Un boulevard pour Bardella ?

L’inéligibilité de Marine Le Pen serait une aubaine pour une candidature du jeune président du RN. Pas gagné d’avance !
Dans la bouche de Marine Le Pen, il y a un avant et un après condamnation à l’inéligibilité : « Jordan Bardella a la capacité d’être président de la République », sur BFM le 30 mars ; « Jordan Bardella est un atout formidable pour défendre le mouvement ; j’espère que nous n’aurons pas à utiliser cet atout plus tôt qu’il n’est nécessaire », sur TF1 le 31 mars.
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Marine Le Pen a été condamnée à 4 ans d’emprisonnement, dont 2 ferme aménageables sous bracelet électronique, 100 000 euros d’amende et une peine d’inéligibilité de cinq ans avec application immédiate pour avoir joué un « rôle central » dans le système du parti qui lui a permis de détourner 4,6 millions de fonds publics européens. Une peine que ne reconnaît pas la triple candidate à la présidentielle.
Or, la résistance de Marine Le Pen pour conserver son statut de candidate naturelle du parti est une balle dans le pied du RN. Le temps va manquer – la présidentielle, c’est demain ! – et Marine Le Pen joue la montre, sonnée par la sentence des juges. En attendant, c’est Jordan Bardella qui est empêché.
Jordan Bardella a besoin de temps et que Marine Le Pen s’éclipse. On ne mène pas campagne avec maman dans le dos. Aussi, sa candidature ne saurait souffrir d’une hésitation de la part de la grande cheffe.
Certes, les sondages, dès à présent, le place en tête des intentions de vote, à la même hauteur que Marine Le Pen. La base partisane du RN reste fidèle, pour le moment.
Mais le président du RN a-t-il le profil pour être autre chose qu’un atout de Marine Le Pen ? Son inexpérience, son jeune âge, sa proximité avec l’extrême droite « diabolisée »… ne joue pas en sa faveur. Il est le tenant de la droite conservatrice-libérale, la droite hors les murs, l’union des droites, bref, tout ce qui va à l’encontre des années de travail de Marine Le Pen et son populisme-national. Jordan élargissait le spectre de couleurs de Marine, mais Bardella vaut-il quelque chose sans Le Pen ?
Certes, sa côte de popularité est au plus haut. Il cultive son image auprès de la jeunesse, très présent sur les réseaux sociaux, il fait de la muscu, joue aux mêmes jeux vidéos que les jeunes et pourtant… Les 18-24 ans sont ceux qui ont la moins bonne opinion de lui, ceux qui souhaitent le moins sa candidature, ceux qui ont le moins voté Marine Le Pen en 2022 et les plus abstentionnistes. Paradoxalement, les 65 ans et plus sont la tranche d’âge qui a la meilleure opinion du garçon et votent tout aussi peu Le Pen que les plus jeunes…
en % (source : Ifop) | abstention au 1er tour 2022 | vote Le Pen au 1er tour 2022 | souhait de candidature de Bardella | bonne opinion de Bardella |
18-24 ans | 41 | 18 | 30 | 35 |
25-34 ans | 22 | 24 | 44 | 36 |
35-49 ans | 27 | 29 | 45 | 41 |
50-64 ans | 22 | 26 | 46 | 37 |
65 ans et + | 22 | 18 | 42 | 50 |

Tout ceci va peser, semaine après semaine, dans la balance. N’oublions pas non plus que Jordan Bardella est visé par une plainte pour emploi fictif et escroquerie. Les chats de Marine ne font pas des chiens.
Pour l’heure, le bougre affiche sa « loyauté » à la patronne et la stratégie de contre-attaque médiatique pose des bases trumpistes : les juges confisquent la démocratie. Cet argumentaire vaudra-t-il dans la tête des électeurs marinistes ? Ou bien lâcheront-ils le RN d’un simple « Tous les mêmes, tous pourris » ?
Jordan Bardella va devoir ramer pour contrer les attaques incessantes dont son parti fera l’objet, si jamais son hypothétique campagne démarre un jour. D’ici là, il a besoin de temps et que Marine Le Pen s’éclipse. On ne mène pas campagne avec maman dans le dos. Aussi, sa candidature ne saurait souffrir d’une hésitation de la part de la grande cheffe.
D’autant que la concurrence est là. Marine le Pen avait le poids politique pour l’écraser. Depuis sa condamnation, ils doivent y croire à nouveau, les Zemmour, Maréchal et Ciotti, mais aussi les Retailleau, Wauquiez ou Darmanin. La guerre de succession du lepenisme sera tout aussi rude en interne qu’en externe. Marine Le Pen sombre et laisse un trou noir dont la force gravitationnelle va chambouler la droite française. Jordan Bardella est en première ligne.