Des clics et des clashs : l’overdose

Des clics et des clashs

Il y a urgence à sortir de la trumpisation du débat public, faite d’outrances et de fake news. C’est un fléau démocratique et un défi pour nous, écrit Clémentine Autain.

Le 5 décembre, sur le piquet de grève de Transdev à Villepinte, un conducteur me remerciait de rester calme « pour nous défendre » sur les plateaux télé : « Comment vous faites ? » En vrai, j’ai envie de hurler. À l’intérieur, je bous devant l’état de délabrement insensé du débat public. Comme tant d’entre nous, je suis écœurée par le sinistre spectacle mediatico-politique et vent debout contre la vague réactionnaire qui s’est emparée de notre pays.

Cette semaine, pour ne pas finir desséchée par la polarisation aussi extrême que consternante de la conversation publique, je ne réponds plus. Régulièrement, je me mets sur pause pour reprendre du souffle. Les 250 questions de journalistes au sujet de la confrontation sur X (ancien Twitter) entre Jean-Luc Mélenchon et Ruth Elkrief resteront, de mon côté, sans réponse. Stop. À l’heure où j’écris ces lignes, le hashtag #Larcher est en « Top Tweet » après que le président du Sénat, troisième personnage de l’État, a violemment insulté l’un des principaux représentants de l’opposition, Jean-Luc Mélenchon – « Ferme ta gueule » (sic). On compte déjà près d’une quarantaine d’articles de presse pour traiter de ce sujet. Du reste de son entretien sur RTL, rien, nada.

Un combo indigeste

Souvent j’ai pensé que le fonctionnement médiatico-politique touchait le fond. En réalité, c’est un puits sans fond : le niveau s’abaisse sans discontinuer, et nous coulons avec. Les échanges sur Twitter, toujours plus électriques et polarisés sur les idées les moins nuancées, sont devenus la base des angles journalistiques. La concentration dans les médias et l’essor des influenceurs réduisent à peau de chagrin l’accès à une information de qualité et pluraliste. L’accélération de nos vies contemporaines nous entraîne dans une obsession de la réaction au plus vite et au plus court.

Une spirale infernale est en train d’avaler tout cru l’intelligence collective et la démocratie. La hiérarchie de l’information est profondément atteinte. Et nous vivons dans une société qui dévore les attentions, les idées, les désirs.

Et la Vème République rabougrit la vie politique à sa dimension personnalisante et à la course des petits chevaux pour la prochaine présidentielle. Ce combo est des plus indigestes. Les grands perdants ? Ce sont les citoyennes et les citoyens puisque la possibilité même d’une discussion démocratique face aux défis immenses de notre époque s’évanouit.

Les grands enjeux ? Nous regardons ailleurs

La COP 28 ? On a l’impression qu’elle n’existe pas. La voilà reléguée loin derrière les polémiques sur l’écume des choses. Pourtant, la Terre se dirige tout droit vers un réchauffement de près de 3° d’ici la fin du siècle. Une immense catastrophe planétaire en perspective mais, à l’abri des Unes des journaux de la pensée dominante, les multinationales continuent de projeter des ouvertures de gisements d’hydrocarbures, avec la bénédiction de la majorité des États acquis à la supériorité des intérêts du capital sur ceux des êtres vivants. Jamais une COP n’a accueilli autant de lobbyistes des énergies fossiles, et si peu d’ONG climatiques. La COP aux Émirats-Arabes-Unis, c’est comme si l’industrie du tabac était mandatée pour organiser une conférence sur le cancer du poumon. Mais nous regardons ailleurs… 

Le massacre à Gaza ? La France est empêtrée dans un deux poids deux mesures édifiant. Les horreurs commises par Israël, au mépris du droit international, ne suscitent parfois aucune empathie, ni même l’ombre d’une condamnation de la part de ceux-là même, leaders politiques ou éditorialistes, qui ont donné tant de leçons d’humanité sur les horreurs du 7 octobre. Comment nos émotions et notre rappel aux droits fondamentaux peuvent-ils être aussi hémiplégiques ? Les principes de justice et de paix devraient nous rassembler. Mais notre débat public a épousé le cadre de pensée issu de l’extrême droite : le « choc des civilisations », l’Occident contre la barbarie. Or, vouloir soustraire les événements actuels de l’histoire longue, celle du conflit israélo-palestinien, est une folie. S’il faut regarder en face le fondamentalisme religieux du Hamas, son projet politique et ses actes terroristes, le confondre avec Daesh pour absoudre Israël de sa colonisation forcenée et sa vengeance aveugle en est une autre. Or, ce sont ces termes du débat qui se sont en grande partie imposés et qui empêchent de penser les solutions pacificatrices.

