Face à Trump, Macron a choisi le virilisme (et a perdu)
On se souvient des longues poignées de mains viriles entre Trump et Macron. Depuis 2017, le président français joue la carte du macho man avec son homologue américain. Et à ce jeu, l’aigle a battu le coq.
Emmanuel Macron, humilié par Donald Trump en conférence de presse. La scène se déroule ce mercredi et en dit beaucoup sur l’évolution des relations entre les deux dirigeants. Qu’on s’entende bien : Emmanuel Macron est pour partie responsable de cette situation. Dès son premier mandat, Donald Trump s’amusait à défier ses homologues lors de poignées de mains appuyées. C’était une démonstration de force. Le président français, lui aussi, venait de prendre ses fonctions de chef d’État et il s’était prêté au jeu des « poignées de main viriles » – telle était l’expression consacrée en 2017 – pour lui « montrer qu’on ne fera pas de petites concessions, même symboliques ». On le voyait assis aux côtés du président américain, les jambes bien écartées. Il montrait que la France, aussi, avait une grosse paire de c*******. Super !
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Emmanuel Macron s’est aventuré sur le terrain préféré de Donald Trump et, aujourd’hui, ça lui échappe. Car Trump-second-mandat est passé dans une nouvelle dimension. Il n’a plus d’égal. Il peut kidnapper un dirigeant étranger et prendre le contrôle de son pays. Il peut réguler les eaux internationales et détourner des navires étrangers. Il peut menacer d’ingérence ou d’invasion le Panama, la Colombie, le Mexique, Cuba, le Canada, le Groenland… Humilier le président français publiquement, trop facile, quand bien même Emmanuel Macron est fait du même bois masculiniste que Donald Trump.
Les journalistes Nicolas Domenach et Maurice Szafran documentent dans Néron à l’Élysée ce virilisme ordinaire qui règne à l’Élysée. Dans ce monde, quand l’alpha gagne la manche, les autres se prosternent. Emmanuel Macron n’a pas réagi à la dernière humiliation trumpienne, quand le président américain se moque de lui en l’imitant et en divulguant ses lâchetés politiques: « Tu ne diras pas que je suis d’accord avec l’augmentation de 200% des prix des médicaments ». Voilà un moment qu’Emmanuel Macron a abandonné la bataille. En témoignent ses premiers mots, après l’enlèvement de Nicolas Maduro : « Le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature et ne peut que s’en réjouir ».
C’est vrai, cela n’a rien d’évident de trouver le ton et les mots face à la violence et à la méchanceté du locataire de la Maison-Blanche. Mais en réalité, la couardise de l’Union européenne n’est pas un modèle unique. Certains dirigeants refusent et résistent à l’impérialisme.
À croire que face à Donald Trump, Emmanuel Macron n’a qu’une alternative : le combat de coqs ou la queue entre les jambes. C’est vrai, cela n’a rien d’évident de trouver le ton et les mots face à la violence et à la méchanceté du locataire de la Maison-Blanche. Mais en réalité, la couardise de l’Union européenne n’est pas un modèle unique. Certains dirigeants refusent et résistent à l’impérialisme. Que disent-ils que notre Emmanuel Macron local n’ose énoncer ?
La palme revient au communiqué conjoint de l’Espagnol Pedro Sanchez, de Lula (Brésil), de Gabriel Boric (Chili), de Gustavo Petro (Colombie), de Claudia Sheinbaum (Mexique) et Yamandú Orsi (Uruguay) – on vous en avez parlé ici. Mais il y a plusieurs autres méthodes. On peut commencer par dire publiquement les faits : « Trump est le pire président que j’ai jamais rencontré. Il incarne parfaitement comment l’ignorance et la grossièreté peuvent exister dans la même personne », dixit le président du Liberia Joseph Boakai. On peut rester debout comme la Mexicaine Claudia Sheinbaum : « L’Amérique n’appartient ni à une doctrine ni à une puissance. Le continent américain appartient aux peuples de chacun des pays qui le composent. » On peut rappeler le droit, comme la Chine qui évoque « des actes unilatéraux d’hégémonie qui sapent sérieusement l’ordre international ». On peut poser des lignes rouges, comme la première ministre danoise Mette Frederiksen : « Si les États-Unis choisissent d’attaquer militairement un autre pays de l’Otan, alors tout s’arrête. Y compris notre Otan et donc la sécurité mise en place depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale » ; « Que personne n’ait de doute : quoi qu’il arrive, nous resterons fermes sur ce qui est juste et ce qui ne l’est pas. » On peut même hausser le ton, comme le Colombien Gustavo Petro, menacé lui aussi d’enlèvement par Donald Trump : « J’avais juré de ne plus toucher à une arme depuis l’accord de paix de 1989 mais pour la patrie je reprendrai les armes. » Il précise que l’accuser d’être un narcotrafiquant n’a aucun sens et qu’il n’a « qu’une maison familiale qu[‘il] rembourse toujours avec [son] salaire ». Rebuffade qui calme provisoirement l’homme de Mar-a-Lago.
Tout ça pour dire qu’il y a un panel d’options pour répondre au président américain : le virilisme ou la lâcheté, souvent synonymes, ne sont pas les seules issues.
Sinon, il reste la méthode suisse : un lingot d’or d’un kilo et une horloge de bureau en or en cadeau pour faire baisser les droits de douane. Ou celle du Qatar des qui offre un Boeing aménagé pour l’usage privé de Trump. Ou celle du secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, qui surnomme Donald Trump « daddy » (« papa »). Emmanuel Macron peut encore s’avilir un peu plus.