LA LETTRE DU 27 MARS

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La révolution, c’est long et c’est court

par Pablo Pillaud-Vivien

Gérard Depardieu est accusé par deux femmes d’agressions sexuelles commises en 2021 lors du tournage d’un film. Son procès s’est ouvert lundi et se termine ce jeudi. Présente sur le tournage, Fanny Ardant a tout résumé à la barre : « Je sais que le monde a changé »… alors même qu’elle venait défendre son ami Gérard.

La mouvement #MeToo qui a enflammé les féminismes depuis 2017 – une torche dans une longue nuit de violences sexistes et sexuelles – travaille nos esprits et nos institutions. Le fait que certains de nos « monstres sacrés nationaux » comme Dominique Strauss-Kahn, Patrick Poivre d’Arvor, Nicolas Hulot et aujourd’hui Gérard Depardieu aient pu être mis en cause sur la place publique et devant les tribunaux est une avancée encore inimaginable il y a une dizaine d’années.

Les manifestations les plus vulgaires et les plus évidentes du sexisme sont désormais proscrites de nombreux espaces, notamment de travail : toutes ces mains au cul, remarques inadmissibles et autres « baisers volés », c’est non et c’est ok de le revendiquer. La définition du viol et des violences sexuelles s’ancrent dans la réalité de la domination genrée et surtout dans la population.

Fanny Ardant a donc raison : le monde a changé, récemment et à une vitesse accélérée. On parle même de révolution. Au fond, il s’agit de ne plus considérer les idéaux d’égalité entre les femmes et les hommes et de défense de l’intégrité des individus d’un simple point de vue conceptuel, mais de les rendre tangibles, d’en faire une réalité concrète. Ça va vite mais nos institutions comme les individus, l’éducation des hommes et la déconstruction des structures patriarcales, ne se transforment pas en un claquement de doigts.

Et c’est tout le paradoxe : des féminicides aux viols en passant par la domination des hommes sur les femmes, il est légitime de vouloir que ça s’arrête maintenant, tout de suite. Sauf que les sociétés dans leur complexité ont besoin de temps pour évoluer : sur ce sujet comme sur tant d’autres, c’est aussi insupportable qu’indubitable, mais cela fait des millénaires qu’une grande partie de l’humanité est structurée autour des inégalités de genre et des violences qui en découlent… Le prendre en considération, ce n’est pas l’accepter, c’est se permettre d’être plus efficace encore.

La temporalité des changements nécessaires aux révolutions suscite des frustrations légitimes, notamment quand c’est une question de survie. On ne peut tolérer le prochain féminicide ou le prochain viol sous prétexte que la société n’évolue pas assez vite. « On ne lâche rien » est-il chanté dans les manifs. C’est à la fois difficile et nécessaire pour ne pas baisser les bras devant l’ampleur et la lenteur de la tâche. Rome ne s’est pas faite en un jour. La société féministe non plus.

L’affaire Depardieu en six dates :

  • Août 2018 : première plainte pour viol.
  • 16 décembre 2020, Gérard Depardieu est mis en examen pour « viols » et « agressions sexuelles ».
  • 11 avril 2023, Mediapart publie les témoignages de 13 femmes accusant l’acteur de violences sexuelles.
  • 20 décembre 2023, Emmanuel Macron déclare sur France 5 : « Je suis un grand admirateur de Dépardieu, c’est un immense acteur, c’est un génie de son art complet, il a fait connaître la France dans le monde entier », a expliqué Emmanuel Macron. […] Il rend fier la France. »
  • 25 décembre 2023, Le Figaro publie une tribune « face au lynchage qui s’abat sur […] le dernier monstre sacré du cinéma », à l’initiative de Yannis Ezziadi, ami de Julie Depardieu, et de Sarah Knafo, compagne d’Éric Zemmour. Parmi les signataires, on trouve Nathalie Baye, Nadine Trintignant, Benoît Poelvoorde, Pierre Richard, Charlotte Rampling, Carla Bruni, Jacques Dutronc, Yvan Attal ou encore Gérard Darmon.
  • 25 mars 2025, début du procès.

Pablo Pillaud-Vivien

PÉTITION DU JOUR

LFI veut une constituante pour la Sixième

La démocratie française dispose de nombreux outils à portée de citoyens. L’un d’eux, la pétition via la plateforme de l’Assemblée nationale, peut même être une voie royale pour « forcer » nos chers parlementaires à débattre d’un sujet qui leur aurait malencontreusement échappé. Ainsi, les députés insoumis Pierre-Yves Cadalen et Mathilde Panot viennent d’en déposer une : « Pour la 6e République – Pour la convocation d’une Assemblée Constituante ». Bon, on va pas se leurrer, l’espérance de vie d’une pétition est nulle : aucune n’a jamais achevé son parcours par un examen, un rapport ou un débat parlementaire ; une seule a atteint le seuil des 100 000 signatures (celle « pour la dissolution de la BRAV-M », seuil qui n’offre rien de plus que de la visibilité sur le site internet de l’Assemblée) ; toutes, sans exception, ont fini classées après – au mieux du mieux – un bref débat en commission. Mais à cœur vaillant rien d’impossible !

L.L.C.

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« À l’Ouest de la Russie, histoire de frontières », sur France Culture. Une série de quatre podcasts sur l’évolution de la frontière russe par delà les siècles. « De la Finlande au Caucase », de l’empire à l’Union soviétique, on parcours ce pays-continent dont le fil rouge demeure : une frontière instable et qui tend vers le « plus grand ».

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