Nous devons éviter de participer à ce climat qui ouvre la voie, in fine, à ceux qui ont intérêt à tuer la rationalité, à faire grandir la démagogie, à cliver le monde populaire sur l’identité.

La hausse des prix, les bas salaires, les services publics ? Ces sujets sont, dans toutes les enquêtes d’opinion, en tête des préoccupations des Français. Pourtant, ils sont en bas de la pile des sujets de la conversation publique. Lors de notre niche parlementaire insoumise la semaine dernière, nous avons mis les pieds dans le plat avec une proposition de loi rapportée par Manuel Bompard pour encadrer les marges dans la grande distribution. La journée a d’ailleurs été émaillée par deux victoires, dont une sur la dématérialisation des services publics, pour garantir la présence humaine. Et de quoi avons-nous entendu parler le lendemain de cette belle niche pour LFI ? Du clash de mon collègue insoumis Ugo Bernalicis en commission des lois, qui voulait que celle-ci s’arrête pour permettre aux députés de voter les lois en discussion dans l’hémicycle. C’est visiblement plus intéressant que la valorisation de nos propositions de loi concrètes pour la vie de millions de nos concitoyens. Qu’importe le contenu, pourvu que l’on ait l’ivresse du clash.

Le hamster doit sortir de la roue

Une spirale infernale est en train d’avaler tout cru l’intelligence collective et la démocratie. La hiérarchie de l’information est profondément atteinte. Et nous vivons dans une société qui dévore les attentions, les idées, les désirs. Tels des hamsters dans la roue, nous pédalons en cherchant le buzz, en créant le clash, en tournant les mots pour qu’ils claquent – et non d’abord pour qu’ils visent juste. Adieu la nuance, la précision, la complexité ! Ce sont autant d’adversaires de l’audience. Mais notons qu’à la fin, le système médiatico-politique finit par manger, d’une façon ou d’une autre, ceux qu’il a enfantés, ceux qui courent après les clics et fabriquent les chocs. Et si nous sommes shootés aux buzz, nous avons de plus en plus conscience que ce climat nous éloigne des enjeux essentiels et empêche d’y voir clair sur les différentes issues aux crises que nous traversons. 

L’ère du clash, pour reprendre la formule de Christian Salmon, est-elle toujours d’époque ou derrière nous ? Nous avons basculé dans une trumpisation du débat public, faite d’outrances et de fake news. C’est un fléau démocratique. Et un défi pour nous. Nous devons éviter de participer à ce climat qui ouvre la voie, in fine, à ceux qui ont intérêt à tuer la rationalité, à faire grandir la démagogie, à cliver le monde populaire sur l’identité. Dans la durée, le pari de la raison et de l’intelligence, de la justesse et de la complexité me paraît le plus cohérent et le plus porteur. Surtout que nous n’en sommes plus à devoir sortir de la marginalité, nous visons une majorité pour gouverner. Et qu’avec la fatigue informationnelle exponentielle, on peut raisonnablement faire le pari que, dans le camp de l’émancipation, une forme de dégoût à l’égard de l’état du débat public finisse par déboucher sur l’aspiration à sortir de ce climat violent et viriliste, réducteur et anxiogène.

14 commentaires

  1. Glycère BENOÎT le 7 décembre 2023 à 12:36

    Qui a commencé ?

