Extrême droite : la combattre sans compter

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Face à Marion Maréchal sur LCI, Marine Tondelier a vacillé. Pour la gauche, l’alerte se confirme.

LCI organise des grandes émissions politiques avec de possibles candidats à l’élection présidentielle. Déjà ! Marine Tondelier, désignée candidate des Ecologistes pour la primaire des gauches, était l’invitée ce vendredi de la chaîne d’infos. Elle était notamment opposée à Marion Maréchal. A écouter ce face-à-face, on peut être inquiet de la solidité de la gauche, surtout après le fiasco de Glucksmann face à Zemmour dans la même émission.

Marine Tondelier n’est pas la moins expérimentée ni la moins assurée dans les débats politiques. Mais cela n’a pas suffi. L’échec va au-delà de celui d’une personne. 

Le thème proposé par Marion Maréchal, auquel Marine Tondelier avait consenti, était celui de l’immigration, de l’insécurité et de la laïcité. Chacune est venue préparée et bardée de chiffres. Marine Tondelier a tenté de corriger, rectifier et faire des mises au point sur les données mises en avant par son adversaire. Mais c’est Marion Maréchal qui a imposé les termes du débat et le cœur de son discours : les immigrés sont la cause première de l’insécurité ; ils compromettent la laïcité et l’égalité femmes-hommes, chères à notre nation.

Le problème central n’est pas que Marion Maréchal manipule la réalité, même si c’est bien sûr ce qu’elle fait. Le problème est qu’elle organise et impose un discours. Elle donne une cohérence idéologique à des données sélectionnées, exagérées ou sorties de leur contexte. Elle ne cherche pas seulement à avoir raison : elle structure son récit et le rend crédible. 

On ne peut s’opposer à cette structure idéologique renforcée depuis des décennies en lui opposant d’autres chiffres. Rétablir des vérités partielles ne suffit pas à neutraliser l’efficacité d’une vision partout répétée. L’extrême droite ne gagne pas parce que ses chiffres sont exacts. Elle gagne parce qu’ils viennent confirmer une lecture du réel qui donne sens à des angoisses. Tant que cette lecture ne sera pas remplacée par une autre, elle continuera de prospérer.

Il faut prendre garde à la manière dont on répond aux logiques déployées par l’extrême droite. C’est le cas lorsque l’on répond que les immigrés délinquants ne le sont pas parce qu’ils sont immigrés mais parce qu’ils sont des pauvres. Ainsi, soutenir, comme trop souvent à gauche, qu’il y a davantage d’immigrés dans les prisons parce qu’ils sont les plus pauvres est un argument inflammable… quand bien même il ne serait pas neuf. Il est, en fait, catastrophique. Il vise sans le vouloir la masse des hommes jeunes des quartiers populaires, immigrés ou non, à la fois exclus et en révolte contre ce monde qui ne leur fait pas de place. Donc on admettrait que les pauvres étant potentiellement délinquants, il faut les contrôler, les reléguer et les réprimer ? Au lieu de s’en tenir à la logique policière de la suspicion et de la contrainte, il est plus juste d’user d’une autre logique. 

Ce n’est pas en assimilant classes populaires et classes dangereuses qu’on a pu contenir la tentation désespérée du hors-la-loi et de la violence. C’est quand on cesse de reléguer, qu’on intègre, qu’on ouvre à la possibilité de progression sociale, qu’on rompt le cycle infernal de la mise à l’écart et de la violence. Désigner les immigrés comme des délinquants potentiels contribue à exacerber leur ressentiment, leur désespérance et à nourrir l’idée qu’il n’y a pas d’autre solution que l’écart à l’égard de la loi. La politique anti-immigrée n’écarte pas la violence : elle la nourrit, la légitime et ouvre la possibilité de son extension sans fin.

