Mélenchon peut-il supplanter Philippe ?
Le sondage Odoxa du jour le laisse entendre: l’ancien premier ministre est empêtré dans son passé macroniste. Face à lui, quelle alternative crédible au RN ? La gauche avec le candidat insoumis ?
Le dernier sondage Odoxa déplace la ligne d’horizon. Comme toutes les photographies d’opinions, elles ne valent que dans une cohorte, dans une comparaison. Mais chacune donne des indices et dit quelque chose du moment politique : le second tour de la présidentielle a déjà commencé. Sur la ligne de départ du premier tour, le casting des sondeurs est relativement arbitraire. Sont testés Nathalie Arthaud, Fabien Roussel, Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier, Raphaël Glucksmann, Édouard Philippe, Bruno Retailleau, Nicolas Dupont-Aignan et Jordan Bardella. Un échantillon qui mélange candidats officiels et hypothétiques tout en écartant certains candidats déclarés.
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Le fait majeur de ce sondage tient en deux chiffres : au premier tour, Édouard Philippe perd 4 points quand Jean-Luc Mélenchon en gagne 4. Les voilà respectivement à 17% et 16% d’intentions de vote. Un point d’écart. Rien, statistiquement parlant. Tout, pour ceux qui pensent que l’avant-présidentielle et les arbitrages entre les multiples candidats à gauche comme à droite se joueront dans les sondages. Le sondage laisse entrevoir deux possibles duels de second tour.
Jordan Bardella est, quant à lui, solidement installé en tête à 32%. Le candidat du Rassemblement national reste le point fixe de l’équation. La question ne serait pas, à ce stade, de savoir s’il sera au second tour, mais qui sera en face de lui. Dès lors, le premier tour n’est plus qu’un tri politique : qui portera l’alternative ? Qui défendra la République ? La droite ou la gauche ?
Mélenchon bénéficie d’une dynamique politique : +4 points en un mois. Il capitalise sur un désir simple pour le peuple de gauche : avoir, enfin, un candidat crédible, susceptible de l’emmener au second tour. De fait, il est aujourd’hui le seul à être en ordre de marche, avec un parti structuré, un programme identifié, une expérience de vétéran des campagnes présidentielles.
À ce jour, un premier enseignement s’impose : l’alternative au macronisme peut difficilement être un macroniste. Édouard Philippe en fait l’expérience brutale. Présenté comme celui qui pourrait rassurer les classes dirigeantes tout en captant un électorat déboussolé, il s’enfonce. Édouard Philippe, ce sont trois chiffres qui lui collent à la peau comme le rappelle Le Point : 5 euros d’APL en moins, la retraite à 67 ans et la limitation des 80 km/ sur route. Autant de repoussoirs. Son « programme massif » – qu’il tarde à divulguer – pourrait l’enfoncer davantage. D’où sa prudence et son silence. Chacun sait désormais que « quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup ».
Au premier tour, Bruno Retailleau est crédité de 9% d’intentions de vote. Il se prépare à être éjecté, hors-jeu. Enseignement confirmé par le sondage : son électorat LR est divisé et hésite pour le second tour entre un vote RN et un vote pour Édouard Philippe. Dès lors, quand la question du second tour prendra de la force, il est à parier que ses électeurs déserteront et arbitreront dès le premier tour entre Philippe et le RN.
Après sa déclaration de candidature, et le marasme du reste de la gauche, Jean-Luc Mélenchon bénéficie d’une dynamique politique : +4 points en un mois. Il capitalise sur un désir simple pour le peuple de gauche : avoir, enfin, un candidat crédible, susceptible de l’emmener au second tour.
De fait, Jean-Luc Mélenchon est aujourd’hui le seul à être en ordre de marche. Il a un parti structuré, un programme identifié, une expérience de vétéran des campagnes présidentielles – ce sera sa quatrième. En face, Marine Tondelier n’est même pas assurée de pouvoir être candidate sans primaire (elle est contestée sur ce point au sein même de son parti), Raphaël Glucksmann n’a ni déclaration officielle, ni projet, ni appareil constitué, et François Ruffin reste plus identifié « reporter » que « président ».
Odoxa annonce qu’il testera désormais le duel Mélenchon/Bardella. La droite compte sur un front anti-insoumis pour sauver son candidat et le mettre en situation d’affronter le RN. Elle fait le pari du soutien par défaut. Pas certain que, dans une situation de forte attente pour arbitrer des choix cruciaux, que ce pari soit gagnant. Après 10 ans de macronisme qui part dans tous les sens, gageons que la campagne gagnante sera celle du candidat qui proposera des choix cohérents, clairs et rassembleurs. Gabriel Attal n’est pas cohérent, Édouard Philippe n’est pas clair et Bruno Retailleau est diviseur. Bref, la gauche a ses chances.