Primaire socialiste : Mélenchon n’est plus seul
Parti le 3 mai en campagne, avec un programme actualisé et une force militante constituée, Jean-Luc Mélenchon fait la course en tête, à gauche, des sondages et des mobilisations. Et de loin. Avec le lancement de la primaire social-démocrate, on revient à une forme de normalité de la gauche française.
La gauche française a historiquement deux pôles. Depuis les années 80-90 (du siècle précédent), son versant radical n’est plus porté par le Parti communiste. Depuis près de 15 ans, Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise ont su investir et relever cet espace. Le pôle socialiste a, quant à lui, été effacé de la carte nationale par la faillite du quinquennat Hollande. Est-ce qu’il n’y avait plus qu’une gauche en France, sous leadership insoumis ? Les effets déformants des accords nationaux (Nupes puis NFP) et l’impact du vote utile en faveur de Jean-Luc Mélenchon lors des deux scrutins présidentiels précédents ont pu le laisser penser.
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Mais la renaissance d’une histoire peut prendre du temps. Défaut de l’urbaniste que je suis, je crois à l’impact long des structures historiques – le territoire comme la politique. L’histoire de notre pays a façonné deux façons dominantes de porter le combat de la gauche en faveur de la justice et de l’égalité. La lutte politique entre ces deux pôles de gauche a été rude et elle a forcé chacun à gauche à bouger, à affiner ses idées et propositions. C’est peut-être ce qui est en train de se passer.
Car les socialistes vont choisir un candidat. La demande de rupture avec la politique macroniste porte l’extrême droite et la gauche. Globalement, la gauche semble reprendre quelques couleurs à mesure que le bloc central se déporte toujours plus vers la droite et se trouve confronté au calamiteux bilan de ces dix ans de présidence Macron. D’une certaine façon, le désastre de la politique de l’offre entraîne aussi François Hollande. Les socialistes sont sur le point de se débarrasser de l’encombrant ancien président qui d’une part ne participera pas à cette primaire et d’autre part n’inscrit plus son action présente dans la gauche. A Sens (Yonne) ce samedi, François Hollande a précisé sa pensée : pour lui, il convient de « sauver la démocratie ». En France, celle-ci serait menacée autant par le RN que par LFI. Il propose donc une grande alliance sur un programme de gouvernement précis qu’il esquisse – et dont il prend soin que la droite y retrouve ses petits.
Le pôle que promeut Jean-Luc Mélenchon a le mérite de s’ancrer dans la radicalité nécessaire. Mais cette radicalité devra encore préciser la méthode durable qui la rendra possible, dans les rapports de forces sociaux et européens actuels. Le pôle socialiste devra prouver qu’il ne va pas déserter en rase campagne, retourner sa veste et axer ses alliances vers « le centre ».
Donc revenons à gauche. La primaire des socialistes va occuper largement l’espace médiatique. Mais ce serait illusoire de ne croire qu’à un effet conjoncturel. Lors de leurs premières interviews comme lors de l’université d’été du PS, les candidats à la primaire ont fait entendre leurs idées, des idées. Et elles ne se limitent pas à l’important débat sur l’alliance ou non avec LFI. Un socialiste, de carte ou de cœur, les portera en avril prochain. Le bon niveau de débat ne peut être celui – vain – de l’excommunication : il (ou elle) n’est pas de gauche. Il faudra faire mieux.
Le pôle que promeut Jean-Luc Mélenchon a le mérite de s’ancrer dans la radicalité nécessaire pour nous sortir du marasme que nous connaissons depuis trop longtemps. Mais cette radicalité devra encore préciser la méthode durable qui la rendra possible, dans les rapports de forces sociaux et européens actuels et sans que le prix soit payé par le plus grand nombre. Le pôle socialiste devra prouver qu’il ne va pas déserter en rase campagne, retourner sa veste et axer ses alliances vers « le centre ». Jurer que son ennemi, c’est la finance ne suffira pas. Il devra rassurer sur les tentations bellicistes, guerrières du leader de Place publique. Il devra dire aussi comment réunir les conditions politiques de son élection et de ses promesses s’il entend se passer des insoumis.
On attend cette confrontation, qui doit renforcer la gauche. Alors, elle pourra gagner.
Le candidat qui sortira de cette primaire peut-il ou elle clairement être considéré de gauche ?
Le PS en ne censurant pas le gouvernement Lecornu a fait le choix de prolonger sa durée de vie , et lui permettre de mener sa politique de droite.
Et si c’est Glucksmann ? Porte parole de l’OTAN , défenseur de l’occident , guerrier brandissant l’arme nucléaire à la face des peuples du monde . Pas clair du tout sur les questions des salaires , des retraites , de la taxation des grosses fortunes et l’immigration : son projet « arrêter l’immigration incontrôlée en donnant la parole aux Français par référendum. »
Pas grand chose à attendre de cette primaire pour celles et ceux qui soutiennent une gauche de rupture.
Ha! Ha! Vous êtes hors sol. Vous avez quand même compris que vous allez voter Mélenchon le 2 mai ?
Militant AS et L’Apres
No comment t
Comment ça, Mélenchon n’est plus le seul à gauche ? L’ouverture officielle de la primaire socialiste ouvre t’elle une vraie concurrence réaliste à gauche ?
Cher Catherine,
Je pense que ton analyse décrit bien les déplacements de l’espace politique, mais qu’elle en reste prisonnière. Tu distingues un pôle social-libéral, un pôle social-démocrate et un pôle radical-socialiste. Mais, du point de vue des rapports de production, ne s’agit-il pas plutôt de trois variantes d’un même espace réformiste ?
En 2008, ils étaient d’ailleurs tous au PS.
Leurs différences sont réelles, mais aucune de ces trois orientations ne fait du dépassement des rapports capitalistes et de la conquête durable de pouvoirs par le monde du travail sa stratégie.
La radicalité de Mélenchon est réelle dans le discours et certaines propositions, mais la radicalité politique ne devient pas par elle-même stratégie révolutionnaire. La question décisive reste : quelle classe s’organise, autour de quel projet, et pour conquérir quels pouvoirs ?
C’est là que le PCF ne devrait pas être pensé comme un simple « quatrième pôle ». Avec le « communisme de conquête » adopté au 40ᵉ Congrès et la candidature probable en septembre de Fabien Roussel pour 2027, ce dernier peut porter autre chose : un véritable pôle de classe, visant à reconstruire l’organisation du monde du travail et à transformer le rapport de forces.
À partir de ce front de classe peut alors se construire un rassemblement populaire, non comme préalable électoral, mais comme produit d’un rapport de forces. Et le socialisme retrouve ici son contenu concret : planification démocratique, planification écologique et énergétique, réindustrialisation productive, reconquête des services publics, maîtrise du crédit et confrontation avec le capital financier.
