Le Brésil dans la nasse brune mondiale

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L’avance de Flávio Bolsonaro au premier tour de la présidentielle est une funeste surprise. 47% des voix contre 45,1% pour Lula : le bolsonarisme est en force avant le second tour du 25 octobre. L’extrême droite s’étend, se renouvelle et gagne du terrain. 

Dimanche au Brésil, le candidat d’extrême droite Flávio Bolsonaro, fils de son père, est arrivé en tête de l’élection présidentielle avec plus de 56 millions de suffrages. Le président sortant Lula, qui espérait transformer son bilan social en avantage électoral, ne recueille que 53,8 millions de voix. Ici aussi, la vague d’extrême droite se fait sentir. Le chômage et la faim ont reculé, les revenus des plus modestes ont progressé mais ces avancées n’ont pas produit l’enracinement politique espéré. La poussée d’extrême droite ne s’est pas limitée aux fiefs traditionnels du bolsonarisme. Elle s’est particulièrement exprimée dans le Sud et le Centre-Ouest, mais aussi dans le Nord et jusque dans l’Amazonie : même dans les territoires où le Parti des Travailleurs (PT) de Lula conserve des positions fortes, l’avancée de l’extrême droite est manifeste. Elle se traduit aussi par la bascule du Sénat qui peut destituer les juges de la Cour suprême.


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Lula en est à son troisième mandat. Comme nous l’expliquait Glauber Sezerino dans la Midinale vendredi : sa dernière élection en 2022 le fut à l’arrachée, grâce à la constitution d’une large coalition allant jusqu’à la droite et aux multinationales qu’il avait combattues. Lula ne fait pas de cette construction un étendard mais il sait ne pouvoir y échapper dans les rapports de force du Brésil. Pour expliquer cet inquiétant résultat, on pourra invoquer l’usure du PT et celle de son leader, certainement. Mais là n’est peut-être que l’écume. La gauche brésilienne comme celle du monde entier se trouve au défi de répondre à des crises structurantes, dont celle de l’épuisement des formes démocratiques.

Alors que Lula essaie de tenir les différents bouts de la démocratie brésilienne, le camp Bolsonaro se resserre : Michelle, l’épouse de Jair, et Carlos, son fils, sont élus sénateurs, tandis que Jair Renan, autre fils de l’ancien président, et Renato, son frère, deviennent députés. Tarcísio de Freitas, figure majeure de la droite bolsonariste, est réélu gouverneur de l’État de São Paulo dès le premier tour. La famille Bolsonaro et ses alliés les plus proches sont désormais aux commandes avec pour premier objectif de faire sortir le père putschiste de prison. La réponse à la crise politique et démocratique est profondément désolante ; elle repose sur le look, le clan, l’enrichissement mais elle apparaît comme une rupture. L’État-nation défaillant remplacé par une famille…

Pour expliquer cet inquiétant résultat, on pourra invoquer l’usure du PT et celle de son leader, certainement. Mais là n’est peut-être que l’écume. La gauche brésilienne comme celle du monde entier se trouve au défi de répondre à des crises structurantes, dont celle de l’épuisement des formes démocratiques.

De nouvelles églises prennent une place politique inédite : elles parlent en direct avec le cœur des gens, avec comme objectif de réordonner le monde. Au Brésil, les églises évangéliques, les réseaux de quartier et les influenceurs – dont des stars du sport – proposent une vision du monde rassurante car réactionnaire. La question des identités y tient une place prépondérante. À ceux qui vivent comme une perte de statut les transformations sociales actuelles, la promesse du retour au « monde d’avant » apparaît comme un soulagement.

La seconde crise majeure et mondiale est donc l’affaiblissement du cadre national, lieu d’unification et de rassemblement depuis un siècle et demi. Cette dimension est particulièrement frappante dans le sous-continent qui fit de son indépendance face à la puissance étasunienne un levier de politisation et de mobilisation. Lula a cherché à l’activer au maximum. Les menaces explicites et les ambitions de l’administration américaine contre la souveraineté brésilienne n’ont pas produit le sursaut espéré. Pourtant Washington est menaçant. Il utilise les droits de douane comme instrument de pression : 25% supplémentaires ont été imposés cet été sur une partie des produits brésiliens. Le risque d’intervention est même explicite depuis que l’administration Trump a désigné deux organisations criminelles brésiliennes comme terroristes. Washington pourrait dès lors s’autoriser à intervenir directement contre elles. Lula s’y oppose mais indépendance et souveraineté économique ne mobilisent plus guère. Il n’y a pas de projet alternatif : le Sud global balbutie et ne constitue pas encore une réponse au chaos mondial.

Le Brésil fait face à un défi qui le menace. Et pas seulement lui. Relever le niveau d’inquiétude mais aussi de réflexion sur ce qui advient dans notre siècle ne peut être reporté.

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