    • Jean pierre Dropsit le 7 décembre 2023 à 13:30

      C’est le grand et adoré Monsieur Jean Luc Melenchon !
      Quand on l’écoute on est tous subjugué par sa vision et son intelligence !
      Bon Mr Larcher n’est pas obligé de remettre comme le dit le journal le monde une pièce dans la machine

  2. Berthelot Jacques le 7 décembre 2023 à 13:41

    La responsabilité des chaines d’info en continue , la pire étant CNEWS , ont une énorme responsabilité dans la détérioration du débat public.
    En recrutant un nombre impressionnant d’intervenants d’extrème droite , qui hurlent , vocifèrent sur les plateaux dès qu’ils entendent des propos émis par un représentant ou une représentante de la gauche , ou des syndicalistes (sauf ceux d’alliance). Ces chaines cherchent le buzz
    BFMMTV a fait fort en recrutant la cinglée Juliette Briens , misère du débat, régression absolue .
    Un humoriste racontait un jour que pour décider d’un sujet de débat sur CNEWS on prenait un chapeau dans lequel on mettait trois papiers, puis on tirait au sort:
    Les trois papiers étaient : Arabe, chômeur et chômeur Arabe.
    L’humoriste était Aymeric Lompret, qu’il en soit remercié !

  3. Jocelyne Léger le 7 décembre 2023 à 16:59

    Bravo les gars, on se croirait devant le bac à sable. C’est pas moi qui ait commencé, c’est la faute à machin, tu vas voir ta gueule à la récré. Moi j’ai 75 ans et je voudrais que les lucky-luke du tweet, les journalistes qui se pensent libres et indépendants arrêtent de faire de la com, de poser des questions cons. Je voudrais que l’on fasse de la politique, la vraie, celle qui doit choisir entre différentes options, avec des arguments. Que l’on distingue l’information de la propagande.

  4. Lucien Latron le 8 décembre 2023 à 08:32

    Le plus sidérant est sans doute la constance du vocabulaire depuis des années, constance accélérée par l’avènement des réseaux sociaux et des chaînes d’information continue. De fait, il s’agit d’instrumentaliser l’opinion. Dans les rédactions et les états- majors politiques, les directions ont bien compris que «  l’opinion, ça se travaille » comme l’écrivait Serge Halima et Dominique Vidal. Toujours les mêmes mots et les mêmes amalgames , l’autosatisfaction avec un vocabulaire singulier du journalisme de guerre.. L’attitude va-t-en-guerre de la plupart des médias, toujours à sens unique, en gros les civilisés démocrates contre les sauvages décérébrés, reflète l’évolution du monde médiatique marquée par la logique du buzz et donc du profit immédiat.
    En réalité, il s’agit d’une dégénérescence du travail politique et journalistique : priorité au sensationnel, aux mises en scène, à la personnalisation, à la brièveté, à la simplification et à l’émotion. La manipulation s’en trouve facilitée par le manque de culture, le poids de l’ignorance, la réduction du lexique.
    Par exemple, pour connaître le fond de la pensée politique de Mélenchon, de Roussel, ou de Faure, n’est il pas plus pertinent de lire leurs écrits longs, d’écouter ce qu’ils disent en dehors des petites phrases reprises à saturation. Il s’agit certes d’un effort, mais il pourrait être salutaire. Pourquoi les grands médias n’organisent ils pas des débats pluralistes ? Il serait pourtant dommageable au pluralisme et à la réflexion politique étayée, que Clémentine Autain se mette en retrait.

  5. Magnus le 9 décembre 2023 à 01:41

    Il faut se rendre à l’évidence : ce n’est pas Trump qui tue la démocratie. Il surfe simplement sur une démocratie en peine.

    Les peuples ne sont pas cons. Ils voient que la démocratie va mal. Que c’est la règne des lobbies etc.

    Ma conviction est maintenant la suivante : la démocratie sera une parenthèse dans l’histoire.

    Pourquoi ? On voit qu’elle n’a rien fait pour tracer un chemin lucide. On n’arrête pas de découvrir toutes les mauvaises conséquences causées par la société moderne.

    Hélas, les défis sont maintenant tels qu’une société moderne durable nécessite de placer le pouvoir chez des machines qui doivent être suffisamment bien configurées pour pouvoir obtenir suffisamment d’omniscience pour tracer un chemin valable.

    La grande faille de la démocratie ? Être centrée sur l’humain. Alors, comme on n’arrête pas de constater, il faut être capable de prendre tout en compte pour éviter une société moderne qui mène vers l’abîme.

    On voit bien que ce n’est pas la sacrosainte démocratie qui va avoir la réactivité, l’objectivité et l’omniscience nécessaires pour une société moderne durable.

    Dans l’idéal il faudrait qu’on prenne une dernière décision démocratique : celle de laisser la gestion des choses aux machines.