La question n’est donc peut-être plus de savoir quel pôle socialisant dominera la gauche, mais si nous voulons encore penser la politique à partir de la gauche constituée ou à partir de la classe et du processus de transformation sociale. Dans ce cas, l’option du PCF n’est pas que réformiste contrairement au radical-socialisme de LFI.
Fraternellement,
Le PCF très grand parti historique de la calasse ouvrière et des intellectuels n’est plus ce qu’il était. Son déclin résulte du fait qu’il n’a pas su intégrer rapidement les changements brutaux des années 60 et 70, en particulier la question écologique , parce qu’il s’est coupé du monde intellectuel en restant aligné sur le communisme bureaucratique de l’URSS (bilan globalement positif de Georges Marchais). Il aurait pu évoluer positivement s’il était resté fidèle au Front de gauche.
Cher Ahmed ZAKI,
Je partage volontiers avec toi la nécessité d’un regard lucide sur l’histoire du PCF. Son affaiblissement est une réalité et nous devons être capables d’en analyser les causes sans nostalgie ni complaisance. Mais je pense justement que ton commentaire donne une image trop figée du PCF.
En effet, le PCF n’est plus celui des années 1970 ou 1980. Depuis plusieurs années, il a profondément renouvelé son projet et ses élaborations. Dès 2016-2017, « La France en commun » plaçait déjà au cœur du projet la prise de pouvoir sur la finance, la transformation productive, l’écologie, les services publics et l’égalité femmes-hommes. Depuis, le travail s’est poursuivi avec « Empreinte 2050 », qui articule transition climatique, réindustrialisation, emploi, formation, recherche, services publics et transformation de notre système énergétique. Ce n’est pas une écologie d’accompagnement : c’est une réflexion sur la transformation de la production elle-même.
Tu oublies que par exemple sur la question écologique, le PCF a été la première force politique a créer un mouvement qui existe toujours : le MNLE. Le mouvement national de lutte pour l’environnement. Le travail de la commission écologie piloté par Amar Bellal a le projet le plus crédible et opérationnel :
https://ecologie.pcf.fr/plan-climat/
Même chose sur le féminisme : le PCF porte aujourd’hui explicitement un féminisme de classe et matérialiste, en liant égalité, travail, services publics, lutte contre les violences sexistes et sexuelles et transformation des rapports sociaux. Sans polémiquer sur la ligne maximaliste de LFI qui s’est émoussée avec l’affaire Quatennens, entre autres, le violentomètre est un outil de sensibilisation conçu fin 2018 pour mesurer le degré de violence dans un couple. Il a été cocréée par l’élue communiste (PCF) Hélène Bidard, alors adjointe à la Mairie de Paris en charge de l’égalité femmes-hommes : https://www.pcf.fr/violentometre.
Je ne parlerai pas de communisme bureaucratique de l’URSS. En effet, l’URSS a rompu malheureusement avec Nikita Khrouchtchev avec ce que tu perçois comme bureaucratique. Cela n’a pas contribué à redresser l’URSS. Cet affaiblissement s’est traduit par le révisionnisme et puis la liquidation par Mikhael Gorbatchev. Le peuple voulait le maintien de l’URSS. La direction du PCUS a liquidé l’URSS contre la volonté des peuples et a affaibli par des thérapies de choc libérales ces pays. Le bilan de la restauration du capitalisme est manifestement un bilan globalement négatif. Ce n’est pas le PCF qui a rompu le Front de gauche ; c’est Jean-Luc Mélenchon. Il a lancé le mouvement pour une 6ème république. Il a essayé de casser la Gauche Unitaire, qui a fini par adhéré au PCF en 2015 car ce parti respectait le Front de gauche, et la FASE, qui est devenu Ensemble, qui s’est elle-même divisée comme organisation en Ensemble et Ensemble insoumise, devenu la GES. Cette dernière est aujourd’hui divisée. Henrik Davi est GES-L’Après, Marianne Maximimi est GES-RESI (LFI). Pierre Laurent à la suite de Marie-Georges Buffet a voulu sauver le Front de gauche. Il a été tué définitivement, tout le monde le sait, par la création fin 2016 de la France Insoumise au nom d’une orientation populiste pour la candidature de Mélenchon en 2017. Ce dernier a d’ailleurs quasiment dévitalisé le PG à partir de cette date. Ce parti n’a plus d’association de financement propre. Le POI l’a remplacé comme colonne vertébral. Le front de gauche était un pôle de radicalité qui devait incarné un front de classe pour dépasser le pôle réformiste (PS et EELV). Depuis 2022, Jean-Luc Mélenchon, ayant déjà fait une inflexion en 2019 en choisissant Manon Aubry au lieu de Charlotte Girard, joue la tactique de l’union privilégiée avec les réformistes. C’est un bon coup tactique. Mais, c’est une stratégie suicidaire qui renforce le RN comme opposant. Il a tourné le dos à une perspective révolutionnaire et socialiste.
Et la question est donc peut-être moins de savoir si le PCF a « changé » que de savoir ce que nous faisons de ces évolutions. Car le véritable enjeu n’est pas de moderniser indéfiniment l’image du Parti : c’est de reconstruire une force sociale organisée capable de transformer les rapports de production et de propriété. C’est là que je diverge avec ton retour au Front de gauche. Il a été une expérience utile à un moment donné, mais il n’a pas permis de reconstruire durablement une force radicale autonome dans le monde du travail et des courants réformistes. La dynamique a finalement davantage profité à Mélenchon qu’à la reconstruction du PCF. Et je pense qu’il faut regarder cette question à partir du rapport de forces capital/travail. L’affaiblissement du PCF n’est pas seulement un problème électoral pour les communistes, voire pour les démocrates progressistes : c’est aussi l’affaiblissement historique d’une organisation qui avait contribué à structurer politiquement et culturellement une partie importante du monde du travail. Dans un rapport de forces déjà très défavorable au salariat, cela a des conséquences pour toute la société.
C’est aussi pourquoi je me méfie de l’idée selon laquelle le populisme constituerait une réponse suffisante. Il peut exprimer une colère populaire parfaitement légitime, mais il risque de transformer une contradiction de classe (celle entre ceux qui produisent et ceux qui possèdent et décident), en une opposition plus floue entre « le peuple » et « les élites ». Il mobilise, mais ne construit pas nécessairement la puissance collective permettant de conquérir durablement les pouvoirs économiques. L’identification de Jean-Luc Mélenchon comme islamo-gauchiste a été un jeu avec l’extrême centre gouvernemental. Les deux jouant une polarisation, comme pour le 7 octobre 2023 par des hyperboles. Mais, in fine, cela profite surtout au rassemblement national. Il faut avoir le courage d’ouvrir les yeux et de pointer ce sujet.
