Municipales : le RN entre fêtes de village et fusion des droites

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Aux municipales, le Rassemblement national teste une stratégie qui mêle sociabilité locale et recomposition politique avec la fusion des droites.

Jusqu’où ira le Rassemblement national ? La question peut être trompeuse tant elle suggère que l’extrême droite avancerait partout, mécaniquement, irrésistiblement. Or les municipales racontent une histoire plus complexe.


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D’abord parce que les municipales sont les élections de l’implantation. Or malgré ses scores nationaux, le RN reste faiblement enraciné dans les grandes villes et les réseaux locaux. En 2020, il n’avait présenté de listes que dans la moitié des grandes communes et n’avait franchi la barre des 10% – et donc franchi la porte des conseils municipaux de villes de plus de 100 000 habitants – que huit fois. Mais il avait remporté huit villes de plus de 10 000 habitants, Perpignan restant sa seule mairie de plus de 100 000 habitants.

Pour progresser et s’implanter, pour se notabiliser, le RN a doublé son nombre de listes, dépassant les 500. Il a ratissé large et investi des candidats issus de son fond de commerce : la presse a recensé plus de 150 candidats auteurs ou fans de propos racistes, antisémites, homophobes ou complotistes. 10% des listes seraient concernées par ce type de profil.

Mais pour le parti de Marine Le Pen, ces municipales sont un moment stratégique dans sa marche vers le pouvoir national. Au-delà des villes moyennes où il réalise de gros scores, le RN veut marquer les esprits et emporter de grandes villes: Toulon, Nîmes, Lens, Calais, Avignon, Béthune, Carcassonne ou même Marseille. Dans nombre d’autres villes, le RN joue la discrétion des listes « sans étiquette », « listes citoyennes », « listes d’union », « listes d’intérêt communal ».

Officiellement donc, la droite classique ne veut toujours pas signer d’accord, mais elle s’habitue à l’idée de gouverner avec les voix, les thèmes et parfois les hommes de l’extrême droite. Et le RN, lui, prospère sur ces ambiguïtés.

Enfin, le RN sait qu’il ne gagnera pas seul. Il se veut rassembleur et entend en faire un marqueur politique. Il veut « ancrer » et banaliser les alliances. Ça servira aussi en 2027. D’ores et déjà, il propose des « listes d’union » au second tour, au nom de la lutte contre la gauche alliée de LFI. Les cadres nationaux LR sentent la poussée et certains tentent de résister au danger de disparition ou d’absorption. Gérard Larcher le voit très clairement. Donc, si la fusion des appareils n’est pas faite, celle des électorats est déjà bien engagée.

Et Bruno Retailleau valide. Il le dit tout aussi clairement :« Je ne crois pas à l’union des droites des appareils […] mais je m’adresse aux électeurs du Rassemblement national pour que l’union des droites se fasse par le terrain, dans les urnes ». Selon un sondage Odoxa, 62% des sympathisants LR approuveraient une alliance LR-RN pour les municipales – ils sont 63% à le vouloir avec le bloc présidentiel. Pour une part majeure de l’électorat de droite, le cordon sanitaire a déjà sauté. C’est un basculement : ce qui relevait hier de la transgression devient une simple option tactique. 

Officiellement donc, la droite classique ne veut toujours pas signer d’accord, mais elle s’habitue à l’idée de gouverner avec les voix, les thèmes et parfois les hommes de l’extrême droite. Et le RN, lui, prospère sur ces ambiguïtés : celles où l’alliance est encore honteuse, mais déjà pensable ; celles où les appareils résistent encore un peu, mais où les imaginaires, eux, ont déjà cédé.

Le problème essentiel, c’est que le RN progresse sur tous les tableaux. Dans la campagne qui se termine, il met en avant trois thèmes principaux. Le premier est la sécurité, présentée comme la priorité absolue. Le deuxième est la remise au carré des comptes publics, un discours de bonne gestion municipale qui le rapproche, sur ce terrain, d’une grande partie du champ politique local. Ces deux points sont largement repris par de nombreuses autres listes, parfois jusqu’à gauche, témoin de leur puissance idéologique.

Le RN a mis en avant un troisième axe, moins commenté mais tout aussi central : la fête. Depuis les législatives de 2022, les élus RN ont adopté une stratégie d’enracinement via les espaces festifs de sociabilisation : ils multiplient les visites dans les marchés, les foires agricoles, les lotos, les vide-greniers, les fêtes de village ou les salons gastronomiques. L’objectif est clair : se banaliser, se rendre familiers, devenir des notables parmi d’autres. Mais surtout dire : le lien social, c’est nous. Les réseaux sociaux de leurs élus en témoignent : inoffensifs selfies à tout va, concours de belote, fête du boudin, marché de Noël, kermesse d’école.

Une politique du quotidien qui joue sur l’attachement au territoire et aux traditions locales. La conquête du pouvoir peut aussi passer par les « foires à tout » et les marchés de Noël. C’est la façon que l’extrême droite a de répondre à la demande de lien social que la gauche investit en prônant le renforcement des services publics. Ils apparaissent sympathiques tout en promouvant une vision de la communauté (locale ou nationale) refermée sur elle-même, autour d’une culture française réduite au patrimoine matériel et immatériel.

Le RN veut croire que ces conquêtes de mairies, ces petits gestes banaux, ces victoires infra-politiques préparent sa vraie victoire, celle de la conquête du pouvoir national. Il ne faut pas trop en douter.

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