Victoire de l’AfD : le cancer du libéralisme
L’extrême droite a écrasé, ce dimanche, les élections régionales en Saxe-Anhalt avec près de 44% des suffrages. Aboutissement d’un système en faillite.
L’Allemagne vient de franchir une ligne rouge, dimanche 6 septembre. En Saxe-Anhalt, le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (l’AfD) a remporté 43,8% des suffrages, écrasant la droite conservatrice CDU qui dirigeait le Land (région) et qui s’écroule à 17,2%. Les socio-démocrates du SPD recueillent 9,3%, les Verts 8,9%, la gauche radicale Die Linke 8,6% et BSW, le parti anti-migrants fondé par Sahra Wagenknecht, 5,3%. L’AfD n’aura pas la majorité absolue des élus et les formations traditionnelles sont tentées de bricoler une coalition à cinq pour l’empêcher de gouverner. Mais à mesure que les partis se fragmentent et s’épuisent dans des compromis sans projet, l’extrême droite s’affirme comme la seule alternative. Faut-il pour autant se compromettre gravement comme s’apprête à le faire le parti de Sahra Wagenknecht en s’abstenant de toute opposition ? Ce serait l’ultime étape de celle qui, partie de la gauche radicale allemande, a fait de l’immigration le cœur des difficultés du pays.
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Presqu’un électeur sur deux a choisi l’extrême droite dans ce Land de l’ancienne Allemagne de l’Est où la participation s’est envolée à 77,8% hier. Ce n’est plus une poussée, ni même une alerte : c’est une victoire écrasante d’un parti qui ose une filiation explicite avec le nazisme. Cette percée de l’extrême droite ne s’opère pas malgré la radicalité de l’AfD, mais par elle. Là-bas, aucune dédiabolisation : le parti est surveillé par les services de renseignement comme groupe « suspecté d’extrémisme », ses dirigeants relativisent l’Holocauste, reprennent des slogans nazis et entretiennent des liens étroits avec la Russie. Pour l’AfD, l’islam est incompatible avec la Constitution allemande et le parti revendique des expulsions massives d’immigrés – de l’ordre de 20 millions de personnes. Sur cette base, des néonazis décomplexés peuvent donc obtenir près de 44% des suffrages !
Presqu’un électeur sur deux a choisi l’extrême droite dans ce Land de l’ancienne Allemagne de l’Est où la participation s’est envolée à 77,8%. Ce n’est plus une poussée, ni même une alerte : c’est une victoire écrasante d’un parti qui ose une filiation explicite avec le nazisme. Cette percée de l’extrême droite ne s’opère pas malgré la radicalité de l’AfD, mais par elle.
Comme dans beaucoup de pays d’Europe, l’extrême droite n’est pas devenue plus habile ou plus radicale : les partis qui gouvernent depuis des années ont fini par fabriquer eux-mêmes le désaveu dont elle se nourrit. En Allemagne, modèle des grandes coalitions CDU-SPD et du compromis raisonnable, le pouvoir fédéral et régional est massivement désavoué, sur fond de hausse des prix, de chômage et d’inquiétudes globales. Des difficultés particulièrement aiguës en Allemagne de l’Est où la réunification continue d’être ressentie comme une annexion. L’extrême droite apparaît comme la seule rupture.
Ce scrutin produit une déflagration nationale et européenne. Il faut certes se défier de ceux qui, à droite comme à gauche, proposeront, pour contrer cette vague brune, d’approfondir l’orthodoxie économique et la doxa néolibérale. C’est cette politique qui désespère et fait monter le ressentiment. Rompre ou sombrer. C’est devenu limpide. Mais la construction d’une alternative politique à l’ordolibéralisme et les conditions du rassemblement ne semblent pas plus avancées en Allemagne qu’en France. Hélas.