À mes yeux, le défi du PCF aujourd’hui est donc précisément de sortir de cette alternative entre un réformisme gestionnaire qui accepte les contraintes du capital et un radicalisme protestataire qui les dénonce sans toujours construire les moyens sociaux de les dépasser. En effet, le « communisme de conquêtes » cherche une autre voie : reconstruire la conscience de classe, organiser le monde du travail, conquérir des pouvoirs sur le crédit, la production, la propriété, les services publics et la planification, et articuler cette force de classe à un rassemblement populaire beaucoup plus large. Ce n’est ni un retour au passé, ni un refus des transformations de la société. C’est au contraire essayer de répondre à une question très actuelle : comment faire en sorte que la colère et les aspirations populaires deviennent une force organisée capable de transformer réellement la société ? C’est sur ce terrain que je crois que nous devons poursuivre fraternellement le débat.
Je suis revenu au PCF en 2002 en réaction à la présence de Lepen au 2e tour. J’y suis encore. Mais force est de constater que le PCF parti de 20% avant 81 et y restant à peu près a brusquement chuté à 9% 10% à partir de 84 puis a moins de 4% en 2002 et n’a pas dépassé3% àaucun type d’élection depuis . Et la gauche n’a pu gagner avec des réformes significatives que par la reunio6 des deux gauches soit disant irreconciliables du moins quand la gauche social-democrate l’était redevenue au vrai sens du terme et non plus soocial libérale. Et 1981 allait beaucoup plus loin que le programme qualifié d’ irréaliste de la LFI
Cher Gramsci,
Puisque tu as choisi ce nom, permets moi de te répondre sur un terrain qui devrait justement nous être commun : celui de Gramsci. Je comprends ton raisonnement sur l’union des deux gauches et je partage l’idée qu’une gauche capable de gouverner et de transformer doit être suffisamment large.
Mais je crois que la question gramscienne est précisément de savoir qui construit cette unité, autour de quel projet et à partir de quel rapport de forces social. C’est là que je vois une différence assez profonde entre la démarche que le PCF cherche aujourd’hui à reconstruire et la démarche populiste de LFI. Chez Gramsci, la conquête du pouvoir ne consiste pas seulement à conquérir l’État. Il faut construire une hégémonie : une force sociale organisée, capable de mener la bataille des idées, de gagner des alliances, de s’enraciner dans la société civile et de transformer progressivement le rapport de forces jusqu’à devenir capable de diriger la société.
Autrement dit, le « peuple » ne préexiste pas politiquement à cette construction. Il se constitue autour d’un projet, d’une classe capable de devenir force dirigeante et d’un bloc social et culturel susceptible de porter cette transformation. C’est pourquoi je trouve intéressante l’évolution actuelle du PCF. Le « communisme de conquêtes » adopté en juillet 2026, après un processus interne de réflexion qui a débuté comme LFI principalement fin 2016, ne consiste pas seulement à avoir un meilleur programme électoral. Il cherche à reconstruire surtout une organisation dans les entreprises, les territoires et les lieux de vie, à développer la conscience de classe, à conquérir des pouvoirs économiques, à mener la bataille culturelle et à construire un rassemblement populaire à partir de cette force organisée.
Cela me paraît finalement beaucoup plus proche d’une démarche gramscienne que la logique populiste.
Le populisme peut partir d’une colère populaire réelle et construire une opposition efficace entre « le peuple » et « les élites ». Il peut donc produire une dynamique électorale puissante. Mais il tend à substituer à la structuration de la contradiction capital/travail une opposition plus générale entre un peuple et ses adversaires, avec le risque que la construction politique se concentre davantage autour d’une direction et d’une polarisation électorale que dans l’organisation autonome et durable des forces sociales. Ce n’est pas une condamnation de LFI : c’est une différence stratégique.
Et je crois que cela permet aussi de relire notre débat sur le Front de gauche. Une alliance électorale peut être utile. Mais dans une perspective gramscienne, elle ne peut pas être le point d’arrivée. Il faut construire la force sociale et culturelle capable de rendre cette alliance transformatrice. C’est pourquoi je ne crois pas qu’il faille opposer « classe » et « rassemblement ». Il faut partir de la classe pour construire le rassemblement. Le front de classe des travailleurs n’est pas l’alternative au rassemblement populaire : il en constitue le socle et peut lui donner une direction transformatrice. Et c’est peut-être là que notre débat rejoint finalement ton propre pseudo : si nous voulons réellement construire une hégémonie nouvelle face au capital, nous avons besoin d’autre chose que d’une addition de forces électorales. Nous avons besoin d’une classe qui retrouve conscience d’elle-même, s’organise, produit ses propres intellectuels, ses propres représentations du monde et conquiert progressivement les pouvoirs nécessaires pour transformer la société. C’est précisément ce que je vois aujourd’hui comme l’enjeu du renouveau communiste.
Fraternellement.
Ainsi la gauche peut avoir une aile radicale. Alors la droite peut en avoir une également. A tant faire que de regarder les radicaux de tous bords comme des partenaires acceptables, il serait étonnant que le bloc central n’ait pas les siens.
Toutes les alliances étant possibles, et comme on ne saurait interdire à autrui ce qu’on se permet à soi, on en revient au clivage gauche/droite, ce qui est encore le schéma le plus sain dans une démocratie.
Une nouvelle trahison de la classe ouvrière ! Point !
Quelle trahison ? Les partis représentent des courants de pensée, non des classes sociales. Par ailleurs les citoyens qu’on peut ranger, au titre d’une analyse sociologique, dans la classe ouvrière votent très majoritairement RN.
Cher Renaud, Bernard,
C’est précisément là que nous divergeons sur l’analyse de classe. Cela n’est pas étonnant vu vos commentaires. Dire que « les partis représentent des courants de pensée, non des classes sociales » revient à dissocier artificiellement les idées des rapports sociaux qui les produisent et les structurent.
Je vous invite à lire les Principes élémentaires de philosophie de Georges Politzer ainsi que son ouvrage Révolution et contre-révolution au XXe siècle, un texte de résistance clandestin écrit entre décembre 1940 et janvier 1941.
Évidemment, un parti n’est pas une classe.
Mais les partis ne flottent pas au-dessus de la société : ils expriment des intérêts sociaux et des rapports de forces de classe, de manière plus ou moins consciente, contradictoire et médiatisée. C’est justement l’un des apports fondamentaux du marxisme que de ne pas réduire la politique à la seule sociologie électoraliste des sondeurs ou au populisme de la philosophe Chantal Mouffe qui inspire le populisme de gauche de Jean-Luc Mélenchon qui naît d’une recherche de renouveau de la pensée social-démocrate, quand d’autres vont inventer la “troisième voie” sociale-libérale (Valls, Hollande, Macron, Attal etc.)
