Primaire socialiste : Mélenchon n’est plus seul
Parti le 3 mai en campagne, avec un programme actualisé et une force militante constituée, Jean-Luc Mélenchon fait la course en tête, à gauche, des sondages et des mobilisations. Et de loin. Avec le lancement de la primaire social-démocrate, on revient à une forme de normalité de la gauche française.
La gauche française a historiquement deux pôles. Depuis les années 80-90 (du siècle précédent), son versant radical n’est plus porté par le Parti communiste. Depuis près de 15 ans, Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise ont su investir et relever cet espace. Le pôle socialiste a, quant à lui, été effacé de la carte nationale par la faillite du quinquennat Hollande. Est-ce qu’il n’y avait plus qu’une gauche en France, sous leadership insoumis ? Les effets déformants des accords nationaux (Nupes puis NFP) et l’impact du vote utile en faveur de Jean-Luc Mélenchon lors des deux scrutins présidentiels précédents ont pu le laisser penser.
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Mais la renaissance d’une histoire peut prendre du temps. Défaut de l’urbaniste que je suis, je crois à l’impact long des structures historiques – le territoire comme la politique. L’histoire de notre pays a façonné deux façons dominantes de porter le combat de la gauche en faveur de la justice et de l’égalité. La lutte politique entre ces deux pôles de gauche a été rude et elle a forcé chacun à gauche à bouger, à affiner ses idées et propositions. C’est peut-être ce qui est en train de se passer.
Car les socialistes vont choisir un candidat. La demande de rupture avec la politique macroniste porte l’extrême droite et la gauche. Globalement, la gauche semble reprendre quelques couleurs à mesure que le bloc central se déporte toujours plus vers la droite et se trouve confronté au calamiteux bilan de ces dix ans de présidence Macron. D’une certaine façon, le désastre de la politique de l’offre entraîne aussi François Hollande. Les socialistes sont sur le point de se débarrasser de l’encombrant ancien président qui d’une part ne participera pas à cette primaire et d’autre part n’inscrit plus son action présente dans la gauche. A Sens (Yonne) ce samedi, François Hollande a précisé sa pensée : pour lui, il convient de « sauver la démocratie ». En France, celle-ci serait menacée autant par le RN que par LFI. Il propose donc une grande alliance sur un programme de gouvernement précis qu’il esquisse – et dont il prend soin que la droite y retrouve ses petits.
Le pôle que promeut Jean-Luc Mélenchon a le mérite de s’ancrer dans la radicalité nécessaire. Mais cette radicalité devra encore préciser la méthode durable qui la rendra possible, dans les rapports de forces sociaux et européens actuels. Le pôle socialiste devra prouver qu’il ne va pas déserter en rase campagne, retourner sa veste et axer ses alliances vers « le centre ».
Donc revenons à gauche. La primaire des socialistes va occuper largement l’espace médiatique. Mais ce serait illusoire de ne croire qu’à un effet conjoncturel. Lors de leurs premières interviews comme lors de l’université d’été du PS, les candidats à la primaire ont fait entendre leurs idées, des idées. Et elles ne se limitent pas à l’important débat sur l’alliance ou non avec LFI. Un socialiste, de carte ou de cœur, les portera en avril prochain. Le bon niveau de débat ne peut être celui – vain – de l’excommunication : il (ou elle) n’est pas de gauche. Il faudra faire mieux.
Le pôle que promeut Jean-Luc Mélenchon a le mérite de s’ancrer dans la radicalité nécessaire pour nous sortir du marasme que nous connaissons depuis trop longtemps. Mais cette radicalité devra encore préciser la méthode durable qui la rendra possible, dans les rapports de forces sociaux et européens actuels et sans que le prix soit payé par le plus grand nombre. Le pôle socialiste devra prouver qu’il ne va pas déserter en rase campagne, retourner sa veste et axer ses alliances vers « le centre ». Jurer que son ennemi, c’est la finance ne suffira pas. Il devra rassurer sur les tentations bellicistes, guerrières du leader de Place publique. Il devra dire aussi comment réunir les conditions politiques de son élection et de ses promesses s’il entend se passer des insoumis.
On attend cette confrontation, qui doit renforcer la gauche. Alors, elle pourra gagner.