14-Juillet : la patrie ou la mort, nous vaincrons

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La bataille fait rage pour donner un sens aux mots France et République. Ordre, liberté, émancipation, démocratie : l’extrême droite menace, la gauche doit faire front.

Il est parfois doux de regarder l’histoire avec la distance du temps passé, comme si elle était dans une vitrine ou une boule à neige. Il en reste des couleurs et des fantasmes, des scientifiques qui cherchent et des mémoires qui se creusent. Les célébrations du 14-Juillet sont de cette matière-là : fête populaire dès 1790, elle devient militaire sous Napoléon. Mais c’est à la fin du 19e siècle, en 1880, 10 ans après la défaite de 1870 contre la Prusse, qu’elle devient l’événement militaire annuel que l’on connaît aujourd’hui : la France est une armée redressée, nos militaires assurent notre puissance nationale. Le contexte actuel de réarmement européen et français donne une continuité tragique à cette tradition.


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Pourtant, la célébration du 14 juillet 1789 est aussi celle d’une promesse, qu’aucun ordre ne soit immuable lorsqu’il repose sur l’injustice. Les ressorts de notre identité nationale y reposent : ceux d’un pays ouvert et politique, de la lutte pour une République qui s’est peu à peu dotée d’un moteur qui a pour nom égalité. Les batailles sont âpres pour savoir ce que l’on met derrière le mot France : d’aucuns y voient la puissance révolutionnaire et l’intégration lumineuse du progrès humain au cœur du projet politique, quand d’autres pensent qu’il existe une essence éternelle à la nation. 

Il y a des moments où l’histoire cesse d’être un objet d’étude pour redevenir une question brûlante : nous y sommes. La France n’est pas seulement traversée par les inégalités, la précarité ou la violence du capital. Elle est désormais confrontée à un péril qui menace les conditions mêmes de notre vie démocratique. L’extrême droite n’est plus une protestation mais une prétendante au pouvoir. Elle ne promet pas seulement une autre politique mais une autre République où l’égalité s’efface derrière l’identité, où les libertés cèdent la place à l’ordre, où l’État de droit devient un obstacle à contourner voire à renverser.

Jaurès le comprenait déjà. La République n’est pas un compromis qui efface les conflits mais le cadre qui permet de les mener librement. Voilà ce qui pourrait être le sens du 14-Juillet. Non une célébration nostalgique, ni une démonstration de force, mais le rappel que la France ne vaut que par la promesse qu’elle porte.

Face à ce danger, la gauche ne doit renoncer à rien de son projet d’émancipation sociale. Elle continuera de combattre les privilèges, la concentration des richesses et la domination du marché. Mais elle aurait tort de croire qu’elle peut défendre seule les fondements de la République. Il est des circonstances où une autre frontière s’impose. Non plus celle qui sépare le travail du capital, mais celle qui distingue l’acceptation du retour de la réaction de celle du maintien vivant de l’héritage républicain. Tous ceux qui refusent que la France se referme sur la peur, la haine et l’exclusion ont aujourd’hui une responsabilité commune.

Jaurès le comprenait déjà. La République n’est pas un compromis qui efface les conflits mais le cadre qui permet de les mener librement. Il ne s’agit pas d’oublier ce qui nous oppose, mais de préserver ce qui rend encore possible le désaccord : la démocratie, la liberté de conscience, l’égalité des citoyens. Voilà ce qui pourrait être le sens du 14-Juillet. Non une célébration nostalgique, ni une démonstration de force, mais le rappel que la France ne vaut que par la promesse qu’elle porte. La patrie n’est ni une race, ni une religion, ni un héritage figé. Mais un projet politique dans lequel la gauche doit porter un projet cohérent et puissant mais inséré dans un projet plus large, le projet républicain.

« La patrie ou la mort », dit-on sous tous les continents. Il faut empêcher que la République ne soit défaite de l’intérieur. Le 14 juillet 2026 ne célèbre pas une France achevée : il célèbre une France qui est. La patrie est toujours devant nous, dans ce combat jamais terminé pour l’égalité, la liberté et la fraternité. Et c’est seulement en le menant sans écarter tous ceux qui refusent la régression démocratique que nous pourrons vaincre.

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4 commentaires

  1. Lucien Matron le 15 juillet 2026 à 05:48

    Les célébrations du 14 juillet ont marqué une nette évolution dans l’expression politique de ce que représente la République. Entre la démonstration de force militaire sur les Champs Élysées voulue par le président Macron pour le dernier défilé de son double mandat et le discours identitaire de Ciotti à Nice pour rendre hommage aux victimes de l’odieux attentat terroriste du 14 juillet 2016, chacun aura pu ressentir les dangers et les dérives vers une France qui ne serait plus la France des lumières, de l’émancipation et de la paix. Nous devons refuser de tomber dans le piège mortifère d’une France rabougrie, peureuse, haineuse, enfermée dans des dogmes contraires à ses principes et ses valeurs de solidarité, de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité.