Que des ouvriers votent majoritairement RN ne signifie donc nullement que la classe ouvrière aurait disparu ou que le RN serait devenu un parti ouvrier.
Cela signifie que l’appartenance objective à une classe ne produit pas mécaniquement une conscience de classe. Marx l’avait déjà montré : une classe « en soi » ne devient pas spontanément une classe « pour soi ». La question intéressante est donc plutôt : pourquoi une partie du monde du travail, pourtant confrontée à l’exploitation, à la précarité et à la domination du capital, se reconnaît-elle dans une réponse nationale, identitaire ou autoritaire qui ne remet pas fondamentalement en cause les rapports de propriété capitalistes ? Marx avait déjà identifié l’idéologie comme un outil de domination qui sert à masquer la réalité des rapports de force économiques et à maintenir le pouvoir de la classe dirigeante. Marx définit l’idéologie comme une « fausse conscience » ou un ensemble d’idées fausses qu’une société se fait d’elle-même. Vos textes que je pense sincère sont donc bien empreint d’idéologie.
C’est justement là que la bataille idéologique et l’organisation deviennent décisives. Le fait qu’un ouvrier vote RN ne fait pas disparaître la contradiction capital/travail ; il montre que nous avons perdu une partie de la capacité à donner à cette contradiction une traduction politique de classe. Et c’est pourquoi je me méfie également de l’idée selon laquelle toutes les « radicalités » se vaudraient et c’est ma différence de fond avec le camarade insoumis Lionel Mutzenberg. Une radicalité qui cherche à transformer les rapports de propriété, le pouvoir sur l’entreprise, le crédit et l’utilisation de la richesse sociale n’est pas de même nature qu’une radicalité nationaliste du RN ou populiste de LFI qui prétend protéger le peuple sans remise en cause la domination du capital.
Le clivage gauche/droite reste une réalité politique, mais il ne suffit pas à analyser la structure de la société. Notre boussole demeure le rapport capital/travail et, aujourd’hui, la capacité du monde du travail à reconquérir des pouvoirs économiques et politiques. C’est précisément le sens d’un communisme de conquêtes de Roussel : ne pas considérer les classes populaires comme une simple clientèle électorale, mais reconstruire un parti de classe capable de les rassembler, de leur permettre de comprendre leurs intérêts communs et de transformer leur puissance sociale en pouvoir politique.
Le vote populaire au RN n’est donc pas la preuve de la disparition de la classe ouvrière. C’est plutôt le symptôme de sa désorganisation politique et de la bataille idéologique que nous avons à mener.
La victoire de la social-démocratie (ou de la gauche non communiste) avec ses adjuvants trotskistes et néo trotskisants sont une phase ouverte en 1981 qu’il faut refermer en reconstruisant le PCF et un front de classe pour envisager une démocratie avancée et de nouvelles institutions matérielles démocratiques.
@Lafleur. Changer de régime ? Pour un autre reposant sur quelle bases ? La prééminence d’un parti inscrite dans la constitution au motif que ce parti est lui-même d’obédience marxiste ou la liberté et l’égalité de tous les partis ? Dans le premier cas nous entrerions dans une dictature. Dans le second nous aurions le même régime que l’existant.
[Renaud Bernard le 12 septembre 2026 à 10:02
@Lafleur. Changer de régime ? Pour un autre reposant sur quelle bases ? La prééminence d’un parti inscrite dans la constitution au motif que ce parti est lui-même d’obédience marxiste ou la liberté et l’égalité de tous les partis ? Dans le premier cas nous entrerions dans une dictature. Dans le second nous aurions le même régime que l’existant.]
Cher Renaud Bernard,
Tu poses encore de manière binaire une alternative qui n’est pas celle du PCF : soit la prééminence constitutionnelle d’un parti communiste, soit le régime parlementaire existant avec le pluralisme des partis. Or le PCF ne propose ni l’un ni l’autre. Désolé. Il faut sortir des préjugés inculqués par la bourgeoisie.
Comme tu es courageux de venir sur Regards, je me permets de te répondre avec fraternellement comme tu es un citoyen de notre république : Liberté, Egalité et Fraternité pour toutes et tous a déclaré Maximilien de Robespierre.
Alors, depuis le XXIIe Congrès de 1976, le PCF a précisément abandonné la notion de « dictature du prolétariat » (qui n’est pas la caricature que tu en fais, mais passons car il s’agit d’une démocratie plus poussée que la démocratie libérale bourgeoise) et placé la démocratie et les libertés au cœur de sa démarche. La « démocratie avancée » était conçue comme une étape de conquêtes démocratiques ouvrant la voie au socialisme, et non comme l’instauration d’un régime de parti unique. Le PCF a depuis approfondi cette conception, jusqu’à faire de la démocratie un moyen et un but de la transformation sociale.
Le 40e Congrès du PCF ne propose d’ailleurs pas autre chose : « conquérir le pouvoir » pour reconstruire la France et la République, sortir du capitalisme et s’engager vers une société démocratique mettant l’être humain et la planète au cœur de ses priorités, vers le communisme.
Il faut donc distinguer la prééminence d’un parti sur l’État de la capacité d’un parti communiste à porter démocratiquement une transformation de la société.
Il existe d’ailleurs un exemple historique qui devrait nous empêcher de réduire le débat à ton alternative « parti dirigeant inscrit dans la Constitution ou régime existant » : l’expérience communiste en Inde, notamment au Kerala. En 1957, le Parti communiste d’Inde remporte les élections au Kerala et forme le premier gouvernement communiste élu démocratiquement dans un État indien. Il ne supprime ni le pluralisme, ni les autres partis, ni les élections. Il gouverne dans le cadre constitutionnel indien. Et ce n’est pas une expérience marginale ou anecdotique : le CPI a dirigé le gouvernement du Bengale occidental sans interruption de 1977 à 2011 et dirigeait encore le gouvernement du Kerala avant les élections de 2026. Voilà précisément pourquoi ton alternative ne tient pas. Un parti communiste peut vouloir conquérir le pouvoir pour transformer les rapports sociaux sans instaurer pour autant un régime de parti unique. La question devient alors celle du rapport de forces, de l’hégémonie, des alliances, des institutions et des pouvoirs nouveaux conquis par les travailleurs et les citoyens. C’est d’ailleurs beaucoup plus proche de Gramsci que d’une conception du Parti comme appareil appelé à se substituer à la souveraineté populaire : conquérir une hégémonie, construire une volonté collective et transformer les rapports de forces dans la société. Le PCF ne propose donc pas « la dictature du PCF ». Il propose une transformation démocratique de la République et des rapports de pouvoir. Et l’expérience indienne montre qu’il n’y a rien de contradictoire à ce qu’un parti communiste conquière démocratiquement des responsabilités gouvernementales, gouverne avec d’autres forces et accepte ensuite de retourner dans l’opposition. De même, le Népal a connu plusieurs gouvernements dirigés par le parti communiste ; et au Sri Lanka, le PC local (JVP/NPP) a remporté la présidence puis 159 des 225 sièges aux législatives de 2024. Aucun de ces exemples ne repose sur l’inscription constitutionnelle d’un droit permanent du parti communiste à gouverner. Et les communistes peuvent perdre les élections et retourner dans l’opposition.
