Ceci n’est pas un mouvement social
La mobilisation en cours s’apparente à un mouvement social avec des revendications, des syndicats et des manifs. Mais, en fait, c’est un mouvement politique qui pose des questions globales.
Les mobilisations en cours ne sont pas déconnectées de l’élection qui approche. Nul ne sait comment elles vont se développer, en particulier après la journée du 5 novembre appelée par toutes les confédérations syndicales, et à laquelle se joindront lycéens et étudiants.
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Le mot d’ordre des syndicats est celui du pouvoir d’achat. Tous demandent une revalorisation du SMIC : +100 euros pour la CFDT ; +150 pour FO et la CGT. À cette demande claire et nette, s’ajoutent les revendications des lycéens et des étudiants ; la défense des libertés publiques comme celle de manifester, gravement maltraitée ; le refus du racisme et de la violence ; et plus globalement les inquiétudes pour l’avenir – climat, IA, RN, dette…
C’est la globalité des questions posées qui caractérise ce moment et rend très incertaine son issue. Chacun sait que tout ne se résoudra pas en six mois. Mais après avoir joué du muscle face aux jeunes, le gouvernement devrait cesser de jouer la montre. Il importe que s’énoncent les propositions aussi bien en termes de calendrier, de méthode que de financement. Cette exigence ne vaut pas que pour le pouvoir en sursis. Mais on attend de lui qu’il cesse son entêtement à tout bloquer en affirmant qu’il n’y a aucune marge de manœuvre.
Il est des actions que l’on peut démarrer immédiatement et qui redonneront un peu d’air et d’espoir. Il est possible d’enclencher dès janvier les restaurations d’urgence dans les écoles et dans tous les équipements publics : réparer les toits et les toilettes, mettre des volets et des stores. Il importe de recruter sans attendre les profs. Cela ne réussira qu’avec une revalorisation de leur salaire. Il est possible d’augmenter vraiment le smic. Et pas 20 euros par mois comme devrait le proposer le gouvernement ou 8 euros comme le suggère le porte-parole de Raphaël Glucksmann… Soyons sérieux ! Il faut sans tarder examiner les mécanismes pour aider les entreprises de main d’œuvre – services à la personne, restauration – et les entreprises de secteurs fragiles – notamment dans l’industrie et l’agriculture – et ne plus aider les entreprises qui peuvent payer les hausses de salaires. Il est impossible que rien ne bouge sur le front des revenus salariaux. Les gens en ont absolument besoin et le pays ne peut passer six mois en conflit social.
C’est la globalité des questions posées qui caractérise ce moment et rend très incertaine son issue. Chacun sait que tout ne se résoudra pas en six mois. Il est des choses importantes que l’on peut démarrer immédiatement et qui redonneront un peu d’air et d’espoir : l’écologie bien sûr, mais aussi la formation, le logement, l’industrie, les infrastructures et les équipements, etc.
Il est aussi indispensable que s’ouvre sans attendre une discussion sur Parcoursup. Elle ne peut être un face-à-face entre lycéens, étudiants et gouvernement. Chacun sait bien que cette question interroge la place de la formation d’une classe d’âge. Que voulons nous ? Davantage de sélection pour former moins et former selon les besoins imaginés des entreprises ? Voulons-nous poursuivre l’effort entamé il y a 40 ans avec Mitterrand et former largement une classe d’âge? En 1980, on visait le niveau bac pour 80% d’une génération. Quelle est notre nouvelle frontière dans le partage des savoirs et de la liberté ? Il a fallu dix ans pour surmonter les effets de l’imbécile numerus clausus en médecine qui génère tant de déserts médicaux. Les jeunes expriment leur avis : ils demandent 250 000 places en plus à l’université. Ce n’est pas une revendication, c’est une proposition politique globale, même si elle n’aboutira pas en six mois. La fin de Parcoursup suppose un projet pour l’école et elle engage une vision pour la société. On peut commencer à en débattre publiquement sous un format à inventer et trancher une première fois en avril prochain.
Il y a donc des choses importantes que l’on peut enclencher immédiatement. Elles peuvent redonner une perspective ; elles ne sont que des premiers pas. Les attentes sont bien plus grandes. Elles demandent une stratégie pour conduire ces chantiers. Jean-Luc Mélenchon a imposé dans le débat public le concept de « planification écologique ». En fait, cette vision stratégique qui organise les moyens dans le temps s’impose sur de très nombreux enjeux : l’écologie bien sûr, mais aussi la formation, le logement, l’industrie, les infrastructures et les équipements, etc.
De premières idées sont émises concernant les financements indispensables pour ces chantiers et pour faire reculer le poids de la dette et la dépendance aux marchés financiers. Certaines sont malthusiennes, d’autres absurdes et racistes, d’autres d’inspiration keynésienne, d’autres… on ne sait toujours pas. Il importe que les projets et les programmes globaux, articulés, chiffrés, priorisés sortent. Ces débats aideront à dégager un chemin pour le mouvement qu’on ce qu’on doit nommer correctement un mouvement politique qui s’exprime dans la rue.