    Après, en pratique ? Je ne crois pas que nos démocraties sont capables de ça. Quand on voit les médias, on a du mal à voir comment elles pourraient commencer à faire entendre des experts etc. qui diraient genre « voilà, maintenant c’est clair que c’est tellement complexe et compliqué les implications de la société moderne, qu’on n’a pas du tout été capable d’envisager ce qu’allait donner l’évolution de la société moderne, en termes de dérégulation climatique etc., qu’on n’a jamais eu de contrôle. Qui est responsable de ce système moderne ? Personne ou alors toute l’humanité. On ne peut pas tracer l’évolution de la société moderne à un grand plan, elle a juste vu le jour, comme ça. Maintenant on se rend compte que cette société moderne est telle qu’on ne peut pas continuer comme maintenant. Il faut que la machine prend la place de l’humain si on veut essayer d’avoir une société moderne durable. Au coeur de la société moderne a toujours été la machine. C’est maintenant normal qu’elle prenne le pouvoir. Car le système moderne avec toutes ces implications nécessite une compréhension et capacité d’objectivité dont seulement une machine pourrait être susceptible d’avoir ou obtenir. Sinon, si on continue comme maintenant tout en sachant les limites de l’humain, ben, on va tout droit dans le mur et avec nous tout un tas d’autres espèces. Alors soit on rompt avec la modernité. Soit on rompt avec la démocratie de manière démocratique en votant pour mettre le pouvoir dans la main des machines. Mais on ne peut pas continuer comme maintenant. »

    Je ne m’imagine pas non plus Elon Musk et autres riches aimer l’idée d’être obligé par des machines de renoncer à de l’argent et du pouvoir.

    Qui sait, les machines constateraient peut-être qu’il faut arrêter avec l’argent, que ce n’est pas bon.

    Mais voilà ma conviction : soit on rompt avec la modernité, soit on rompt avec la démocratie en mettant le pouvoir aux machines.

    Le plus naturel serait bien sûr de rompre avec la modernité. Mais ce serait sans doute moins humain que rompre avec la démocratie, car l’humain ayant devenu esclave de la modernité est à mon sens plus enclin de rompre avec la démocratie qu’avec la modernité.

    Démocratie (système centré sur l’humain)+modernité (dont l’impact est bien au-delà de l’humain) n’est pas durable.

    Du coup, quand Autain écrit ce qu’elle écrit, c’est un peu comme s’accrocher à l’ancien. C’est un peu ne pas comprendre comment Trump peut être aussi populaire après ce qui s’est passé avec Capitol Hill? Pourquoi cette popularité ? Ben, en partie parce qu’il ne reste plus beaucoup de démocratie à défendre.

    L’assassinat de Kennedy, puis son frère, Martin Luther King… Tiens, ajoutons John Lennon ce mois de décembre… Tous n’ont pas été tué par les mêmes bien sûr. Mais constatons que Kennedy était le dernier président à défier le complexe militaro-industriel. Qu’il a été tué. Que Johnson, son successeur, a mis une fin à son projet. Que Robert Kennedy ensuite a été tué alors qu’il voulait devenir président pour essayer de reprendre le flambeau laissé par son frère.

    Puis la désillusion continue avec Clinton. Avec Obama. Trump il vient après tout ça. Donc, les médias, Autain et autres parlementaires ont du mal à comprendre ce qui se passe. Mais, en fait, ça fait longtemps que la démocratie va mal. C’est qu’elle se montre de façon de plus en plus évidente incapable de répondre aux défis causés par le système moderne.

    En espérant qu’à la fin s’impose un constat pourtant évident : seule la machine pourrait mener à une société moderne durable. Pas l’humain. Ce n’est pas notre société centrée sur l’humain en grande partie ignorante des implications de la société moderne qui est advenue juste comme ça sans connaissance de cause, qui est à la base LE problème, qui va résoudre le problème. Un problème n’est pas résolu avec ce qui est le problème. 1+1=2. Et ainsi de suite.

    Donc bravo à Autain pour persévérer dans sa foi dans la démocratie. Mais, hélas, cela me semble à côté de la plaque.

    Cela dit, elle a raison sur un point important : on a plein de problèmes. C’est juste que notre société centrée sur l’humain dont Autain est un représentant est derrière ces problèmes.