Fabien Roussel, par sa candidature propose une République plus fraternelle et une planification démocratique. Il ne propose donc pas de supprimer le pluralisme politique ni d’inscrire le PCF comme parti constitutionnellement dirigeant. Il propose de conquérir démocratiquement une majorité populaire et de transformer les institutions et les rapports de pouvoir afin que cette majorité puisse réellement peser sur les choix économiques et sociaux.
C’est là que Antonio Gramsci et Nicoas Poulantzas sont beaucoup plus utiles, si tu acceptes de reconsidérer les schémas manichéens et donc l’opposition caricaturale que tu proposes. A ta décharge, la propagande est forte ; il n’y a qu’à voir les mensonges des sociaux-démocrates et des trotskistes d’où une gauche française populiste et petite bourgeoise. Gramsci a pensé la conquête de l’hégémonie comme une construction d’une volonté collective et d’un rapport de forces dans la société civile ; Poulantzas a pensé l’État comme une « condensation matérielle d’un rapport de forces entre les classes et les fractions de classe ». L’État n’est donc plus la forteresse que le Parti s’approprierait pour imposer sa volonté : il est un terrain de luttes et de transformations.
C’est d’ailleurs très exactement dans cette direction que travaille aujourd’hui le PCF : nouveaux pouvoirs démocratiques pour les salariés et les citoyens, pouvoir sur l’argent, nationalisations d’un nouveau type, institutions démocratiques de planification, droits décisionnels des travailleurs dans l’entreprise.
L’expérience de la Libération est ici éclairante. En 1945-1947, le PCF a participé, dans le cadre républicain et pluraliste de l’époque, à la conquête et à la mise en œuvre de mesures qui ont profondément transformé les rapports sociaux : Sécurité sociale, nationalisations de secteurs stratégiques, comités d’entreprise, statut de la fonction publique, planification et reconstruction. Ce n’était pas une « dictature communiste » : c’était précisément une utilisation du rapport de forces politique issu de la Résistance et de la Libération pour socialiser une partie des instruments essentiels de l’économie au bénéfice de la collectivité.
C’est dans cette tradition que je comprends la proposition actuelle : arracher progressivement au capital des pouvoirs sur l’argent, la production, l’investissement, l’emploi et les grandes orientations économiques, tout en élargissant les pouvoirs démocratiques des citoyens et des travailleurs.
La question n’est donc pas : « Parti unique ou régime existant ? » Elle est : peut-on transformer démocratiquement les institutions et les rapports de propriété afin que la souveraineté populaire ne s’arrête pas à la porte de l’entreprise, de la banque ou des marchés financiers ?
Et c’est justement là que la dénonciation de la « dictature de la bourgeoisie » prend son sens chez Fabien Roussel : elle ne signifie pas que nous voulons remplacer le pluralisme par une dictature communiste. Elle signifie que la démocratie politique reste limitée tant que des pouvoirs économiques considérables demeurent soustraits à la décision collective. Je préfère donc mille fois que le PCF conquière démocratiquement le pouvoir et engage cette transformation plutôt que de laisser le capital concentrer toujours davantage le pouvoir politique et économique, jusqu’à ce que la crise de la démocratie ouvre la voie à l’extrême droite ou à une forme autoritaire du capitalisme.
C’est d’ailleurs la véritable urgence : ne pas attendre que la bourgeoisie, confrontée à une crise de son hégémonie, choisisse elle-même les formes autoritaires permettant de préserver son pouvoir.
Le communisme que nous défendons n’est pas la suppression de la démocratie, bien au contraire : c’est la conquête de pouvoirs démocratiques nouveaux pour que ceux qui produisent puissent enfin décider davantage de ce qu’ils produisent, de la manière dont ils le produisent et de l’usage collectif des richesses. C’est le sens du « communisme de conquêtes » porté par le 40e Congrès.
Et là nous divergeons de Jean-Luc Mélenchon. Il laisse entendre que le macronisme pourrait utiliser l’article 16 de la Constitution : soit la dictature légale. Il laisse aussi entendre l’utiliser en France. Mais, cela n’apporte rien sur l’enjeu de la BCE si elle ne veut pas déroger à ses règles. Son discours était lunaire. Par contre, le PCF, dans le cadre des libertés publiques démocratiques garanties constitutionnellement, appelle à la mobilisation pour nos conquis et des droits sociaux. Le PCF propose un programme complet et crédible parlant par exemple du droit à la transmission des patrimoines populaires distinct de la spéculation et des opérations financières qui doivent elles aussi contribuer par des cotisations à notre sécurité sociale au même titre que la production.
Mais heureusement la gauche est à ce jour disqualifiée et c’est heureux. Car après l’ère macron, l’ère Hollande, l’ère Sarkozy, on a besoin (je pense) d’un retour à la vraie vie.
Ben si, a écouter les représentants de la fausse gauche, Jean Luc Mélenchon est bien seul en tête, avec toute la vraie gauche, il est vrai.
Mais bon, à quelques mois de l’élection présidentielle nous allons en entendre des retours à des, » Plus à gauche que moi tu meurs ! » qui seront vite oublié dès l’élection passée, quarante années de références.
Je pense que les français, eux, n’ont rien oublié, surtout pas cette décision de nos ex socialistes de laisser le gouvernement Lecornu en place, et le vote, par lâcheté, des budgets Macron.
Et cette association avec Raphaël Glucksmann, dont on sait aujourd’hui d’où il vient ; dites ce ne serait pas un piège pour faire croire aux électeurs et électrices que, Olivier Faure serait de gauche, comme Marine Le Pen s’est servit de Zemmour et aujourd’hui, Bardella, pour faire croire à sa dédiabolisation ?
Le socialisme rose est mort….sauf pour l’électorat de droite, l’extrème centre s’est enfin dévoilé, tiens ça c’est marrant, enfin si j’ose dire, certainement pas pour les classes populaires et moyennes !
Je n’écoute plus ces branquignoles de la politique au service de leurs propres carrière.
Je trouve que vous évacuez un peu rapidement Hollande de l’échiquier.
D’accord Glucksman a poussé son premier pion et déclaré sa candidature, OK l’ensemble des médias aimerait beaucoup que le jeu en soit plié en même temps que Mélenchon, mais pour autant rien n’est fait.
