Démocratie : les Français en quête de souffle

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Une étude et un appel pour la proportionnelle viennent nous parler de la crise démocratique. L’appel répond-il aux constats dressés ?

Depuis 16 ans, le Cevipof (un laboratoire de Sciences Po) pilote une étude sur la confiance des Français dans leur système politique. Les résultats sont comparés à l’Allemagne, aux Pays-Bas, à l’Italie et au Royaume-Uni. Cette nouvelle vague met en évidence l’écart qui se creuse profondément entre les institutions politiques et les Français. Et cela se traduit dans un mal-être certain.


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L’étude ne fait pas directement le lien entre le désamour des Français pour leur institutions politiques et leur pessimisme. On peut pourtant le tenter quand 89% des interrogés demandent davantage de considération par la politique et par la vie au travail. Le mal-être s’exprime par de la méfiance (45%), de la lassitude (45%) voire de la peur (18%). La méfiance en particulier ressort comme un trait spécifique à l’état d’esprit de nos concitoyens : ce ne sont que 24% des Allemands et 29% des Italiens qui en disent de même. Pour la première fois, ceux qui se situent dans le bas de l’échelle sociale dépassent ceux qui se situent dans le haut de cette échelle. Ils sont minoritaires (contrairement à nos voisins) à dire connaître une situation meilleure que celle des générations précédentes. Le sentiment de déclassement s’installe.

Mais cela ne se traduit pas par du ressentiment généralisé. La confiance envers les autres (la famille, les voisins, ceux que l’on rencontre, etc.) reste à des niveaux très élevés et varie peu. C’est à l’endroit de la politique que le jugement est le plus sévère : 78% disent ne pas lui faire confiance. Seuls 22% lui font confiance, moitié moins qu’en Allemagne, au Royaume-Uni et en Italie. Toutes les institutions politiques françaises dégringolent, du parlement au gouvernement, en passant par la présidence. Le pompon revient aux partis politiques : 15% de confiance. Sans surprise, 76% des Français pensent que le personnel politique est corrompu. Et, là encore, la comparaison avec les voisins européens est atterrante.

Pour 30% des Français, les détenteurs du pouvoir réel sont les marchés financiers. Mais cela ne conduit pas les Français à renoncer à la démocratie. Leur adhésion à la démocratie progresse même de 2 points et s’établit à 82%.

Seuls 23% des Français considèrent que la démocratie fonctionne bien. Là encore, c’est moitié moins que chez nos voisins. Parmi les explications : ils sont 87% à considérer que leur avis n’est pas pris en compte. C’est 30 points de plus que chez les pays européens voisins. Et pourtant, bravement, les Français continuent majoritairement à s’intéresser à la politique. Ils pensent qu’« il faudrait davantage associer les citoyens aux grandes décisions politiques et budgétaires »… même si 57% des Français pensent que « les gouvernements ne peuvent plus faire grand-chose aujourd’hui, le pouvoir réel est ailleurs » . C’est 10 à 15% de plus que les voisins. Pour 30% des Français, les détenteurs du pouvoir réel sont les marchés financiers. Mais cela ne conduit pas les Français à renoncer à la démocratie. Leur adhésion à la démocratie progresse même de 2 points et s’établit à 82%. Un gouvernement d’experts vient loin derrière (59%) et le pouvoir d’un homme fort est loin d’être attendu (36%). Tout n’est donc pas foutu. 

L’étude est colossale. Chacun peut s’y reporter. Mais le constat de la profondeur et de la spécificité française de la crise est incontestable. C’est évidemment un véritable souffle démocratique qui est attendu : ouvrir des perspectives, écouter, partager le pouvoir pourrait être le mantra des politiques.  

Au travers d’un appel paru ce dimanche, certains se saisissent du sujet. Ils rendent public une proposition transpartisane pour établir, d’ici la fin de la législature, un scrutin proportionnel. « Cela contribuerait à débloquer une mécanique politique manifestement grippée et redonnerait de la vitalité démocratique à notre société. » On peut discuter des différents avantages de tel ou tel mode de scrutin. Ce n’est pas sans enjeu. Mais nous n’en sommes plus là. En se focalisant sur le mode d’élection, François Hollande, Élisabeth Borne, Marc Fesneau et Marine Tondelier sont loin d’être à la hauteur des attentes démocratiques. Ils sont aussi loin de la gravité du moment. Ils motivent ainsi leur proposition : « Il nous faut donc désormais apprendre à négocier et faire des compromis, ce que pratiquent depuis longtemps la plupart de nos voisins ». Or, si l’on en croit l’enquête du Cevipof, pour la moitié des enquêtés, le retour à une majorité nette est préférable à une méthode de compromis qui séduit moins d’un quart de l’échantillon. Plus que du compromis, ce qui est demandé, c’est du respect, de l’écoute et de l’engagement.

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