Ruffin et Villepin dans un trou de souris
Ce 2 septembre, les deux candidats ont débattu et partagent un même constat : les réponses politiques actuelles nous conduisent dans les bras de l’extrême droite et ils veulent faire dérailler le train. Entre le souverainisme vertical de l’un et la démocratie horizontale de l’autre, leur échange a dessiné les contours d’un improbable rapprochement.
François Ruffin et Dominique de Villepin étaient invités à débattre par Libération et BFMTV. Au-delà du positionnement politique opposé et d’emblée assumé par l’un de gauche (tout court) et par l’autre gaulliste (tout court aussi), l’affiche avait une sorte d’évidence : celle de ce moment où les candidatures sont légion mais où chaque camp se cherche encore une solution face à l’extrême droite.
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Ni Villepin, ni Ruffin ne se sont présentés comme la solution de leur camp mais ils savent, l’un comme l’autre, que l’enjeu est là : évoquant la Résistance, ils veulent tous les deux faire dérailler le train qui s’avance. À droite, les appels se multiplient pour que convergent les trois candidats – Retailleau, Attal et Philippe – et préserver un espoir de place au second tour face à Marine Le Pen. À gauche, la mécanique des gauches irréconciliables se fait pressante et désespérante. Les deux débatteurs du soir entendent déjouer ces scénarios qui préparent l’élection de Marine Le Pen. Ils bénéficient de l’écoute de ceux qui doutent et qui s’inquiètent.
Face à cette situation, la recherche de voies de convergence se multiplient. François Bayrou et François Hollande imaginent une grande coalition à l’allemande, réunissant les raisonnables des deux centres. Tous deux participent ou ont participé aux politiques qui ont mis le pays à la renverse mais ils espèrent que la peur du grand chambardement leur offrira encore un quinquennat.
D’une certaine façon, Villepin et Ruffin ont eux aussi rêvé d’un « dépassement » des clivages actuels. Mais l’un comme l’autre ont convoqué la grande histoire « révolutionnaire », celle du sortir de la guerre et du Conseil national de la résistance (CNR). Villepin a été très clair : ceux qui sont responsables de la situation ne sont pas conviés autour de la table. Ruffin a esquissé les contours d’une telle redéfinition politique en citant des intellectuels libres de parti.
Le tropisme souverainiste a dominé dans cet échange. Mais ont aussi émergé des différences de cultures et de types de réponses – Ruffin, plus horizontal : « La planification doit être démocratique et non technocratique » ; Villepin, plus vertical : « L’État doit avoir une vision claire de ce qui permet de donner un avenir à la France ». Peuvent-ils faire route commune ?
Un échange très politique est intervenu en toute fin du débat où les convergences de diagnostic (faillite de l’État, des élites) étaient partagées. Les caps l’étaient largement aussi. Évidemment sur les enjeux internationaux où l’un comme l’autre ont dit l’importance d’une défense offensive du droit international, base indispensable au retour de la France dans l’arène mondiale. Base aussi des alliances et convergences avec le sud global. Ruffin a eu de jolies formules contre la soumission française et européenne au trumpisme : les Français « ne demandent pas la puissance mais au moins de l’indépendance » ou « à la place d’être les cancres qui viennent poser les bonnes questions on est devenu des fayots ». Convergence aussi sur les moyens à dégager pour l’écologie et le climat. Avec des différences d’approche dans la réponse : quand l’un (Villepin) prône l’action sur les prix au travers d’une taxe carbone pour accélérer la décarbonation, l’autre (Ruffin) fait du chantier de l’isolation des bâtiments le levier du changement et de l’adhésion des Français. Ruffin a fait de la question du travail la matrice de son discours – ce n’est pas nouveau.
Le tropisme souverainiste a dominé dans cet échange. Mais ont aussi émergé des différences de cultures et de types de réponses – Ruffin, plus horizontal : « La planification doit être démocratique et non technocratique » ; Villepin, plus vertical : « L’État doit avoir une vision claire de ce qui permet de donner un avenir à la France ». Peuvent-ils faire route commune ? Ils n’en sont pas là mais le débat l’a crédibilisé. Reste à savoir si l’alliance d’hommes seuls, hors des partis et accompagnés d’intellectuels, passés et présents, offre une réponse pour une élection présidentielle ? Reste à savoir qui conduirait la cordée. En attendant, les deux semblent croire que les impasses actuelles des deux camps leur laissent un passage, un trou de souris.