2024-2026 : le match LFI-RN — par Roger Martelli
Des européennes aux municipales, l’historien Roger Martelli décortique les résultats électoraux des insoumis et de l’extrême droite. Au menu : victoires, bémols et déceptions.
On a dit et redit que La France insoumise et le Rassemblement national avaient mis des forces importantes dans la bataille municipale. On a beaucoup parlé des cas emblématiques, des ambitions réussies et des déceptions plus ou moins grandes. Or la réalité est, comme toujours, plus complexe que ne le disent les grands discours.
On a donc pris pour base d’analyses la totalité des communes où il y avait des listes officiellement considérées comme celles de LFI et du RN, soit 238 pour la première et 418 pour le second. Sur 575 communes qui ont eu au moins une candidature de l’un ou de l’autre parti, on a donc comparé les résultats municipaux du 14 mars et ceux des européennes de 2024.
Insoumis : victoires et bémols
Les insoumis progressent entre 2024 et 2026 dans 20 communes qui totalisent 868 000 inscrits. Parmi elles, les fleurons du dimanche soir : Toulouse, Rennes, Brest, Clermont-Ferrand, Roubaix et Saint-Denis – où la tête de liste LFI était soutenue par le PC.
Ils reculent de moins d’un tiers du score 2024 dans 76 communes (pour près de 2 848 000 inscrits). Dans cette catégorie, on trouve par ordre d’importance : Nice, Nantes, Bordeaux, Lille, Aix-en-Provence, Tours, Grenoble, Metz, Perpignan.
En revanche, ils perdent plus des deux tiers de leur capital de départ dans 27 communes (740 000 inscrits au total), dont 18 se trouvent en Île-de-France. Parmi les pertes les plus importantes, on trouve Le Havre, Nîmes, Mulhouse, Aulnay-Sous-Bois, Aubagne, Chelles et Massy.
Comme cela a été largement commenté, La France insoumise – pas plus d’ailleurs que le Rassemblement national – n’a donc pas traduit partout en conquêtes locales ses scores souvent brillants des européennes.
Il faudra bien sûr d’autres études plus fines que le seul niveau communal. Mais d’ores et déjà, on peut suggérer quelques hypothèses. L’histoire plus ancienne du communisme municipal indiquait que l’influence politique suppose de relier deux grandes dimensions : le substrat social (pour LFI comme pour le PC la représentation des catégories populaires) et des traits plus symboliques (l’image de la société égalitaire possible) et politiques (la manière de conquérir des majorités).
Avec ses thématiques de la « nouvelle France », LFI met l’accent sur les dimensions d’un peuple qui n’est plus celui des temps de la seconde révolution industrielle et de l’État providence. Mais quelle que soit leur importance, ces traits nouveaux ne rendent pas compte de la totalité de la réalité populaire.
Quant au volet proprement politique, il suppose que soient raccordés l’ambition locale et le projet politique à vocation majoritaire. Or pour l’instant, les insoumis se présentent bardés d’un programme ambitieux, mais l’accompagnent d’une stratégie politique où le souci de la différence prime sur celui du rassemblement – quitte, au dernier moment, à en appeler à l’unité jusqu’alors refusée.En 2017 et 2022, Jean-Luc Mélenchon est parvenu à être le candidat le plus à gauche et le plus crédible. Mais en dehors du moment présidentiel immédiat, le souci de rassembler la gauche n’est guère au centre du discours et de la pratique insoumises. Dans un premier abord, pour des élections devenues de faible participation civique, la mobilisation des plus motivés peut obtenir des résultats ponctuels significatifs. Mais le problème est de passer du ponctuel à l’étendu. Or ce n’est pas seulement une question de ruissellement… Pour LFI, il ne suffira pas de continuer dans la même direction, mais de mesurer les limites des choix stratégiques, de corriger ce qui doit l’être et d’inventer avec d’autres ce qui relancera vraiment une dynamique politique à gauche.
Rassemblement national : des déceptions… et pourtant
Les listes présentées par le Rassemblement national progressent sur 2024 dans 25 villes, regroupant plus d’un million d’inscrits. On y trouve entre autres le quatuor des plus de 30 000 inscrits : Marseille, Toulon, Nîmes, Perpignan et Fréjus. Le Midi méditerranéen et la France du Nord : nous sommes donc bien au cœur de la France du parti à la flamme bleue.
Le RN perd moins d’un tiers de son score de 2024 dans 156 communes rassemblant près de 2 258 000 inscrits. Au sommet du tableau, les plus de 50 000 inscrits (Rennes, Lille, Reims, Villeurbanne, Le Mans, Saint-Etienne, Metz, Avignon et Saint-Nazaire), mais aussi Pau, Poitiers, Martigues, Albi, Montélimar, Tarbes, Lens, Le Grand-Quevilly, Saint-Dizier…
En bref, des villes dont certaines n’ont pas été conquises au premier tour, comme l’espéraient les amis de Jordan Bardella, mais où l’implantation du RN se consolide. Et ce d’autant plus que, en bas du tableau, les pertes de plus des deux tiers ne concernent que 31 villes, dont les plus importantes sont Boulogne-Billancourt, Cannes, Colombes, Béziers et Valence.
Le Rassemblement national aura eu, au soir et au lendemain du premier tour, moins de visibilité que les péripéties tactiques de la gauche et de la droite officielles. Il aura dû tenir compte de la concurrence, inattendue sur le plan local, de Reconquête et de ses tentatives de jouer le rôle de tête-de-pont entre l’extrême droite et une droite classique dont la base se radicalise.
Au soir du 15 mars, le RN n’a pas gagné toutes les batailles, mais sa toile continue de se tisser…
Dans des villes moyennes le RN a pu présenter des listes.
Pour la première fois ils se sont présentés dans ma commune 35 (9500 habitants) .
Résultats : 18 % , triangulaire pour le deuxième tour .
Très malins ils ont fait une campagne sur les problèmes de la commune , pas sur leurs obssesions nationales.