Face au projet d’extrême droite qu’il faut désigner comme tel, et qui se traduit en projet de tri, d’exclusion, de hiérarchisation des vies, la question pour la gauche est celui d’affirmer valeurs, principes, finalités. En l’occurrence, dire qu’il faut une politique d’accueil des migrants aujourd’hui abandonnée. Et exprimer que la gauche vise la construction d’une France, d’un monde où chacun peut prendre place et nourrir l’espoir d’une vie meilleure. C’est le fond de notre projet et de la lutte contre la criminalité.

S’en tenir à discuter et corriger les chiffres sans proposer un autre récit revient à perdre la bataille avant même qu’elle ne commence. Ce qu’il faut opposer à Marion Maréchal, ce n’est pas seulement une meilleure lecture des données, c’est un projet alternatif. Une autre explication globale de ce qui produit l’insécurité, les tensions sociales, la violence.

L’impréparation évidente de la cheffe des écologistes est aussi le symptôme que la force des punchlines ne suffit pas quand il faut combattre une extrême droite solide. On ne va pas à un débat de cette nature sans savoir précisément ce que l’on veut y défendre. Dans un débat politique, celui qui sait où il va a toujours un avantage sur celui qui improvise ses réponses en défense. Le passage sur la question du voile des petites filles était une caricature : il ne fut même pas opposé à Marion Maréchal qu’elle ne s’intéresse au sort des femmes qu’au seul sujet du voile et qu’elle défend une vision archaïque des rôles sexuels ; que la gauche entend défendre les libertés pour toutes face à leurs ennemis, fascistes de tout poils, islamistes compris et qu’elle défend une laïcité qui permet à chacun de vivre selon ses convictions.

Ce débat n’est pas un accident médiatique mais un symptôme. On ne peut affronter l’extrême droite sans un projet et une vision solide, alternative au monde qui va mal. Les chiffres ne viennent qu’éclairer cette proposition politique et les punchlines, l’ancrer dans les mémoires. Pas l’inverse.

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11 commentaires

  1. Berthelot Jacques le 23 décembre 2025 à 11:39

    Très juste.
    Une gauche digne de ce nom doit opposer un projet radicalement contraire à celui de l’extrême droite.
    Ces derniers temps une partie de la gauche a fait des erreurs fondamentales.
    Par exemple les écologistes , socialistes et communistes en participant au rassemblement du syndicat policier d’extrême droite Alliance aux côtés du RN et de Zemmour sur le thème immonde  » le problème de la police c’est la justice ».
    En marchant aux côtés des mêmes contre l’antisémitisme : peut on marcher contre l’antisémitisme avec celles et ceux qui veulent instaurer en France une forme d’Apartheid , avec celles et ceux qui soutiennent le gouvernement de Netanyaou et son armée coupables du génocide à Gaza ?
    Courir derrière l’extrême droite en s’alignant sur ses obsessions criminelles conduit la gauche au désastre.

    • carlos_H le 27 décembre 2025 à 06:36

      +1

    • carlos_H le 27 décembre 2025 à 07:09

      Comme le rappelle le neuroscientifique Albert Moukheiber, l’information et la pédagogie ne suffisent pas à changer les comportements : le cerveau décide d’abord par l’émotion, l’habitude et le récit. En tirer les conséquences politiques est indispensable. Une ligne principalement pédagogique, comme celle de Marine Tondelier, peut être juste sur le fond mais rester stratégiquement insuffisante si elle ne s’inscrit pas dans un récit de conflit clair et mobilisateur.

      Or ce récit, la gauche l’a déjà en partie… pourquoi ne pas le rappeler Catherine???? Il est porté par LFI, qui assume antagonismes, direction et conflictualité. La question n’est donc pas d’inventer un récit, mais de décider lequel assumer.