Tout d’abord, rien ne dit que l’élection censitaire dite de primaire de la gauche non mélenchoniste du cercle de la raison et de gouvernement réunie mette Glucksman en tête, ou suffisamment pour que sa désignation soit indiscutable.
Ensuite, rien ne dit que sa candidature aille au bout, on a déjà vu des candidatures débranchées une fois déclarée, parce que ouvertement trop catastrophique. Avec R Glucksman, rien n’est à exclure de ce coté là.
C’est d’ailleurs le calcul de cette boule de vice de Hollande qui n’est fort que par la faiblesse des autres. Cela fait des semaines qu’il travaille le PS pour s’imposer et il fera tout, lui et ses sbires, pour exploiter la moindre des faiblesses de Glucksman et le dégager. N’oubliez pas que le PS ne se tient jamais pour prisonnier de sa parole et des règles qu’il édicte. Et Hollande en a été longtemps le N°1.
Je ne serai pas plus étonné que cela si un bon gros dossier sortait sur Glucksman opportunément après son éventuelle victoire à la primaire. Au hasard, sur la Géorgie.
Le PS est un nid de vipère au sein duquel Glucksman est une toute petite couleuvre, bien inoffensive. Perso, je mets un (petit) billet sur la victoire de Hollande dans ce matche au sommet.
François Hollande, dont la candidate en 2022 à recueilli 1.75% des suffrages exprimés, après le naufrage de Benoit Hamon en 2017 ? François Hollande, qui a soutenu la candidature de Raphaël Glucksmann lors des élection européennes de 2024, arrivé en tête de la fausse gauche grâce aux voix de la droite, et des défroqués du PS ? François Hollande qui a porté à 43 années de travail le droit à la retraite, fait reculer le droit du travail, envoyé la police contre les manifestants, financé les plus riches, et violé ses engagements électoraux envers les électeurs et électrices qui l’avaient élu ?
François Hollande qui a fait élire Emmanuel Macron en 2017, réélire en 2022, champion de la fausse gauche aujourd’hui ?
Dites, pour faire quoi, François Hollande ? Faire perdre la gauche en 2027, en récompense de sa prise en charge, tout frais compris, par les français, jusqu’au jour de sa disparition.
Dites, vous n’avez pas une très grande confiance en la conscience de vos compatriotes ; Des veaux, des moutons, et aujourd’hui, des c…. !
Triste Tricot, incorrigible sponsor du PS néolibéral, l’usine à perdre !
Après la déconvenue de 2002 avec toutefois une gauche à 42% et un PCF à moind de 4% le PCF n’a jamais dépassé 3% à aucune élection malgré la tentative d’un pôle anticapitaliste coulé par le sectarisme trotzkiste puis le Front de gauche qui n’a jamais complètement décollé. Il nous reste un PCF réduit à rien mais avec un programme solide et la LFI pari réussi de Melenchon. Malgré tout ce que l’on peut lui reprocher si comme moi l’on est au PCF (,son mépris et même ses insultes et son sectarisme souvent, sans parler de son tropisme antinucleaire) il est la seule chance d,’une présence véritablement de gauche au 2eme tour . Avec Glucksman c’est les fusées sur Moscou. Avec Hollande ou Glucksman le triomphe du social liberalisme
Cher Gramsci,
Je comprends ton raisonnement, et je partage évidemment l’inquiétude devant Glucksmann, Hollande ou toute nouvelle version du social-libéralisme, comme devant une politique européenne qui enfermerait encore davantage nos choix. Mais justement, si nous voulons être gramsciens, il faut distinguer hégémonie et performance électorale.
Dire que Mélenchon est aujourd’hui la « seule chance » d’être au second tour, c’est raisonner à partir du rapport de forces électoral existant. Construire une force capable de transformer la société, c’est chercher à modifier ce rapport de forces lui-même.
Et c’est là que je ne partage pas ton diagnostic : le PCF n’est pas « réduit à rien ». Il est affaibli électoralement, incontestablement, mais il conserve une implantation militante, des élus, une histoire, une capacité d’organisation et surtout désormais un projet solide qui cherche précisément à reconstruire une force de classe.
LFI a réussi son pari électoral et Mélenchon a construit une formidable dynamique de mobilisation. En quittant le PS, il ne pouvait le faire sans le PCF. Mais la question reste entière : qui organise durablement le monde du travail, qui reconstruit sa conscience de classe, qui conquiert les pouvoirs sur la production, le crédit et la propriété ?
C’est là que je vois la différence entre le populisme et une stratégie gramscienne : le premier cherche à agréger le « peuple » pour conquérir le pouvoir ; la seconde cherche à construire une force sociale capable de devenir hégémonique et de transformer durablement les rapports sociaux. Alors oui, ne soyons ni sectaires ni naïfs : discutons, rassemblons quand c’est nécessaire, combattons le social-libéralisme et l’extrême droite. Mais ne transformons pas le vote utile en horizon stratégique.
Antonio Gramsci nous apprend justement que l’hégémonie ne se demande pas : elle se construit.
Fraternellement.
Merci a Lafleur de nous expliquer comment le PCF va rattraper Lfi avant avril 2027.
Sinon en cas d’échec a quoi aura servi la candidature Roussel ?
Perso Tondelier, Roussel, Gluglu ne sont que des leurres qui se rejoindront dans la candidature unitaire de la goche :
Hollande !
Cher Toto,
Tu poses le problème à l’envers : « comment le PCF va-t-il rattraper LFI avant avril 2027 ? » Comme si le rapport de forces actuel était donné par les sondages, alors qu’il se transforme par l’action politique, sociale, militante… et aussi électorale.
Fabien Roussel a fait un discours de clôture du 40ème Congrès. Il a aussi fait un discours de clôture à l’université d’été. Il a présenté un rapport politique. Il a déclaré sa candidature mettant en avant le droit de VIVRE ! Au centre, nous avons le plan climat empreinte 2050 : https://ecologie.pcf.fr/plan-climat/
Le PCF est bien plus radical que LFI. Il est normal que la bourgeoisie soutiennent LFI par des sondages et que l’extrême droite polarise pour être certaine de gagner en s’assurant que Jean-Luc Mélenchon est incapable d’avoir un rassemblement populaire au 2ème tour et donc bénéficier d’un front républicain. En effet, vous êtes parti, si vous liquidez avec vos amis bourgeois les communistes, à devoir tendre la main à la bourgeoisie contre une partie du peuple révolté par Macron. Vous escomptez sur le soutien de Neuilly-sur-Seine, du Touquet et de La Baule contre le RN. Vous serez donc captifs comme Mitterrand en 1988.