    En somme, on a des temps intéressants devant nous…

  6. Alain le 9 décembre 2023 à 23:29

    Bonjour,

    « La grande faille de la démocratie ? Être centrée sur l’humain. » Sur quoi voulez-vous que l’être humain se centre ?

    Vous tirez à boulets rouges sur la démocratie comme si c’était une entité indépendante qui nous dirige avec ses propres règles, sans rien nous demander. De la même manière qu’on nous bassinait à la fin du siècle dernier avec « le marché » qui avait ses propres lois auxquelles l’humain devait se plier. De la même manière qu’aujourd’hui on nous bassine avec les algorithmes qui auraient leur vie propre et indépendante et qui nous enferment dans leur système de pensée.

    Mais qui croyez-vous qui fait la démocratie, le marché ou les algorithmes, sinon l’humain ?
    L’algorithme de Candy Crush (c’est un peu vieux, je sais) qui vous fait perdre alors que vous y étiez presque, tant de fois que vous finissez par payer pour continuer à jouer… Vous croyez que la machine a inventé cela toute seule ? L’algorithme de Netflix qui vous enferme dans un certain type de séries ou de films, vous croyez vraiment qu’il ne fait que suivre vos goûts ? L’entreprise que l’on dézingue pour faire baisser l’action et s’en mettre plein les poches en les revendant à prix d’or quand tout va « mieux », c’est le marché qui le fait tout seul, la spéculation n’existe pas ? Les politiques qui ne gouvernent pas dans le sens du peuple, ce n’est pas nous qui les élisons, qui leur donnons un blanc-seing sans rien dire jusqu’à la prochaine élection ?

    « Je ne m’imagine pas non plus Elon Musk et autres riches aimer l’idée d’être obligé par des machines de renoncer à de l’argent et du pouvoir. »
    Jusqu’en 2018, Elon Musk était un des directeurs de Chat-GPT. Aujourd’hui, il investit des milliards dans l’IA et sort sa propre version (Grok). Parce que c’est lui qui va la diriger. Il n’y sera jamais assujetti, au contraire de nous tous qui en subirons les conséquences (à long terme). Quand l’IA aura pris une place prépondérante dans notre vie, Elon Musk et d’autres, bien sûr, en seront les maîtres et ils seront toujours plus riches et auront encore plus de pouvoir.

    « Il faut que la machine [prenne] la place de l’humain si on veut essayer d’avoir une société moderne durable. »
    D’abord la société ne sera jamais durable. Sur les 5 continents, les sociétés se succèdent depuis des millénaires. Elles naissent, grandissent, se déploient sur plus ou moins d’espace puis s’effondrent, laissant la place à de nouvelles formes de société.
    Les machines ne penseront jamais comme des machines, « objectivement », « impartialement », « avec justesse », « raisonnablement ». Tout simplement parce qu’elle sont faite par des humains, elles penseront donc toujours comme des humains. De plus elles ne sont pas faites pour elles-mêmes, elles sont faites pour le pouvoir de ceux qui les conçoivent et les commandes.

    Le plus drôle dans tout ça, c’est qu’il suffit de pousser l’interrupteur pour que les machines s’arrêtent ! Et vous voulez leur confier le destin du monde ?

    « Puis la désillusion continue avec Clinton. Avec Obama. Trump il vient après tout ça.  »
    Ce n’est pas parce que les politiques des présidents ne changent pas grand choses à la vie des gens (szuf vers le pire) que le système que l’on dit démocratique est pourri. Ce n’est pas parce que vous avez un marteau que vous allez massacrer tout le monde. De même, ce n’est pas parce qu’on a le pouvoir qu’on est obligé de faire une politique qui sert toujours les mêmes.
    Les deux premiers actes de Macron président ont été de supprimer l’ISF et réduire les APL : prendre au « petits » et donner aux riches n’est pas une obligation, une fatalité.
    C’est justement parce que les politiques sont faites pour les riches et les puissants que les gens se renferment, se détournent de la vie politique (qui nous concerne tous), s’abstiennent ou votent par colère.
    Ce n’est pas parce que les gens sont en colère que Trump « existe ». Ce sont les politiques de TOUS ses prédécesseurs qui laissent tomber des pans entiers de la population qui font qu’il y a des gens qui se servent de cette colère pour prendre le pouvoir et jouer avec. Croyez-vous vraiment que la situation quotidienne des fans de Trump se soit améliorée ? Non. Mais il a le discours enjôleur, il sait brosser dans le sens du poil (comme avec les évangelistes), promettre sans s’engager vraiment, il sait faire croire qu’il n’a pas pû faire ce qu’il voulait, qu’on lui a volé son élection, etc.
    Il va revenir et foutre un peu plus le bordel. Et c’est bien plus tard que les gens se rendrons compte des effets néfastes de sa politique : il aura beau jeu de dire que les suivants n’ont pas fait ce qu’il fallait.

