TRIBUNE. Monsieur Macron, il faut aider Cuba
Dans une lettre ouverte au président de la République, Pierre Lebret interpelle le chef de l’État sur la condition du peuple cubain et l’illégal blocus qu’il subit de la part des États-Unis.
Monsieur le président,
Cuba traverse aujourd’hui l’un de ces moments où l’histoire se resserre brutalement sur un peuple. Pénuries alimentaires, effondrement du système de santé, coupures d’électricité, exode massif : l’île caribéenne vit une crise sociale et humaine profonde, dont les premières victimes sont les plus vulnérables. Ce n’est pas une crise idéologique. C’est une crise de survie.
Face à cela, il n’est plus temps pour les prudences abstraites. C’est le temps du courage.
Depuis plus de soixante ans, le peuple cubain subit un régime de sanctions économiques dont les effets ont largement dépassé toute justification politique. Le durcissement extrême imposé sous l’administration Trump — sanctions financières, mesures extraterritoriales, entraves aux transactions humanitaires, inscription de Cuba sur la liste des États soutenant le terrorisme — a aggravé une situation déjà fragile, plongeant la société cubaine dans une précarité systémique.
Or ce régime de sanctions pose un problème fondamental : il viole le droit international.
Chaque année depuis 1992, l’Assemblée générale des Nations unies condamne quasi unanimement l’embargo américain contre Cuba comme contraire à la Charte des Nations unies et aux principes de souveraineté des États. Les sanctions extraterritoriales constituent une atteinte directe à l’ordre juridique international, en prétendant soumettre des États tiers à une législation nationale étrangère. Elles fragilisent le multilatéralisme que la France affirme pourtant défendre.
Ce sont aujourd’hui les familles, les enfants, les personnes âgées, les soignants qui paient le prix d’une stratégie de pression qui a échoué politiquement et qui échoue moralement. Une politique qui asphyxie une population entière ne peut ni produire la démocratie ni prétendre à la légitimité.
La France aime à se penser comme une puissance d’équilibre, attachée au droit, à la dignité humaine, au refus de la loi du plus fort. Mais ces principes n’ont de sens que s’ils sont mis à l’épreuve du réel. Les valeurs n’existent pas sans courage pour les défendre, surtout lorsqu’elles exigent de s’écarter du confort de l’alignement et du silence.
Le courage, aujourd’hui, ne consiste pas à approuver un régime. Il consiste à refuser que des peuples soient pris en otage par des stratégies de domination inefficaces. Il consiste à dire que l’aide humanitaire ne doit jamais être conditionnelle. Il consiste à affirmer que le droit international ne peut être invoqué ici et oublié ailleurs.
La France doit donc agir. Agir pour permettre une aide humanitaire immédiate et sans entrave. Agir pour soutenir les secteurs vitaux — santé, alimentation, énergie. Agir politiquement, enfin, en portant au sein de l’Union européenne et des instances internationales une parole claire : celle du respect du droit international et de la levée de mesures qui frappent indistinctement une population entière.
Il y a des moments où gouverner, ce n’est pas gérer. C’est choisir. Choisir de parler quand d’autres se taisent. Choisir d’agir quand l’inaction devient une forme de renoncement.
Monsieur le président, Cuba est aujourd’hui un test. Non de notre puissance, mais de notre courage. Non de notre capacité à condamner, mais de notre volonté d’assumer. La France peut — et doit — être de ceux qui tendent la main quand un peuple vacille. Non par naïveté. Mais par fidélité à elle-même.
Veuillez croire, monsieur le président de la République, en l’expression d’une exigence citoyenne, humaniste et profondément républicaine.