Trump battu, la gauche attendue
Les électeurs américains ont infligé un sérieux revers à Donald Trump et à sa politique. Après la réélection de Lula, c’est un nouveau coup d’arrêt aux idées d’extrême droite. Mais les démocrates devront faire mieux que s’opposer au président et à sa guerre en Iran.
Après la victoire de Lula, la presque défaite de Netanyahou et la victoire des étudiants en Serbie, certains lendemains électoraux permettent de respirer. Donald Trump vient de subir une défaite politique majeure. Les démocrates reprennent le contrôle des deux chambres du Congrès et remportent plusieurs victoires dans des États où les républicains étaient solidement installés. L’autoritarisme de Trump, sa brutalité, sa guerre et sa politique économique ne font plus recette. Enfin.
Cette soirée électorale étasunienne est celle de conquêtes symboliques notables. Keisha Lance Bottoms devient la première femme noire élue gouverneure d’un État, qui plus est un État du Sud, la Géorgie. Chris Pappas, dans le New Hampshire, devient le premier homme ouvertement homosexuel élu au Sénat. Deb Haaland, au Nouveau-Mexique, est la première femme amérindienne à accéder à la fonction de gouverneure. Abdul El-Sayed du Michigan devient le premier sénateur musulman. Ces élus disent quelque chose de la capacité de la démocratie américaine à élargir les frontières de la représentation politique, malgré les offensives réactionnaires.
Mais il faut se garder de confondre le soulagement et l’espoir, la sanction et l’adhésion, la défaite de Trump et l’existence d’une alternative. Les démocrates ont gagné une bataille. Ils n’ont pas encore remporté la bataille politique qui permettrait de tourner la page du trumpisme. En Californie, État acquis aux démocrates, les électeurs ont rejeté largement la proposition de taxer ponctuellement, à hauteur de 5 %, le patrimoine des milliardaires pour financer les services de santé. L’idée de faire contribuer les plus fortunés alors que les inégalités explosent, n’a pas convaincu. La dénonciation des privilèges, aussi rejetés soient-ils, ne constitue pas à elle seule un projet majoritaire. Il faut pouvoir l’insérer dans un projet et une vision de la société qui soit raccord avec celle du peuple. Au pays du mythe du self-made man, de la défiance à l’égard de l’État et de la valorisation de la richesse, le chemin est ardu. Il n’est pas encore trouvé. La victoire de Zohran Mamdani à la mairie de New York et celle d’Abdul El-Sayed comme sénateur du Michigan, tous deux représentants d’une gauche bien à gauche, disent pourtant que c’est possible. Leurs élections, comme celles d’élus noirs, amérindiens ou musulmans montrent que dans ce pays au racisme historiquement incrusté, on peut aussi faire avancer l’égalité et la commune humanité. Tous dessinent un possible pour l’Amérique. Il reste à la gauche à convaincre la majorité des démocrates avant d’emporter le pays.
A ce jour, les électeurs qui ont sanctionné Trump ne constituent pas encore une coalition de gauche. Ils expriment des colères, des inquiétudes et des attentes. Une défaite des républicains se traduit par un succès pour les démocrates mais ce n’est pas encore une promesse de victoire pour le parti et encore moins pour sa gauche. Un nouveau projet politique doit se vouloir – les dirigeants démocrates le veulent-ils ? Et surtout, il ne peut se construire que dans un rapport vivant avec la société.
Trump vient de perdre une manche importante. Le mauvais vent mondial a peut-être commencé à tourner. La défaite de l’extrême droite ouvre une possibilité. À la gauche de la transformer en espérance. Et ça ne vaut pas qu’aux États-Unis.