  2. Toto le 23 décembre 2025 à 18:40

    « On ne peut affronter l’extrême droite sans un projet et une vision solide, alternative au monde qui va mal.  »

    J’avoue ne RIEN comprendre dans les propos et la démarche de Regards.
    En France, seule LFI a une cohérence politique, sociale, écologique, même Pascal Praud le comprend. Mais pas Regards, la preuve : Regards n’en parle JAMAIS !
    Regards soutient des « journalistes » qui traitent LFI de chiens ou de loup dans leur torchon nommé « la meute »
    donc LFI c’est des chiens en meute !!!
    Notons que les journaliste auxquels Regards apporte son crédit sont des négationnistes du génocide palestinien, pas grave apparemment..
    Regards soutient une grande journaliste nommée Ruth Elkrief face aux ignobles accusations de Mélenchon !! confraternité ou complicité ou bêtise ?
    Regards soutient une primaire dont le but est de gêner, comme d’habitude, une candidature LFI principale candidature de la gauche de rupture.
    Les candidats de cette primaire Tondelier ou en dehors mais toujours contre LFI, le très gauchiste Glucksmann sont NULS et Regards le découvre avec étonnement….
    Ils sont une CHANCE même pour Bardella !!
    Et Regards commencent à comprendre qu’en combattant LFI, ça profite à l’extrême droite que Regards dit vouloir combattre avec une primaire avec Tondelier et d’autres losers.
    Bref la machine à perdre !!!

    Mais ce coup-ci, vous n’y arrivez pas !!!

    • Toto le 31 décembre 2025 à 19:21

      Mélenchon c’est n’importe quoi !!
      Mélenchon critique Ruth Elkrief alors que c’est une grande professionnelle, fort justement défendue par Regards :
      La preuve que Ruth Elkrief est une grande professionnelle :

      https://www.youtube.com/watch?v=Mae_VMBgEtE

  3. Jacky Chapon le 23 décembre 2025 à 21:36

    Merci pour la clarté et la vigueur de votre réaction. Je partage pleinement votre approche et soutiens grandement vos mises en garde. Sans un travail à gauche, approfondi et porteur de propositions fortes et structurées, l’avenir, hélas, reste toujours aussi inquiétant.

  4. Lucien Matron le 24 décembre 2025 à 16:05

    La droite et l’extrémisme droite doivent être combattu sur le fond et pas sur des propos de comptoirs ou sur des commentaires en trois phrases. Regards analyse régulièrement et en profondeur l’actualité politique, que ce soit dans ses vidéos, dans ses newsletter ou dans le magazine papier. Il est un des rares, peut être même le seul média, à autoriser les commentaires sans aucune censure. Chacun, est ici libre de ses propos.
    Je partage l’idée que, globalement, la gauche politique, n’est pas à la hauteur, culturellement et politiquement, pour répondre au tsunami de l’extréme droite amplifié par les médias Bollorê. Seules quelques personnalités politiques, par leur culture personnelle de haut niveau, par leur formation universitaire et par leur expérience sont en capacité d’affronter la rhétorique nationaliste : je citerais JL Mélenchon, André Chassaigne qui manque cruellement à l’Assemblée, Clémentine Autain et quelques autres qui ont l’envergure intellectuelle pour confondre Bardella, Le Pen , Zemmour, Alloncle et Cie.
    La formation des cadres politiques doit être une priorité absolue pour l’avenir des organisations de gauche.

  5. Mano le 26 décembre 2025 à 13:59

     » Ce n’est pas en assimilant classes populaires et classes dangereuses qu’on a pu contenir la tentation désespérée du hors-la-loi et de la violence. C’est quand on cesse de reléguer, qu’on intègre, qu’on ouvre à la possibilité de progression sociale, qu’on rompt le cycle infernal de la mise à l’écart et de la violence.  »
    Fais attention Catherine tu commences à parler comme LFI :  » la nouvelle année France »
    Bienvenue dans la meute !

