crise climatique, de la polycrise. Cela ne peut qu’impacter notre façon de faire de la politique. Facile à dire, beaucoup moins facile à faire.

    • carlos_H le 28 février 2026 à 08:56

      Bonjour Pierre,
      Je vous rejoins sur l’exigence éthique : un fait aussi grave engage notre cohérence politique. L’antifascisme existe dans le réel, pas uniquement dans l’abstraction théorique historique…
      Mais je pose un point clair: L’antifascisme protège l’état de droit ; le fascisme cherche à le détruire. La sanction juste passe donc par les faits établis, la qualification pénale, la décision d’un juge indépendant. Les assassins devront rendre des comptes devant les institutions qu’ils prétendaient défendre. C’est précisément là que se marque la différence politique! Pour ma part, c’est ainsi que ça doit se faire…

      Autre précision factuelle : la Jeune Garde n’existe plus. La convoquer comme acteur structuré brouille l’analyse du moment présent et du rapport de force réel.

      Au fond, l’enjeu tient ensemble trois dimensions : l’exigence éthique, la rigueur de l’état de droit et une lecture politique lucide. C’est sur cet équilibre que le débat gagne en solidité.

  8. PIERRE le 26 février 2026 à 09:23

    Le problème politique est que la fi ramasse tout et n’importe quoi pour faire « moderne », « antilibéral », « anticonformiste ».
    Le député de La Courneuve qui vise la mairie n’arrête pas de vomir sur la CGT et le PCF.
    Il n’y a pas si longtemps, il était cadre à la mairie de Drancy dirigée par la droite.
    Et jlm qui défend tout et n’importe quoi…

    • carlos_H le 27 février 2026 à 08:55

      aaahhh ben voilà!!! Fin du débat !!!
      Donc pendant qu’on parle d’antifascisme et de menaces politiques concrètes, vous nous offrez un audit biographique et un inventaire d’humeurs…
      Résumons… si je comprends bien, la question du fascisme en 2026 se règle avec le CV d’un député à Drancy et deux tweets contre la CGT, c’est ça ?

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