Être un président insoumis : le pari de Mélenchon

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Entre démonstration de force populaire, recalibrage du discours et réaffirmation d’un programme de rupture, l’insoumis cherche à résoudre une équation redoutable : accéder à la présidence sans véritable alliance avec le reste de la gauche.

Lors des élections municipales à Saint-Denis, un slogan a dynamisé la campagne : « un coup, KO ». Promesse tenue. Le maire socialiste Mathieu Hanotin est assommé et Bally Bagayoko élu au premier tour. Lors du meeting de lancement de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, devant plus de 20 000 personnes, le maire de Saint-Denis a refait cette promesse de victoire. Après lui, Annie Ernaux et Éric Vuillard ont parlé avec profondeur de la force du peuple uni. Les vers de Jean Marcenac et Paul Éluard sont récités ; les souvenirs du 14-Juillet, de la Commune, du Front populaire, de la Résistance brillamment convoqués. La basilique qui sert de fond de scène inscrit ce moment dans l’histoire longue de la France, ici populaire et mobilisée. Pour un lancement de campagne, c’est réussi, assurément.


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Jean-Luc Mélenchon pouvait alors entreprendre l’exercice diablement difficile : être le candidat insoumis et prétendre présider la France, donc la rassembler. L’ouvrage demande du métier. Le discours était écrit et les mots ajustés. Il fut question de la France, « de la fenêtre du temps long » et donc de la nouvelle France. Ceux qui ont vu dans le rabougrissement de l’idée d’origine sur une version réduite à la France des racisés ne sont que des malveillants. Nouvelle explication de texte et retour à la version d’origine, celle qui décrit un pays en proie à de très profondes mutations, dans tous les domaines : ceux des âges de la vie, ceux du salariat, ceux des identités de genre… Jean-Luc Mélenchon a débarrassé le concept des aspects polémiques pour permettre à tous de s’y reconnaître. Habileté : il n’a pas changé… mais il a redéfini les termes. Le retour à la retraite à 60 ans est désormais un but. La Sixième République l’horizon. La nouvelle France, tout simplement celle de 2026. Dans le discours, « les racisés » sont devenus « les héritiers de l’immigration ». Maîtres-mots : convaincre et rassurer.

L’axe du discours reste bien à gauche. Les besoins humains doivent présider à la politique. Mélenchon redit son attachement au principe formulé par Louis Blanc et repris par Karl Marx : « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins ». Il ne fait pas mystère de sa philosophie et redit ses convictions en faveur d’un « projet collectiviste ». Se maintenir très à gauche sans fracturer : il le tente.

Ce recentrage ne doit pourtant pas compromettre la mobilisation des abstentionnistes ni détourner les plus mobilisés. L’axe du discours reste bien à gauche. Les besoins humains doivent présider à la politique. Le smic sera porté à 1700 nets et la sécurité sociale sera intégrale. Jean-Luc Mélenchon redit son attachement au principe formulé par Louis Blanc et repris par Karl Marx : « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins ». Jean-Luc Mélenchon ne fait pas mystère de sa philosophie et redit ses convictions en faveur d’un « projet collectiviste ». Se maintenir très à gauche sans fracturer : il le tente. Et il l’assure : face aux dérèglements – guerre, climat, menace financière –, « il faut des réponses de fond, des principes et une méthode constante ».

Dans cet équilibre difficile, il croit en sa chance : « Les étoiles sont alignées ». Il y croit tant qu’il annonce sans ménagement au reste de la gauche que « la primaire est finie, bienvenue à tous ». Pourtant, dans son discours, il n’y a guère d’espace pour d’autres, tout comme il n’y avait de place sur l’estrade que pour les élus insoumis. Le reste de la gauche, il n’en veut d’ailleurs pas vraiment. Il pense qu’elle ne lui sert à rien, pas même à réussir cette équation improbable de « président insoumis ». À cette gauche qu’il méprise, il lui demande une seule chose : « Ne pas abîmer nos chances de gagner au second tour ». Jean-Luc Mélenchon aime à citer ce conseil de François Mitterrand : « Marchez votre chemin ! Ne cédez jamais. » Il lui aurait répondu alors : « Je marche, monsieur ».

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