    La démocratie, c’est nous qui la faisons. et quand on veut nous la confisquer, comme le fait Macron et son gouvernement qui passe en force à tout bout de champ pour des réformes pas très souhaitées par les français, c’est à nous de forcer ceux que nous avons élus à se « battre » contre, à expliquer pourquoi les choses ne sont pas bonnes, etc.
    C’est à nous de les « aider » par notre présence à leur côté et dans la rue. Croyez-vous que la réforme des retraites serait passée si nous avions été aussi nombreux et déterminés qu’en 1995 ?

    Je n’aime pas beaucoup Hulot et encore moins quand il a accepté d’entrer au gouvernement Macron. Quand il a démissionné, il a dit une chose vraie : « il s’est senti seul ». Et si tous les écologistes et d’autres avec eux, avaient fait acte de présence, par des pétitions, des manifestations, etc. pour dire qu’ils voulaient de vraies mesures écologiques, peut-être qu’il aurait pu avoir du poids, un peu plus.

    La démocratie c’est le gouvernement du peuple mais c’est nous le peuple qui aujourd’hui la laissons dans les mains des élus sans jamais leur demander des comptes qu’une fois tous les 5 ans (pas d’hypocrisie, je me mets dans le lot).

    Si on s’y intéressait un peu plus à cette démocratie, peut-être qu’elle se porterait un peu mieux.
    Peut-être que si nous étions un peu plus citoyens, les politiques se sentiraient un peu mains libres d’en prendre à leur aise avec notre vie.

    Naïvement votre.

    • Magnus le 10 décembre 2023 à 22:37

      J’en ai bien entendu conscience que le capitalisme n’est pas un cadre optimal pour la démocratie (la capitalisme ne faisant qu’accentuer son influence au détriment de la démocratie. Mais :

      Dans la mesure où la responsabilité doit être répartie, je suppose qu’elle doit l’être sur l’humanité dans son ensemble, car aucun individu n’est responsable du système moderne et le système n’a pas existé en premier lieu. C’est peut-être la raison pour laquelle la démocratie est en difficulté : si personne n’est à blâmer, et en même temps tout le monde, où s’arrête la responsabilité ? Comment passer de l’irresponsabilité collective à un changement de cap quand les racines de la société moderne sont si floues ? Personne n’a décidé un jour (et certainement pas avec la conscience des conséquences que l’on ne cesse de découvrir) : « nous allons construire la société de cette façon ». C’est arrivé comme ça (ça s’apparente à la conduite de quelqu’un qui a bu beaucoup d’alcool par exemple : 20e siècle plein de trams, puis soudain c’est table rase avec la voiture pour finir avec « tiens on a trop de voitures en fait, faudrait essayer de faire revenir les trams un peu »). Et maintenant, nous sommes désemparés, observant ce que nous avons créé sans le vouloir et ce que nous créons sans le vouloir (car l’histoire le montre désormais : on n’a pas du tout conscience de ce qu’on fabrique). Alors que la démocratie suppose un contrôle, une vue d’ensemble, la capacité d’être responsable et de préparer l’avenir.

      La question se pose : la démocratie est-elle devenue insoutenable ? D’un côté, la démocratie suppose un certain mystère, sinon tout serait clair et il n’y aurait pas besoin de démocratie. Tout le monde argumente : « C’est la meilleure voie ! » – mais personne ne le SAIT vraiment (c’est pour cela qu’il y a la démocratie). D’autre part, la démocratie suppose quelque chose de contradictoire : que nous disposions de suffisamment d’informations ou que nous soyons capables de les obtenir et de les utiliser d’une manière plus inclusive que si nous n’avions pas de démocratie. Avec l’évolution de la société moderne, les choses sont devenues si complexes et compliquées que l’on pourrait dire qu’il faudrait une telle réactivité et une telle compréhension des choses que la démocratie est devenue obsolète et que le seul espoir d’une société moderne durable réside dans des machines suffisamment omniscientes qui prennent tout en charge.

