Avec Bernie Sanders, on était à la manif « No Kings III »
La résistance à la politique nationale et internationale de Donald Trump continue de s’organiser. Nous étions dans le sud de Boston, ce samedi, pour voir et comprendre ce mouvement d’ampleur.
L’Iran, la Palestine, Cuba, le Mexique, les politiques migratoires de l’ICE, la désinformation, le démantèlement des politiques de diversité : c’est dans cette saturation médiatique et politique qu’a eu lieu, samedi 28 mars, la troisième grande mobilisation nationale « No Kings » contre la politique administrative de Donald Trump. Plus de huit millions de personnes ont manifesté dans plus de 3000 villes, de Portland à San Francisco, de San Antonio jusqu’au nord du Montana.
Derrière l’ampleur des événements s’est joué quelque chose de plus large : la possibilité de se réunir et de s’organiser. Des mouvements comme Indivisible (nom tiré du slogan américain « One nation, indivisible ») et 50501 (pour « 50 États, 50 manifestations, 1 jour »), des réseaux militants progressistes décentralisés visant à coordonner des mobilisations contre la droite américaine, ont passé des semaines à encourager la création d’événements locaux. Leur mot d’ordre ? « Si vous êtes à plus de 30 minutes en voiture, lancez votre propre événements. Si vous savez organiser une fête d’anniversaire, vous êtes capables de structurer et d’organiser une manifestation. » Leur stratégie s’appuie sur les recherches d’Enrica Chen dans Why Civil Resistance Works, qui affirme que, si 3,5% de la population se rassemble de manière durable et organisée, des transformations majeures deviennent possibles.
« Quand les historiens écriront à propos de cette période terrible de l’histoire de notre pays, quand ils écriront à propos du sens du sacrifice et du courage, les habitants du Minnesota auront droit à un chapitre à part entière. Face à l’occupation inédite de la ville par l’ICE, l’armée privée de Trump, cette communauté s’est révoltée, s’est battue, a gagné. Minnesota à montré au pays et au monde ce que sont la démocratie, le militantisme de terrain et le combat pour les idéaux de liberté et de justice. »
Bernie Sanders, sénateur démocrate lors d’un rassemblement à Saint Paul
Barbara, Irano-Américaine que nous avons rencontrée dans le sud de Boston, a installé 165 objets en mémoire des écoliers assassinés à Minab, en Iran : « J’espère que ceux qui sont mobilisés aujourd’hui décideront de s’organiser, car nous voulons construire un véritable mouvement ». Chaque association élabore le même constat : ne pas s’arrêter au 28 mars. Pour Mamie Covell de ACLU Massachusetts (Union américaine pour les libertés civiles), « cet évènement est une excellente première étape pour découvrir ce qu’est une manifestation, connaître ses droits et entrer en contact avec des organisations locales. Nous voulons aider les gens à s’impliquer durablement, pas seulement pour une journée. » Martha Laposata, membre d’Indivisible, explique que le travail se fait au niveau local, étatique et national : « Notre objectif est d’éduquer les gens, de lutter contre la désinformation et de mobiliser les citoyens afin de faire comprendre à leurs représentants que nous n’aimons pas ce qui se passe dans notre pays, ce que l’on fait aux immigrés, les politiques fiscales qui sont mises en place. »
De l’autre côté de la rue, Ethan Strominger, un membre de Bearing Witness nous explique que leur stand réunit quatre associations qui ont vu leur projet naître en janvier dernier, quand les rafles menées par ICE ont atteint leur paroxysme. À l’origine, c’était juste deux amis qui allaient manifester chaque mercredi devant le centre de détention de l’ICE à Burlington pour s’indigner des conditions illégales des immigrés. Très vite, le mouvement s’est développé et réunit aujourd’hui 600 personnes chaque mercredi. Leur mission est double : d’une part, avoir un impact médiatique pour pouvoir agir en cas d’arrestation illégale et encourager les gens à s’opposer à l’ICE ; de l’autre, fournir de l’aide, des informations juridiques et de la nourriture à la sortie des détenus du centre de Burlington.
« Alors que la population est divisée sur le plan politique, il y a un sujet qui fait consensus. Conservateurs, modérés et progressistes sont toutes et tous d’accord : cette guerre doit s’arrêter ! »
Bernie Sanders
Pour d’autres, la lutte principale est celle contre la désinformation. Sara Driscoll, membre d’Alliance for Water Justice in Palestine explique « mettre en lumière le vol des ressources en eau palestiniennes par le gouvernement israélien, un processus planifié depuis 2019 dans le cadre du projet sioniste visant à déplacer les Palestiniens et occuper leurs terres, jusqu’au génocide actuel. Nous menons des actions, des collaborations et des campagnes d’information tout au long de l’année. » Un membre de Mexico Solidarity Projet indique quant à lui que son organisation « vise à faire connaître la réalité de ce qui se passe au Mexique, notamment face au discours de Trump et de ses alliés qui présent le Mexique comme un pays à envahir ou à contrôler ».
Jeudi 26 mars, le mouvement Indivisible localisé à Hyannis proposait sur leur site web de se réunir pour envoyer des cartes postales dans les swing-states et convaincre les gens de voter. Parmi les mobilisés, Paola – dont tous les amis sont démocrates – et Susan – dont le beau-père et la mère votent républicain. Cette dernière fait de ces rassemblements des moments où elle peut sortir de sa bulle ultra-républicaine : « Je pense vraiment que la communauté c’est un gros moyen de résistance. Mais même si je ne parle plus à mon beau-père, je pense vraiment que notre cible principale doit être les gens qui votent républicain. »
« Bienvenue dans l’État le plus libre de notre pays, l’État où l’on choisit qui on aime, l’État où est libre de décider pour notre assurance santé, l’État où l’on est libre de croire ou non en Dieu et, le plus important, l’État où chacun et chacune a sa place. »
Tim Walz, gouverneur démocrate du Minnesota
Les États-Unis sont-ils condamnés ? Ce samedi 28 mars, certains ont essayé d’affirmer que non. Les Américains aiment à se rappeler des moments-clefs de leur histoire : les abolitionnistes contre l’esclavage, les luttes ouvrières pour la journée des huit heures, les suffragettes pour le droit de vote des femmes, les émeutes des homosexuels à Stonewall.
Une mobilisation de huit millions de personnes dans un pays qui en compte 348 millions ne suffira pas à renverser le pouvoir. L’impérialisme américain n’est pas né sous Donald Trump mais s’inscrit dans une structure et dans un système à l’œuvre depuis 1776. Mais ce qui s’est joué le 28 mars est la possibilité même de la résistance et de la lutte pour la démocratie. Comme l’écrivait au XIXe siècle l’ancien esclave devenu ambassadeur Frederick Douglass : « les limites des tyrans [ne sont-elles pas] fixées par l’endurance de ceux qu’ils oppriment ? »
Traduction de Bernie Sanders et Tim Walz assurée par Baptiste Orliange