On n’interdit pas la jeunesse

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Le mouvement des jeunes devient un vrai enjeu politique. L’État veut l’étouffer dans la répression, l’extrême droite espère bénéficier du désordre et d’une demande d’autorité. Les gauches sociales et politiques amorcent une réponse.

Tout le monde anticipait une révolte déclenchée par le prix des carburants. On pouvait espérer une mobilisation à la suite de l’été caniculaire. Et c’est autre chose qui advient : des lycéens, aujourd’hui rejoints par des étudiants, se sont mis en mouvement. Contre toutes les simplifications, il faut admettre que personne ne déclenche une grève générale ni n’instrumentalise une lutte massive. La leçon doit être entendue : un mouvement social n’est ni prévisible ni manipulable, ni par les syndicats, ni par les partis. Leur place est autre : aider à l’organisation de la lutte, transmettre l’histoire et des savoir-faire, débattre dans le mouvement sur les suites sociales et politiques, négocier le cas échéant. Qu’ils sont loin du réel, ceux qui, inquiets, depuis leurs endroits de pouvoir, voient la main de « LFI et ses proxys de l’ultra-gauche ».


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Le mouvement lycéen est à la fois sérieux et poétique. Il s’enclenche sur des revendications simples et claires : on veut des profs et on veut des conditions d’études normales ; on veut des emplois du temps pour une vie de jeunes, on ne veut plus de Parcoursup et ses algorithmes incompréhensibles et méchants. Ce mouvement prend sa puissance dans un désir de vivre, d’être ensemble, joyeux. Il s’ancre dans une révolte contre l’injustice sur fond d’angoisse face à l’avenir. Cette vitalité et ce stress, tous les jeunes le connaissent, toutes les familles le partagent.

Les jeunes prennent en pleine face la détérioration de leur lycée, l’absurdité inhumaine d’un système, l’avenir en point d’interrogation. Les seuls discours qu’on leur déverse les enfoncent : ils seraient abrutis par leurs réseaux sociaux et de plus en plus nuls, la preuve par Pisa. Il va faire très chaud, l’eau peut manquer mais l’urgence absolue serait de brimer leurs parents pour rembourser la dette. La retraite ? Même pas en rêve. Les boulots ? Détruits par l’IA. La police ? Hostile mais jamais sanctionnée. Franchement, comment ne pas partager ces inquiétudes ?

Le mouvement lycéen est à la fois sérieux et poétique. Il s’enclenche sur des revendications simples et claires : on veut des profs et des conditions d’études normales ; on veut des emplois du temps pour une vie de jeunes, on ne veut plus de Parcoursup et ses algorithmes incompréhensibles et méchants. Ce mouvement prend sa puissance dans un désir de vivre, d’être ensemble, joyeux.

La révolte, quand on a 15 ans, ça part dans tous les sens. Tous ceux qui ont des ados à la maison savent que c’est compliqué de calmer une colère. Comment imaginer que la police montée, les LBD, les sanctions de la justice, les lycées fermés et les cours en visio produiront autre chose que de la révolte décuplée ? On peut mater les jeunes mais la leçon reste. La preuve par Nahel.

La responsabilité des partis, des syndicats, des élus, des parents, des profs est de dire qu’on est avec les lycéens, qu’on les comprend, qu’on veut les protéger. De premiers syndicats donnent un rendez-vous mardi 6 octobre. Il importe que ces moments de soutien soient réussis pour que la société n’en conclut pas qu’il faut davantage de police et d’autorité, mais davantage d’avenir et d’imagination.

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