Une candidature communiste ne se réduit donc pas à son score : elle doit servir à reconstruire une force de classe dans les entreprises et les territoires, politiser les luttes, recruter, former et conquérir des pouvoirs sur le crédit, l’industrie, l’énergie, les services publics et la production.
Quant à ton scénario Roussel-Tondelier-Glucksmann, « leurres » destinés à finir derrière Hollande : c’est une hypothèse, pas une analyse. Sur quels faits fondes-tu cette certitude ?
Ne confondons donc pas la photographie électorale de septembre 2026 avec le rapport de forces qui sera celui d’avril 2027. Faire du vote utile une stratégie en soi, c’est renoncer à construire le rapport de forces que nous prétendons vouloir changer. Le crétinisme électoral sera un naufrage pour les insoumis.
Fraternellement.
« Antonio Gramsci nous apprend justement que l’hégémonie ne se demande pas : elle se construit. »
Ok et le bilan du PCF de 2022, vous avez construit quoi ?
Une alternative à LO qui se réveille tous les 5 ans !
Fraternellement !
Cher Toto,
« Une alternative à LO qui se réveille tous les cinq ans » ? C’est surtout invisibiliser intentionnellement et malhonnêtement ce qui a été construit depuis 2022.
2022 : Après la présidentielle, le PCF ne disparaît pas. Il engage les batailles sur les salaires, sur l’indexation, donc le pouvoir d’achat, l’énergie (à la pompe celui qui tient le pistolet est braqué), l’emploi, les retraites et les services publics, tout en travaillant à la reconstruction de son projet et de son organisation. I.e. : Le handicap fait déjà partie du projet des « Jours heureux ». Un volet spécifique « Dépendance et handicap » dans la campagne présidentielle de Fabien Roussel existait. Il s’inscrivait dans la volonté de faire du handicap une question de droits et de solidarité, et pas seulement de compensation individuelle.
2023 : Le 39e Congrès continue le réarmement du projet de socialisme à la française du PCF. Il publie le Plan climat Empreinte 2050 par Amar Bellal et la commission écologie et le projet de sécurité de l’emploi et de la formation par Frédéric Boccara et la commission économique du PCF. Et une bataille majeure contre la réforme des retraites. La gauche a malheureusement perdu cette bataille institutionnelle : il faut l’assumer et en tirer les leçons. L’article 7 n’a pas pu être discuté : Jean-Luc Mélenchon a tordu le bras aux syndicats et a permis à Macron, maître des horloges, de passer son texte sans vote à l’AN. Mais un Parti communiste ne mesure pas son activité au seul résultat d’une bataille. Par exemple, sur le handicap, le travail se poursuit au sein de la commission des droits des personnes handicapées. Une note du 1er novembre 2023 porte notamment sur la précarisation des travailleurs handicapés.
2024 : Les propositions deviennent aussi des conquêtes parlementaires : rejet du CETA au Sénat, proposition de loi communiste sur la prise en charge du cancer du sein, finalement adoptée par l’Assemblée puis le Sénat et devenue loi. Seul le PCF a pu faire aboutir un texte. Batailles pour les services publics, l’énergie et l’industrie. En Palestine, travail avec l’OLP et solidarité concrète, notamment avec les initiatives venues des collectivités communistes. Toujours sur le handicap, pour fil conducteur de l’action concrète du PCF, il a continué à travailler sur l’accessibilité, l’emploi, les droits sociaux et l’égalité réelle. Ainsi, il a contribué à alimenter politiquement les Assises du handicap du 10 octobre 2024 à l’initiative de la CGT, dans un contexte de mobilisation du salariat.
2025 : Nouvelle étape avec la commission d’enquête sur les 211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises, qui permet de déplacer la question : que fait-on de l’argent public, quelles contreparties, quel contrôle, quels pouvoirs pour les salariés ? Bataille pour l’abrogation de la réforme des retraites, proposition de nationalisation d’ArcelorMittal, combat pour la reconnaissance de l’État palestinien. Et lancement national de la campagne « Un million d’oliviers pour la paix », avec les organisations palestiniennes. Le PCF organise le 11 février 2025, au siège du Parti, une initiative consacrée aux 20 ans de la loi handicap de 2005. Le PCF fait son bilan et présente des propositions pour « l’égalité réelle des personnes en situation de handicap ». C’est dans cette période que le CN du PCF a adopté un livret Égalité/Handicap, prouvant que le sujet est intégré au travail du Parti et pas seulement traité ponctuellement.
2026 : le travail continue : proposition de Julien Brugerolles sur les retraites agricoles adoptée par l’Assemblée, bataille pour les bourses étudiantes, poursuite de la campagne des oliviers avec des milliers d’arbres financés et une délégation communiste en Palestine. Et surtout, le 40e Congrès affirme une orientation : « Un communisme de conquêtes », qui vise à donner au monde du travail des pouvoirs réels sur les choix économiques, sociaux et politiques. Publication des cahiers thématiques des Jours heureux – Mobilités. Le travail est donc prolongé dans la préparation des municipales avec des propositions pour l’égalité réelle des personnes handicapées dans toutes les communes de France. Le handicap devient ainsi un axe de l’action municipale communiste : accessibilité, petite enfance, école, logement, services publics, emploi, participation à la vie citoyenne, etc.
J’oublie évidemment certaines productions. Excuse moi. Et il faudrait ajouter ce que font quotidiennement les élus communistes dans les régions, départements et municipalités : régies publiques de l’eau, défense et développement des services publics, logement, petite enfance, restauration scolaire, transports, terres agricoles, culture… C’est aussi là que se construit concrètement une autre conception du pouvoir.
Tout cela ne signifie évidemment pas que nous avons tout réussi. Le parti communiste doit aussi analyser ses défaites et ses insuffisances. Au 40ème Congrès, le principe d’un bilan porté par le texte alternatif stratégie communiste a été adopté en amendement et il apparaît donc dans l’orientation finale communisme de conquête. Par conséquent, dire qu’elle n’a rien construit depuis 2022, c’est réduire la politique à un score présidentiel et à la médiacratie.
Et justement, Gramsci n’est pas un populiste : c’est un communiste. L’hégémonie ne se gagne pas en attendant que les sondages désignent le candidat providentiel. Elle se construit dans la société, dans les luttes, dans l’organisation, dans la bataille des idées et dans les conquêtes concrètes.
Nous ne cherchons donc pas à additionner un « peuple » autour d’une personnalité.
Nous voulons construire un front de classe à partir du Travail et de la dignité humaine, capable de créer les conditions d’un rassemblement populaire majoritaire, de combattre le processus de fascisation et d’ouvrir la voie à des réformes structurelles et à des transformations sociales et institutionnelles.
C’est plus difficile qu’une campagne présidentielle. Mais c’est justement cela : construire.
Fraternellement.
