TRIBUNE. Javier Milei : ce que le Medef choisit de célébrer

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Pierre Lebret, politologue, spécialiste de l’Amérique latine, alerte sur l’invitation du patronat au président argentin. Même si ce dernier a décliné, cela en dit long sur la banalisation de l’extrême droite.

En invitant Javier Milei a ses universités d’été, le Medef ne reçoit pas seulement le président de l’Argentine. Il contribue à la banalisation d’un projet politique qui, partout où il progresse, fragilise les droits, attaque les solidarités et désigne les plus vulnérables comme responsables des difficultés collectives.

Car enfin, que célèbre-t-on exactement ? La baisse de l’inflation ? Le retour de la confiance des marchés ? L’équilibre budgétaire ? À quel prix ?

Depuis son arrivée au pouvoir, Javier Milei a imposé à son pays une thérapie de choc dont les conséquences sociales sont immenses : coupes dans la santé et l’éducation, asphyxie de la recherche publique, recul des aides sociales, précarisation des retraités, affaiblissement des services publics. Derrière les indicateurs que l’on applaudit dans certains cercles économiques, il y a des millions d’Argentins confrontés à une réalité plus rude, plus inégalitaire, plus incertaine.

Mais le plus préoccupant n’est peut-être pas là.

Car Javier Milei n’est pas seulement le porte-voix d’un ultralibéralisme sans frein. Il est devenu l’une des figures de proue d’une internationale réactionnaire qui s’en prend aux droits des femmes, stigmatise les personnes LGBTQIA+, discrédite les syndicats, attaque les chercheurs, méprise les contre-pouvoirs et transforme le débat démocratique en affrontement permanent.

Les actes parlent d’ailleurs plus clairement que les discours. En 2024, l’Argentine a été le seul pays au monde à voter contre une résolution des Nations unies en faveur des droits des peuples autochtones. Elle a également voté contre une résolution visant à renforcer la lutte contre les violences faites aux femmes dans l’espace numérique. Voilà le camp que choisit Javier Milei lorsque sont en jeu les droits humains les plus fondamentaux.

On nous explique qu’il faudrait admirer son audace. Nous préférons juger un projet politique à sa capacité à élever une société plutôt qu’à la mettre à l’épreuve. Une économie n’est pas une salle des marchés. Une nation n’est pas un tableur Excel. La prospérité n’a de sens que si elle bénéficie au plus grand nombre. Elle n’a de valeur que si elle renforce la cohésion sociale au lieu de l’éroder.

L’histoire est riche de dirigeants qui ont présenté les protections sociales comme des obstacles, les droits comme des contraintes et les solidarités comme des dépenses inutiles. L’histoire est tout aussi riche des dégâts qu’ils ont laissés derrière eux.

À l’heure où les démocraties sont confrontées à la montée des extrêmes droites, dérouler le tapis rouge à Javier Milei n’est pas un acte neutre. C’est envoyer un signal. C’est dire que l’on peut s’attaquer aux droits, aux corps intermédiaires, aux institutions de la connaissance et aux plus fragiles sans perdre pour autant sa respectabilité internationale.

Le Medef avait d’autres choix. Il a choisi celui de la fascination. Ce choix est une faute.

Javier Milei a finalement annulé sa participation aux universités d’été du Medef. Mais son absence ne saurait exonérer l’organisation patronale de sa responsabilité.

La faute n’était pas dans la tenue de cette intervention ; elle résidait déjà dans l’invitation elle-même. En choisissant d’honorer et de promouvoir l’une des principales figures de l’extrême droite libertarienne mondiale, le Medef a révélé une fascination inquiétante pour un projet politique qui conjugue brutalité sociale, mépris des contre-pouvoirs et régression des droits.

Que Javier Milei ne vienne pas ne change rien à ce constat. Le débat demeure entier : pourquoi avoir voulu lui offrir cette légitimité ?

Car il est des tribunes que le Medef ne devrait jamais offrir à ceux qui s’emploient à fragiliser ce qui fonde notre République : l’égalité des droits, la dignité humaine et la solidarité.

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