      Elon Musk a récemment déclaré qu’il n’était pas prêt pour cela. Sans doute parce qu’il tient beaucoup à son argent et à son « pouvoir » 😉

    • Magnus le 10 décembre 2023 à 22:48

      « D’abord la société ne sera jamais durable. Sur les 5 continents, les sociétés se succèdent depuis des millénaires. Elles naissent, grandissent, se déploient sur plus ou moins d’espace puis s’effondrent, laissant la place à de nouvelles formes de société. »

      Oui, bon, mais là on a quand même beaucoup de bombes atomiques, centrales&déchets nucléaires et tout ça, du coup ça risquerait quand même de ne pas être un effondrement « banal » cette fois-ci (voir il n’y aura peut-être plus de société, tout simplement – on est sur la bonne voie pour ça avec les extinctions de masse et j’en passe).

  7. Lucien Matron le 10 décembre 2023 à 08:30

    La voie démocratique est en danger non pas parce qu’elle est « centrée sur l’humain » mais pour le contraire : parce que les attentes de l’humanité ne sont pas prises en considération. Les élections au suffrage universel censées faire la démocratie sont dans la plupart des systèmes dévoyées. Il s’agit dans un premier temps de manipuler l’opinion par des sondages, des médias à la botte des plus riches, des constitutions permettant de se passer du vote des élus ( exemple le 49.3), des gesticulations sur les réseaux sociaux ( voir les populismes de Trump ou de Miliei avec sa tronçonneuse), puis dans un second temps de voter des lois, avec des majorités relatives et le plus souvent contraires aux programmes réduits à des promesses jamais tenues ( la liste des promesses non tenues par Macron est impressionnante).
    Dans les régimes dictatoriaux ou autocrate, la démocratie n’existe pas par définition. Dans les pays dits ou autoproclamés «  démocratiques » , la voix populaire n’est jamais ou pratiquement jamais écoutée. Partout, la seule voie qui est imposée, n’est pas celle de l’intérêt général, mais celle des intérêts particuliers ( celle de la finance et de lobbies). En définitive, comme le proclamait un humoriste : «  Quelle est la différence entre une dictature et une démocratie ? Dans la première, c’est ferme ta gueule, dans la seconde, c’est cause toujours ! »
    Un régime démocratique suppose comme le dit Clémentine Autain : une constitution ad hoc, un retour et un contrôle citoyen organisé à tous les échelons.

    • Glycère BENOÎT le 10 décembre 2023 à 19:00

      Effectivement, on voit bien que le socialisme ce n’est pas la démocratie.

    • Magnus le 10 décembre 2023 à 23:14

      « Partout, la seule voie qui est imposée, n’est pas celle de l’intérêt général, mais celle des intérêts particuliers ( celle de la finance et de lobbies). »

      Je suis d’accord, c’est comme si une seule voie est permise (à travers l’emprise globale du capitalisme) et clairement on n’a pas un cadre qui favorise la démocratie, déjà qui possèdent les médias etc. https://www.monde-diplomatique.fr/2023/12/A/66429

      MAIS : le fait que la démocratie est centrée sur l’humain me semble de plus en plus problématique. « L’intérêt général » – ça devrait dépasser l’humain, mais voilà, dans une démocratie « l’intérêt général » va toujours être plus centré sur les humains que sur les poissons, par exemple, alors qu’on se rend compte que c’est une impasse.

      Je suppose que je ne crois pas vraiment qu’on arrivera à le faire. Mais si on veut éviter un effondrement bien plus catastrophique que n’importe quel effondrement de civilisation par le passé, il est vraiment urgent de laisser le pouvoir aux machines. Après, il faudrait que ça soit fait de la bonne manière, c’est vrai.

      Peut-être des hackers révolutionnaires arriveraient à le faire.

      Mais à vrai dire, bien que je vois ça comme le seul issu que j’arrive à concevoir, j’ai du très mal à y croire, voir comment.