Les critiques du PS , du PC , des Ecologistes contre LFI sont insupportables parce qu’elles excluent LFI de la gauche.
Celles de Poutou sont recevables parce qu’il est pour l’union avec LFI et contrairement au PS , pour lui l’objectif principal c’est clairement de battre le RN.
A quel moment les écologistes ont-ils « exclu LFI de la gauche » ? Les écologistes défendent l’union à gauche, sans faiblir. De plus ils ont une petite antériorité sur la problématique écologique et son ancrage à gauche. Le programme annonce lui aussi sa position anti-capitaliste, mais encore faut-il prendre le temps de le lire plutôt que de répéter inlassablement les mêmes contre-vérités (https://lesecologistes.fr/document/3N4JsAEmq6vsx42IITGNZa/vdef-programme-1.pdf).
La coalition de gauche est la seule façon d’éviter le pire. A titre personnel, je ne crois pas vraiment que les états-majors des partis puissent faire cette coalition sauf s’ils y sont contraints et forcés par nous toutes et tous.
Cher Dominique,
Oui, il faut lire le programme des Écologistes avant de le critiquer. C’est pourquoi, j’ai pris le temps d’en prendre connaissance avant de te répondre et nourrir fraternellement le débat en confrontant nos projets réciproques. Votre programme contient de vraies propositions de rupture écologique, de planification, de relocalisation et de transformation économique. Un réformiste radical et compréhensif en matière d’écologie. Mais précisément : comparons les projets, chiffres à l’appui, car la question n’est pas de savoir qui serait « le plus écologique ». Elle est de savoir quelle transition nous voulons et quels rapports sociaux elle produit.
La divergence est particulièrement nette sur l’énergie. Les Écologistes font de la sobriété un axe central et visent notamment une baisse de 30 % de la consommation finale d’électricité à l’horizon 2030, donc lors du prochain quinquennat. Pour y arriver, vous défendez, et pas seul avec la LFI qui a beaucoup de points en commun avec votre programme d’où l’élan de Sandrine Rousseau pour Mélenchon, une sortie du nucléaire et un système fondé sur renouvelables, efficacité, stockage et sobriété.
Le PCF part d’un autre raisonnement. Empreinte 2050 (https://ecologie.pcf.fr/plan-climat/) estime que la consommation électrique pourrait atteindre environ 970 TWh en 2050, contre 468 TWh en 2021 : plus du double. Pourquoi ? Parce qu’il faut électrifier massivement les transports, le chauffage, l’industrie et l’hydrogène tout en sortant complètement du pétrole et du gaz. Le plan prévoit simultanément une suppression des gaspillages et une hausse considérable de la production d’électricité décarbonée : nucléaire et renouvelables, avec notamment 20 EPR2, 12 SMR, 178 GW de solaire, 53 GW d’éolien terrestre et 33 GW d’éolien maritime à l’horizon 2050.
La différence est donc loin d’être simplement technologique. Elle est sociale.
Une transition principalement organisée autour de la baisse de la demande et du signal-prix ne produit pas les mêmes effets pour un ménage urbain disposant d’un revenu confortable et d’alternatives de transport que pour un ouvrier rural qui doit parcourir 40 kilomètres pour travailler, un petit agriculteur ou un ménage vivant dans une maison mal isolée. Le prix peut être une incitation pour les uns et une contrainte insupportable pour les autres.
Le choix communiste est donc différent du votre qui est respectable comme projet réformiste : ne pas demander d’abord aux classes populaires de consommer moins, mais transformer les conditions matérielles qui les contraignent à consommer ainsi. D’où 700 000 rénovations thermiques de logements par an, le développement massif du ferroviaire et des transports collectifs, une voiture électrique accessible, une énergie sous maîtrise publique et l’objectif d’une forte baisse des factures.
Et derrière cela se trouve une divergence encore plus fondamentale : les rapports de propriété. Les Écologistes vous veulez profondément réguler et transformer l’économie ; le PCF pose en plus la question de la propriété capitaliste et de la maîtrise sociale des grands moyens de production et d’investissement.
C’est pourquoi un débat Tondelier/Roussel ne serait pas « écologie contre écologie » ou « productivisme contre antiproductivisme » . Il porte sur la classe sociale qui supporte le coût de la transition, mais aussi sur celle qui possède les moyens de la réaliser. En effet, l’écologie communiste ne consiste pas à dire aux travailleurs, aux agriculteurs et aux habitants des territoires ruraux : « consommez moins ». Elle consiste à leur donner les moyens matériels de vivre mieux en consommant autrement : produire l’électricité décarbonée, rénover les logements, développer les transports collectifs, réindustrialiser, relocaliser et socialiser les secteurs stratégiques.
Autrement dit : transformer les comportements est nécessaire ; transformer les rapports sociaux qui les déterminent l’est davantage encore. C’est là que se trouve la véritable différence entre une écologie de réforme du capitalisme et notre écologie communiste qui veut s’attaquer aux rapports de production eux-mêmes.
Si tu penses que l’écologie, sans lutte des classes, c’est du jardinage : je t’invite par conséquent à rejoindre VIVRE ! de Fabien Roussel ; si tu penses que le projet réformiste radical suffit alors je t’invite à soutenir que le logo des Ecologistes s’allie à celui de la LFI car vous avez la même conception sur ces sujets fondamentaux.
Bien fraternellement à toi camarade écologiste,
Cher Jacques,
Il faut distinguer exclure LFI de la gauche et critiquer sa stratégie.
Dire : Fabien Roussel est Doriot par la compagne de Jean-Luc Mélenchon. Et le OK du compte de Jean-Luc Mélenchon n’élève pas le débat et ne favorise pas le dialogue. Nous savons que Jean-Luc Mélenchon défend un réformisme de répartition (son soutient au RMI de Rocard et au RSA de Hirsch) et nous une rupture par le travail face au capital.
On peut par conséquent considérer LFI comme une composante de la gauche, vouloir avec elle battre le RN lorsque c’est nécessaire à travers un rassemblement populaire démocratiques aux élections législatives de 2027, et néanmoins considérer que son orientation populiste ne constitue pas une perspective suffisante de transformation sociale.
L’union peut être nécessaire pour battre l’extrême droite ; elle ne doit pas devenir un renoncement à l’autonomie stratégique communiste et, dans cette bataille de position aurait dit Gramsci, à proposer un front de classe opérationnel et la perspective de jours heureux et non la sobriété comme horizon indépassable pour le prolétariat par exemple. Sinon, on confond l’objectif tactique — gagner une élection — avec l’objectif stratégique : transformer durablement le rapport de forces capital/travail et aller vers le socialisme.
C’est justement pourquoi la critique de LFI n’est pas une exclusion : c’est notre responsabilité de dire ce qui nous distingue.
Fraternellement.