TRIBUNE. Que se passera-t-il après la mort de Khamenei
L’assassinat d’Ali Khamenei par les États-Unis signifie la mort de la dictature religieuse et la fin du régime du Velayat-e Faqih (guide suprême). Le moment est venu d’établir la liberté et la souveraineté populaire en Iran.
Hamid Enayat est politologue, spécialiste de l’Iran, collabore avec l’opposition démocratique iranienne.
La mort de Khamenei ne signifie pas que le régime iranien tombera automatiquement ou qu’il sera renversé par une intervention militaire étrangère. Cette tâche est avant tout la mission et la responsabilité du peuple iranien. Il est naturel que seul le peuple iranien ait la légitimité de déterminer l’avenir politique de son pays.
Comme l’a montré le soulèvement de janvier, les Iraniens veulent la liberté et sont prêts à en payer le prix, quel qu’il soit.
Le peuple aspire à un avenir fondé sur une république démocratique et rejette aussi bien la dictature religieuse que la monarchie. Toute personne attachée à la liberté reconnaît que le destin de l’Iran s’écrit par le peuple iranien lui-même, avec le sang de ses enfants courageux, et que l’intervention étrangère n’est pas nécessaire.
Depuis quarante-sept ans, l’Iran dispose d’une alternative crédible. Cependant, en raison de la campagne de diabolisation menée par le régime iranien, soutenue par des budgets colossaux et favorisée par des politiques de complaisance, cette alternative est restée largement méconnue. L’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran et le Conseil national de la Résistance iranienne ont été inscrits sur les listes terroristes en Europe et aux États-Unis à la demande du régime iranien ou pour lui complaire. Ce n’est que grâce à la détermination inébranlable de la résistance, animée par l’amour de la liberté de l’Iran, qu’ils ont finalement été retirés de ces listes.
Outre le massacre massif récent de janvier, les forces du Conseil national de la Résistance iranienne ont déjà traversé deux épisodes de génocide en 1981 et en 1988. En 1988, trente mille prisonniers politiques ont été exécutés en l’espace de deux mois, dont 90% appartenaient aux Moudjahidine du peuple, qui constituent l’épine dorsale de cette alternative.
Lors du soulèvement de janvier, les unités de résistance — fondées par les Moudjahidine en 2016 — ont joué un rôle important. Le lundi 23 février, 250 de leurs membres ont attaqué le siège de Khamenei à Téhéran ; cent d’entre eux ont été arrêtés ou tués. Nous sommes donc face à une force qui, en Iran même, paie le prix de la lutte directement dans la rue.
Le Conseil national de la Résistance iranienne a proclamé un gouvernement provisoire. Cette alternative rassemble des forces qui défendent le principe : « Ni dictature du Shah, ni dictature des mollahs ». Elle s’appuie sur un plan en dix points visant à transférer la souveraineté au peuple iranien. Selon ce plan, six mois après l’établissement de ce gouvernement provisoire, une Assemblée constituante sera élue afin de rédiger une nouvelle constitution, et le Conseil national de la Résistance se dissoudra pour transférer le pouvoir à cette assemblée.
Ce programme prévoit l’instauration d’un État laïque fondé sur la séparation de la religion et de l’État, l’égalité entre les femmes et les hommes, ainsi qu’un Iran sans peine de mort et sans armes nucléaires.
À l’inverse, Reza Pahlavi, fils de l’ancien Shah, est mis en avant en Occident. Pourtant, il ne dispose d’aucune base réelle dans la société iranienne, car il n’a jamais participé à la lutte contre le régime des mollahs. Il s’est même souvent vanté d’entretenir des relations avec certains éléments des Gardiens de la Révolution et du ministère du Renseignement. Laissons le peuple iranien écrire lui-même son destin, avec son propre sang.
Le Corps des Gardiens de la Révolution, que l’Union européenne et de nombreux pays considèrent comme une organisation terroriste, est voué à se désintégrer. Cette force constitue le pilier du maintien du régime des mollahs ; avec la mort de Khamenei et la chute du régime, elle disparaîtra également.
La mort de Khamenei a déjà fait sonner le glas de ce régime, qui subira chaque jour de nouveaux revers. Mais tant que ce régime restera en place, la répression et les exécutions continueront. En réalité, ce système a été fondé sur le terrorisme, la guerre et la répression.
Le soulèvement populaire de janvier a clairement montré que le peuple iranien ne veut plus de ce régime et qu’il est prêt à payer le prix de son renversement. La communauté internationale devrait soutenir la résistance dont les unités mènent un combat décisif contre l’une des forces les plus brutales du monde aujourd’hui. Elles ne demandent ni argent ni armes ; un soutien politique et moral leur suffit.