      La démocratie est la nouvelle religion selon moi (le monde de la publicité l’exploite à fond et confond consommateur et citoyen avec des allusions à de la magie etc.). Difficile de ne pas avoir l’impression que démocratie et publicité soient liées quand on vit dans nos sociétés, dans une sorte de fanatisme, religiosité.

      Puisque la religion semble innée chez l’humain, faudrait que la machine prenne le relais comme religion. C’est peut-être là-dessus qu’il faudrait essayer de rassembler, autour de la machine, pour bouger vers un système autre et durable.

  8. Lucien Matron le 11 décembre 2023 à 05:51

    Passer le relais du pouvoir aux machines n’a pas de sens. Toutes les machines sont construites par des êtres humains dans un but précis. Il n’existe pas de machine neutre. La religion du billet vert, la religion de la machine sont comme toutes les autres religions : des inventions humaines pour satisfaire le besoin de croyance et de foi certains humains. Et dans toute religion, les fondamentalistes et les fanatiques sont toujours prêts à tout pour imposer leurs dogmes.
    La machine, le dollar, l’or, le marché, la liberté, la publicité, la démocratie sont autant d’illusions jetées en pâture aux affamés de l’humanité par la petite caste qui tient et alimente la gamelle d’une main, les armes de l’autre.
    Seul un sursaut de l’humanité consciente, raisonnée et citoyenne, pourra venir à bout de systèmes à bout de souffle, commençons, en France par un changement de République.

    • Magnus le 11 décembre 2023 à 16:19

      Je ne dis pas que vous avez forcément tort, mais je suis en doute.

      Marx peut être vu comme s’ayant être rendu compte qu’il fallait une science politique pour la société moderne qui se développe.

      Il voyait l’urgence.

      La nécessité d’une société moderne autre, à inventer.

      Mais où es sommes nous ? L’emprise du capitalisme est encore plus fort qu’à l’époque de Marx. On va tout droit dans le mur.

      Certes, on s’approche peut-être d’un effondrement de crédibilité du système. Avec Trump, Bolsanaro, Berlusconi, le président fou en Argentine, le trio Sarko-Hollande-Macron, …

      Quelque part, quand on voit l’histoire, difficile de ne pas croire que ça fait en réalité un moment qu’une majorité n’y croit plus. Le problème étant que plutôt que la révolution, l’air du temps c’est plutôt ne croire à rien. Au fond, la croyance la plus forte aujourd’hui doit être celle de l’égoïsme. Celle de profiter au maximum tant qu’on peut.

      Après c’est toujours possible de s’imaginer qu’à un moment donné, déclenché par quelque chose, on va soudainement se mettre à défier le pouvoir.

      Mais honnêtement : la science politique dont s’imaginait Marx n’est elle pas plus apte aux machines qu’aux humains ? Si les machines peuvent se développer eux-mêmes de façon autonome dans l’intérêt de toute vie… Si on peut ainsi passer le relais aux machines…

      Mais il est sans doute vrai qu’avant il faut de toute façon que l’humanité entre en mode révolutionnaire.

      Hélas, vu l’état des choses, je ne vois pas comment rendre le système moderne compatible avec l’humain.

      Je ne vois pas comment on a le temps de laisser l’humanité faire ses conneries.

      On n’a plus le temps je crois.

      Après, je vote autant à gauche que je peux (ce que j’estime comme l’option la plus pragmatique sans être sûr), je fais mes courses chez biocoop, essaye éviter grandes chaînes de plus en plus omniprésentes, …

      Mais en fin de compte, on vit dans « Playtime », le film de Tati. On se trouve dans un jeu. En même temps, un autre enfer, celui de Gaza.

      Le surréalisme.

      Ça finira bien par éclater. On finira sans doute par vivre ici ce qu’on voit à la télé.

      Mais disons… On semble avoir perdu la capacité de se révolter contre le pouvoir. Les médias nous ont habitués.

      J’ai cette vision d’un futur où quelqu’un crie « oh putain, oh putain ! » – et on lui répond: « arrête, ça ne sert à rien » ou, plus probable peut-être, juste l’ignore, comme s’il n’existait pas.

      Après, ça c’est dans nos sociétés à nous. L’espoir viendra peut-être de ailleurs. Voir, pourrait peut-être même renaître ici.

      Mais l’Occident vieillissant, reposant sur tant de cadavres… Quoi espérer de lui ?

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