Face à la police républicaine, obtempère ou crève

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Rien que pour cette année 2022, douze personnes sont mortes sous les balles de la police pour des affaires de refus d’obtempérer.

En France, rien de plus aisé que de pouvoir déambuler dans les rues de la ville, flingue à la ceinture : il suffit d’être flic. Le ticket d’entrée est tellement bas que n’importe quel quidam peut prétendre à porter l’uniforme. Quant à la formation, elle est devenue tellement ridicule que même Gérald Darmanin a proposé de l’augmenter.

 

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Nous sommes en octobre 2022 et la police a déjà fait autant de victimes que sur les quatre dernières années. Voyez par vous-même :

  • Le 26 mars, à Sevran, un automobiliste est tué par un policier de 32 ans.
  • Le 24 avril, sur le Pont-Neuf à Paris, un conducteur et son passager sont tués. Ils avaient 25 et 31 ans. Le policier, 24 ans, a tiré à dix reprises au fusil d’assaut sur l’arrière du véhicule.
  • En juin, à Sospel, dans les Alpes-Martimes, un conducteur est tué. Le même mois, une passagère est tuée à Paris.
  • En août, deux hommes ont été tués à Vénissieux et à Neuville-en-Ferrain.
  • Les 6 et 7 septembre, une femme est tuée et un homme blessé à Rennes lors d’une opération antidrogue, pendant qu’à Nice, un homme conduisant une voiture volée est tué par un policier de 23 ans.
  • Le 14 octobre, un homme de 32 ans a été mortellement blessé dans le 12ème arrondissement de Paris. Le policier, un homme de 25 ans, a été mis en examen. Une histoire de défaut d’assurance…
  • Dans la nuit du 20 au 21 octobre, une nouvelle affaire vient entacher l’action des « gardiens de la paix ». À Noisy-le-Sec, une automobiliste de 29 ans a été grièvement blessée par balles après un refus d’obtempérer. Une enquête pour violences avec arme a été confiée à l’IGPN. Une histoire d’excès de vitesse…

La loi de 2017, qui assouplit les conditions d’usage des armes à feu par les policiers, est grandement mise en cause dans toutes ces affaires. Dans Libération, on apprend qu’une « analyse statistique menée par trois chercheurs établit une corrélation entre une loi sur la sécurité intérieure votée en 2017 et la multiplication par cinq du nombre de personnes tuées par des agents dans un véhicule ». Le comportement du conducteur prenant la fuite devient un point central du débat : met-il ou non en danger la vie des policiers ? Sur l’affaire du Pont-Neuf, le policier affirmait avoir agi en légitime défense… en tirant dans le dos de ses victimes. S’il arrive que la réponse soit « oui », que des policiers soient blessés lors de simples contrôles, « le dernier décès policier remonte à août 2020 dans la Sarthe », lit-on dans Libé. Ce qui est une excellente nouvelle ! Car, contrairement à une idée grandement répandue – notamment par les responsables politiques –, le métier de policier n’est pas un métier où l’on constate une surmortalité significative.

À l’instar du délit d’« outrage et rébellion » ou du concept de « légitime défense », la loi de 2017 donne une extrême latitude aux policiers dans l’exercice de leur pouvoir. Avec les abus qui en découlent. Comme pour le maintien de l’ordre lors d’événements publics, qu’il s’agisse d’une manifestation ou d’un simple match de football. Au fond, c’est encore et toujours la même problématique : la doctrine sécuritaire française est violente. Et la France en est fière.

 

Loïc Le Clerc

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