TRIBUNE. « Inacceptable, la sanction de l’Université Lyon 2 contre Julien Théry porte un coup majeur à la liberté des universitaires »
Dans une tribune, plus de 200 universitaires apportent leur soutien à l’historien Julien Théry, suspendu 18 mois de ses fonctions. Ils estiment que cette décision crée un précédent inquiétant pour l’ensemble de l’enseignement supérieur.
Le 24 juin 2026, l’université Lumière Lyon 2 affichait la décision disciplinaire qui frappe un de ses enseignants, Julien Théry : 18 mois de suspension d’exercice sans traitement.
Julien Théry, professeur d’histoire et chercheur respecté, en France et à l’étranger, pour ses travaux sur le Moyen Âge, était accusé d’antisémitisme ; il est cependant sanctionné non à ce titre, mais pour avoir nui à l’image et au fonctionnement de son université de rattachement. Les faits qui lui sont imputés n’ont pas eu lieu dans ledit établissement, et le contenu des cours de J. Théry n’est nullement en cause : on reproche à l’enseignant ses interventions à titre personnel sur les réseaux sociaux, et comme animateur sur des médias militants classés à gauche. À la suite d’autres intellectuels, Julien Théry s’est ainsi volontairement exposé et rendu vulnérable pour des causes qu’il a estimées justes de défendre, telle que celle des Palestinien·nes.
Ce sont ces interactions numériques, tributaires des polémiques où elles s’inscrivaient, qui sont censées avoir porté atteinte à la renommée de son université. Aucune allégeance à des projets criminels ou racistes n’est imputée à Julien Théry. Il est de celles et ceux qui ont milité pour que l’historien et résistant Marc Bloch, auquel il a consacré un colloque − organisé avant l’annonce présidentielle de novembre 2024 − ainsi que plusieurs publications scientifiques, entre au Panthéon. Ses écrits comme son engagement constant en faveur de l’égalité sociale et contre les discriminations plaident en sa faveur. Celles et ceux qui l’ont lu, entendu ou qui l’ont fréquenté savent qu’il n’est pas antisémite. Ils et elles savent aussi que Julien Théry, spécialiste des procès pour crimes « infâmes » sous l’Inquisition, n’a cessé de dénoncer l’autoritarisme et l’iniquité de certaines procédures judiciaires. La chose peut sembler piquante. Elle pique en effet.
Encore faut-il, ici, s’entendre sur ce qu’on tient pour une procédure judiciaire. Les sections disciplinaires des universités sont composées de collègues enseignants-chercheurs qui n’y siègent pas pour leurs compétences de juristes. Elles sont saisies par les président·es d’université à l’encontre des membres de la communauté universitaire pour des faits relatifs à leurs fonctions. Pourtant, l’université Lyon 2 a refusé la protection fonctionnelle à Julien Théry, sous le prétexte que les faits ne relevaient pas de l’exercice de ses fonctions professionnelles. Enfin, au vu des pressions extérieures, notamment celles exercées par le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, qui se félicite d’avoir obtenu une enquête sur « l’islamo-gauchisme » à Lyon 2, on aurait pu s’attendre à un dépaysement de l’affaire auprès de la section disciplinaire d’une autre université.
Les peines qui frappent Julien Théry « pour l’exemple », comparées à celles qui ont pu être prononcées jusque-là, se révèlent non seulement absolument injustes mais d’une sévérité singulière. Prises dans un contexte local où interfèrent des pressions et des menaces politiques, elles devraient faire honte à celles et ceux qui les ont prononcées.
La sanction infligée à Julien Théry nous alarme parce qu’elle manifeste la soumission croissante de l’Université, comme institution publique, à des méthodes répressives qui augurent fort mal de l’avenir et contreviennent à ses missions fondamentales. C’est pourquoi nous apportons notre plein soutien à Julien Théry et demandons l’annulation pure et simple de cette sanction.
Premier·es signataires
Caby Cécile, Professeure des Universités en Histoire Médiévale, Sorbonne Université
Chiffoleau Jacques, Directeur d’études émérite EHESS
Dakhlia Jocelyne, Directrice d’études émérite EHESS
De Clerck Dima, Univ. Saint-Joseph (Beyrouth)
Débax Hélène, professeure d’histoire médiévale, Université Toulouse Jean-Jaurès
Fassin Éric, professeur des universités, sociologie, Université Paris 8
Godicheau François, Université Toulouse Jean Jaurès
Lauwers Michel, Professeur des Universités, Histoire du Moyen Âge, Université Côte d’Azur
Magnani Eliana, Directrice de Recherche au CNRS
Morvan Haude, Maître de conférences en hist. de l’art médiéval, Univ. Bordeaux Montaigne
Pécout Thierry, Professeur d’histoire du Moyen Âge, Univ. Saint-Etienne
Schnapp Alain, archéologue, professeur émérite Paris I
Schöttler Peter, Historien, CNRS
Stengers Isabelle, philosophe, professeure émérite, Université de Bruxelles
Tolan John, professeur émérite d’histoire, Nantes Université
Traverso Enzo, Historien
Le texte est ouvert à signature sur le lien suivant : https://framaforms.org/inacceptable-la-sanction-de-luniversite-lyon-2-contre-julien-thery-porte-un-coup-majeur-a-la-liberte