đŽ CYBERHARCĂLEMENT DU JOUR
Honte Ă ceux qui sâen prennent Ă Lyes Louffok
Lyes Louffok est un militant reconnu pour les droits des enfants placĂ©s. Il fut par deux fois candidat LFI aux lĂ©gislatives de 2022 et 2024. Il vient d’annoncer soutenir le socialiste Emmanuel GrĂ©goire Ă Paris. Depuis, il subit un dĂ©luge dâinsultes et dâattaques sur les rĂ©seaux sociaux, au point dâavoir dĂ» les quitter. Un cyberharcĂšlement qui vise une personnalitĂ© largement respectĂ©e, bien au-delĂ des clivages partisans. Ce climat de brutalitĂ© politique est trop frĂ©quent dans une partie de la sphĂšre militante insoumise. Edwy Plenel, ClĂ©ment Viktorovitch ou encore Dominique de Villepin en ont rĂ©cemment fait les frais. Ces pratiques massives disent quelque chose dâune culture politique faite de violences, dâinvectives et dâintimidation. La gauche ne peut ni la banaliser ni la tolĂ©rer.
Les seules critiques, virulentes de plus, autorisĂ©es ne doivent viser que JLM, c’est pourtant bien connu.
Pablo, j’adhĂšre sans rĂ©serve Ă la dĂ©nonciation que vous faites de ce cyber harcĂšlement injuste et m’y associe dâabord pour affirmer clairement mon soutien Ă Lyes Louffok. Subir des attaques personnelles et des campagnes dâinvectives en ligne est une Ă©preuve rĂ©elle, et personne engagĂ© dans un combat aussi essentiel que celui des droits des enfants placĂ©s ne devrait avoir Ă traverser cela. Sur ce point, il ne peut pas y avoir dâambiguĂŻtĂ© : ces pratiques nâont aucune place dans le dĂ©bat politique!
Mais comme vous vous en doutez dĂ©jĂ , je m’empresse d’ajouter que lĂ oĂč votre texte me laisse plus rĂ©servĂ©, câest dans le glissement qui consiste Ă partir de cet Ă©pisode pour Ă©voquer une « sphĂšre militante » dont ces comportements rĂ©vĂ©leraient la culture politique.
Ce type de formulation laisse entendre une responsabilitĂ© politique diffuse « à gauche », dont nous savons qu’elle vise sans vraiment la dĂ©montrer, la France Insoumise. Or la brutalisation des interactions sur les rĂ©seaux sociaux traverse aujourdâhui lâensemble de lâespace politique. Logique de meute, amplification algorithmique, polarisation permanente : ces mĂ©canismes produisent des emballements qui dĂ©passent largement les organisations politiques elles-mĂȘmes!
Autrement dit, il y a bien un problĂšme rĂ©el de violence dans certaines interactions en ligne, mais en faire le marqueur dâune culture politique particuliĂšre me paraĂźt un raccourci analytique qui simplifie un phĂ©nomĂšne beaucoup plus large…
Quant au choix de Lyes Louffok de soutenir un candidat quâil estime susceptible de faire avancer la cause quâil porte, je peux le comprendre… Lorsquâon mĂšne un combat aussi concret que celui de la protection de lâenfance, on cherche naturellement les leviers politiques qui semblent disponibles.
Mais je dois aussi dire, trĂšs explicitement, que ma mĂ©fiance Ă lâĂ©gard du choix d’un candidat PS nâest pas abstraite. Elle sâappuie sur une expĂ©rience politique bien rĂ©elle : les pratiques du Parti socialiste lorsquâil exerce le pouvoir ont Ă plusieurs reprises montrĂ© combien des causes portĂ©es par la sociĂ©tĂ© civile peuvent ĂȘtre absorbĂ©es, neutralisĂ©es ou relĂ©guĂ©es une fois passĂ©es dans la logique de gestion institutionnelle. Cette mĂ©fiance a priori nâest donc pas gratuite ; elle est le produit dâune histoire politique.
Cela nâenlĂšve Ă©videmment rien Ă la sincĂ©ritĂ© de lâengagement de Lyes Louffok ni Ă la lĂ©gitimitĂ© de son combat, qui mĂ©rite dâĂȘtre soutenu. Pour autant je ne peux que m’empresser de souhaiter qu’il ne subisse une seconde violence bien plus grande lorsque ce candidat trahira, ce qui statistiquement s’avĂšre l’option la plus probable, la promesse qui lui a certainement Ă©tĂ© faite pour obtenir son soutien…
De fait, la question de fond reste entiÚre : comment faire en sorte que des causes comme celle des enfants placés ne deviennent pas simplement des ressources symboliques mobilisées dans les moments électoraux, mais des priorités politiques effectives une fois les institutions conquises ?
Tant d’angĂ©lisme me laisse pantois, et pour tout dire assez estomaquĂ©…
La sociĂ©tĂ© est violente, toute la sociĂ©tĂ© est violente. Les rapports sociaux sont violents, le management gĂ©nĂ©ralisĂ© est violent, la maltraitance des institutions est une rĂ©alitĂ©, l’extrĂȘme pauvretĂ© est une violence massive, le non accĂšs aux soins est d’une violence sans nom, la reproduction Ă l’identique gĂ©nĂ©ration aprĂšs gĂ©nĂ©ration de la mĂȘme pauvretĂ©/prĂ©caritĂ© gĂ©nĂšre le dĂ©sespoir et la violence, trois personnes meurent au travail chaque jour dans l’indiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale ce qui montre l’habituation Ă la violence y compris la plus extrĂȘme.
Et il faudrait que « le monde politique » soit un havre de concorde, de vivre ensemble et de dialogue respectueux, de qui vous moquez-vous?
Si j’Ă©tais taquin, je dirais que vous ĂȘtes choquĂ© par la violence en politique parce que vous ignorez qu’en France la violence est la rĂšgle. Comment voulez-vous avoir en mĂȘme temps un pays apaisĂ© et une explosion des inĂ©galitĂ©s renvoyant la pĂ©riode fĂ©odale Ă un idĂ©al de partage? La souffrance est quotidienne pour une large majoritĂ©, le bien ĂȘtre Ă©tant rĂ©servĂ© Ă un tout petit nombre. L’inquiĂ©tude est le pain quotidien, la peur irrigue tout.
La politique dans une sociĂ©tĂ© en conflit violent et permanent ne peut pas ĂȘtre apaisĂ©e, et ce genre de mĂ©saventure lamentable arrivĂ©e Ă ce militant n’a strictement rien d’Ă©tonnant, et ce n’est pas en faisant en sorte que ces comportements ne relĂšvent que de la sphĂšre personnelle et de l’Ă©ducation de chacun et chacune que l’on pourra envisager de changer les choses.