  6. Toto le 26 décembre 2025 à 22:32

    « L’impréparation évidente de la cheffe des écologistes est aussi le symptôme que la force des punchlines ne suffit pas quand il faut combattre une extrême droite solide. On ne va pas à un débat de cette nature sans savoir précisément ce que l’on veut y défendre. »
    Ça, c’est l’avis de Catherine Tricot sur la performance de Marine Tondelier. Globalement on peut dire la même chose sur Gluckmann…

    Maintenant écoutons ce qui dit Nathan Devers chroniqueur de Cnews sur LFI.
    La France Insoumise, ce sont les seuls qui bossent. Ce sont les seuls qui sont intelligents politiquement, qui travaillent, qui se documentent qui réflichissent…et qui fournissent un programme !!
    Par ailleurs vous vous rappelez le zigoto qui parlait de réconcilier la France des bourgs avec la France des tours, il devient quoi le Ruffin à part copiner avec Faure ?

    Par contre, il y a qui bossent et ça paye :
    écoutez ce que dit le représentant de Coordination Rurale de la Savoie sur Manon Meunier députée LFI :
    https://www.facebook.com/reel/3419660618184808
    (Désolé pour le lien, il passe par FB)
    Il ne suffit pas de réciter son Credo de gaucho politiquement correct pour monter une alternative politique.
    Pendant que certains hurlent avec les loups, d’autres construisent
    l’Union Populaire.

  7. carlos_H le 27 décembre 2025 à 06:48

    Oui… oui… oui… Chère Catherine, je vous reconnais bien là. Laissez moi vous rappeler qu’on ne peut pas analyser les échecs ou les faiblesses de « la gauche” sans commencer par dire de quelle gauche il est question. Il n’existe pas un bloc homogène, mais des lignes politiques distinctes, avec des rapports très différents au conflit, au récit et à l’affrontement avec l’extrême droite. Critiquer indistinctement “la gauche” revient à masquer ces divergences stratégiques essentielles.

    La difficulté n’est pas l’absence d’analyses, de valeurs ou de propositions : elles existent, souvent solides. Ce qui manque, ce n’est pas le fond, mais la capacité à transformer ce fond en récit de lutte lisible, capable de nommer des responsables, de hiérarchiser les causes et d’assumer une conflictualité politique. Or toutes les gauches ne le veulent pas, et toutes ne s’en donnent pas les moyens.

    Face à une extrême droite qui avance avec un récit simple, cohérent et agressif, certaines gauches restent dans une posture pédagogique ou morale, d’autres dans une gestion prudente, quand seules celles qui assument le conflit parviennent à imposer un cadre de débat. Il ne s’agit donc pas de mieux corriger les chiffres ni d’affiner les punchlines, mais de choisir clairement une ligne, une vision et une stratégie.

    En ce sens, le problème n’est pas que la gauche ne sache pas où elle veut aller, mais qu’elle hésite encore à dire comment on y va, contre qui et par quels moyens. Tant que cette clarification ne sera pas assumée, la bataille des récits restera asymétrique — et l’extrême droite continuera d’imposer les termes du débat!

  8. Pierre-Alain Millet le 28 décembre 2025 à 09:11

    On ne peut affronter l’extrême droite sans un projet solide de socialisme…

    Marine Tondelier dans ce débat n’est que l’image d’un mouvement antifa qui ne regarde pas le réel, et ne comprend pourquoi il ne résiste pas à la vague… Continuer à mener le combat contre l’extrême-droite sur des « valeurs » sans l’ancrer dans les réalités concrètes de la concurrence vécues par l’immense majorité du peuple, c’est continuer à s’agiter et à se diviser pendant que le RN progresse…
    Mais pour apporter une réponse politique à la hauteur de la crise de l’état, de la nation, il faut affirmer un projet pour la France qui affronte franchement la crise structurelle de l’impérialisme et la seule réponse, réponse que malheureusement l’essentiel de la gauche, réformiste ou radicale, ne peut ou ne veut plus voir, c’est le socialisme..
    en lire plus sur https://lepcf.fr/5751

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