Un gouvernement à court d’idées, les Français à court d’essence

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Face à la flambée des prix du carburant, le gouvernement de Sébastien Lecornu fait ce qu’il peut. Et il peut peu.

Il fallait un dispositif exceptionnel : une conférence de presse à sept voix et des éléments de langage rodés pour tenter de masquer l’évidence. Résumons les « annonces » : face à la hausse des prix des carburants causée par la guerre au Moyen-Orient, 710 millions d’euros d’aides supplémentaires s’ajouteront aux dispositifs existants. Une prolongation des aides pour les secteurs les plus exposés. Un doublement de certaines indemnités pour les gros rouleurs modestes. Le relèvement du plafond des primes carburant défiscalisées versées par les entreprises, de 300 à 600 euros par an. L’État met un peu d’argent et attend des employeurs qu’ils mettent la main à la poche. Concrètement, la moyenne des pays de l’OCDE a consacré 0,2% de sa richesse nationale à passer cette crise. La France, c’est 0,02%. L’avant-dernière du tableau, juste avant la Grande-Bretagne.


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Sur le papier, difficile d’être contre ces petites aides. Mais en vérité, difficile aussi d’être convaincu. Ces annonces disent d’abord une chose : le gouvernement est pris dans un paradoxe qu’il ne parvient plus à masquer. Voilà des années qu’il explique que les caisses sont vides, que la dette impose la rigueur, que toute dépense doit être scrutée et qu’aucun nouvel impôt n’est possible. Pourtant, à chaque crise, la seule réponse consiste en une accumulation d’aides, de chèques, de primes. Comme si la politique économique se résumait à amortir les chocs sans traiter les causes ni ouvrir de perspectives.

Oui, ces aides sont nécessaires. Oui, il faut soutenir celles et ceux qui n’en peuvent plus. Mais comment ne pas voir qu’en refusant obstinément de reconsidérer les fondamentaux de sa politique d’offre, en récusant toute nouvelle recette, le gouvernement se condamne à l’impuissance ? Les profits records de certaines entreprises comme TotalEnergies ne sont pas un détail du paysage : ils font partie de la solution. Et restent toujours hors de toute mise à contribution sérieuse.

Pendant ce temps, les Français sont à l’os. Le litre d’essence qui dépasse les 2,20 euros n’est pas une abstraction économique. C’est une violence sociale : 74% des trajets domicile-travail se font en voiture. Dans ces conditions, la baisse contrainte de 30% de la consommation de carburant observée ces dernières semaines n’est pas un effort vertueux mais un renoncement forcé. On rogne sur les déplacements, on réduit les loisirs, on s’organise comme on peut – covoiturage, télétravail quand c’est possible – mais pour beaucoup, c’est une souffrance quotidienne. Le gouvernement le sait. Il le dit même, à sa manière, en répétant qu’il ne faut pas « emmerder les Français ». Mais il en tire des conclusions étrangement limitées.

Rien n’indique qu’une solution est en vue dans le conflit et tout indique que la reconstruction des infrastructures détruites sera longue. Pourtant, le gouvernement agit comme s’il s’agissait de passer un cap en tenant quelques mois.

Car les mesures annoncées sont très en deçà des besoins et ne prennent pas la mesure de la crise qui s’annonce. Qui a nom coût de l’énergie, pénurie d’essence possible, renchérissement des engrais et des produits manufacturés… Rien n’indique qu’une solution est en vue dans le conflit et tout indique que la reconstruction des infrastructures détruites sera longue. Pourtant, le gouvernement agit comme s’il s’agissait de passer un cap en tenant quelques mois, autrement dit jusqu’à la présidentielle.

Malgré les divisions politiques, des décisions structurantes peuvent être débattues et engagées. L’exemple de la grande loi-cadre sur les transports, sans cesse repoussée, est accablant. Donner une direction claire – électrification du parc automobile, développement massif des alternatives à la voiture individuelle, aménagement du territoire en transports en commun et en bornes de recharge électrique –, voilà ce qui manque cruellement. Le gouvernement Lecornu gère l’urgence sans préparer l’avenir. Il écope la mer avec une petite cuiller dans un moment où on a besoin de visions et de projets mobilisateurs (et pas la guerre s’il vous plaît).

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