  2. lemasseur le 15 juillet 2026 à 09:22

    Comment ne pas souscrire, mais comment oublier que la République dès sa troisième itération (la plus longue alors) après ses deux brèves prédécesseuses issues de révolution commença par les massacres et la répression de la Commune et s’épanouit ensuite dans la colonisation, les massacres, les pogroms pour s’achever en se donnant à Pétain?
    Quant à la Cinquième…Les « valeurs de la Républiques » sont-elles solubles dans le 17 octobre 1961, la forfaiture du Traité de Lisbonne n’est-elle pas dans son adn?

    Le projet émancipateur républicain est un projet non réalisé, un horizon qui recule d’autant plus facilement que jamais il ne s’incarna, sinon dans cette Commune rejetée dans les tréfonds de la mémoire collective: Combien de boulevards Thiers, ce proto-fasciste massacreur de peuples?

  3. Lionel Mutzenberg le 16 juillet 2026 à 11:02

    Que dire de plus, merci à vous !

  4. Lafleur le 24 juillet 2026 à 17:28

    Cher Pablo,

    Je partage votre inquiétude devant la progression de l’extrême droite. Mais il me semble que votre raisonnement inverse l’ordre des contradictions.

    Vous écrivez qu’il existerait désormais une frontière plus décisive que celle qui oppose le travail au capital : celle qui séparerait les défenseurs de la République de ceux qui accepteraient la réaction. C’est précisément là que je m’interroge.

    Pour un marxiste, la République n’est jamais une abstraction. Elle est toujours traversée par les rapports de classes. La défendre ne peut consister à reconstruire un bloc républicain indifférencié ; elle suppose d’abord de reconstruire une hégémonie populaire autour du monde du travail (cf. Front populaire de 1936-1938).

    Paul Nizan écrivait que « toute vérité est bonne à dire ». La vérité est aussi que l’extrême droite prospère sur des décennies de désindustrialisation, de précarisation, d’abandon des services publics et de renoncements de la gauche gouvernementale, incarnée par des directions sociales-démocrates et écologistes. On ne combattra pas durablement le RN par un seul front moral ou républicain ; on le combattra en redonnant une perspective politique aux producteurs, aux salariés, aux ouvriers, aux employés et à la jeunesse populaire.

    Georges Politzer rappelait que le marxisme part toujours du réel concret et des contradictions matérielles, non des idées abstraites. Si la République est fragilisée aujourd’hui, c’est parce que le capitalisme contemporain détruit les conditions sociales qui lui donnaient une assise populaire : travail, industrie, services publics, souveraineté économique, sécurité sociale, paix. C’est pourquoi je trouve que le 40ᵉ congrès du PCF marque une évolution importante. En remettant au centre le travail, la réindustrialisation, la planification, la souveraineté populaire, la paix et la reconstruction de l’organisation communiste, il ne renonce nullement à la République ; il cherche au contraire à lui redonner une base sociale.

    Fabien Roussel comme Léon Deffontaines défendent justement cette idée : on ne gagnera pas les catégories populaires uniquement par des appels au « barrage » ou au « vote utile », mais en reconstruisant une espérance concrète autour de la production, de l’emploi, de la maîtrise publique de l’énergie, avec le plan climat empreinte 2050, des services publics et de la démocratie dans l’entreprise. Nous devons rompre avec l’austérité imposée par la contrainte budgétaire européenne et seul le PCF le propose une telle rupture.

    LFI propose essentiellement de taxer et la répartition des riches produites par le mode de production et d’échange capitaliste ; contre le Russie et contre la Chine avec l’UE. Le soutien à Cuba et au Vénézuela est timide. Le discours populiste du plan A plan B a vécu. Il n’était plus dans le programme de 2022 concocté par Pierre Marion et Clémence Guetté.

    La République ne sera pas sauvée contre le peuple ; elle sera sauvée avec lui. Et cela suppose de renouer avec la conscience de classe, car l’antifascisme durable ne peut être séparé de la lutte contre les causes sociales qui nourrissent le fascisme.

    Au fond, je crois que notre divergence est là : vous faites de la République le préalable de la question sociale ; je pense, avec la tradition marxiste, que c’est en reconstruisant un bloc populaire autour des intérêts du travail que l’on donnera à la République les moyens de résister durablement à la réaction.

    Notre débat ne porte sans doute pas tant sur la République que sur les conditions de son devenir. Pour Gramsci, une République ne devient réellement populaire que lorsqu’une classe capable de porter un projet universel conquiert l’hégémonie culturelle et politique. C’est pourquoi je continue de penser que la reconstruction de la conscience de classe n’est pas une question parmi d’autres : elle est la condition même d’une République véritablement démocratique et sociale.

    Fraternellement,

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