Municipales : la réalité des résultats de LFI

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Après les scores spectaculaires des insoumis au soir du premier tour, quel résultat pour la stratégie de la « nouvelle France » dans les métropoles françaises ?

Dimanche soir la surprise a été totale : LFI a résisté aux dénigrements massifs dont elle a fait les frais ces dernières semaines. Beaucoup s’attendaient à un écroulement des listes insoumises. Et on apprenait qu’à Saint Denis l’alliance entre LFI et le PCF battait à plate couture le maire socialiste sortant : 50% contre 32%. À Toulouse, la liste de François Piquemal arrive en tête là où les rumeurs parlaient déjà de fusion technique avec des socialistes devant. Même cas de figure à Limoges. Dans la ville historiquement socialiste, c’est Damien Maudet qui embarquera toute la gauche pour la reconquête. À Roubaix, « à la mi-temps », l’équipe de David Guiraud a mit « 4-0 » aux listes concurrentes. Nulle doute qu’avec 47% des voix obtenues au premier tour, il va gagner le match. Enfin à Lille, le suspens a duré pour savoir qui serait en tête, socialistes ou insoumis. Autant de résultats fracassants qui ont impressionné. Les insoumis se sont sentis confortés dans leur stratégie en direction de la « nouvelle France », celle qui valorise les nouvelles générations, les immigrés et leurs enfants, les urbains.


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Peut-on confirmer ou non cette impression de succès ? L’examen des résultats dans les villes de 100 000 semble pertinent. C’est là que le scrutin fut le plus politisé. LFI a présenté des listes dans toutes ces villes et les populations qui y habitent sont au cœur du discours et de la nouvelle stratégie insoumise.

Comparer ces résultats aux municipales de 2020 n’aurait guère de sens. LFI était toute récente et conduisait très peu de listes. Les rapprocher de ceux de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2022 (22%) indique une zone d’influence. Les législatives de 2022 et de 2024 ne permettent pas d’évaluer la force de LFI (candidatures uniques de toute la gauche). En revanche, comparer les résultats des municipales avec le scrutin européen de 2024 est un indicateur plus proche. La gauche était déjà passablement divisée. LFI concourait sous sa bannière et rassemblait 9,8% des voix. La notoriété de Manon Aubry est comparable à celle des candidats locaux, parfois députés.

Pour mémoire, dans les 39 villes de plus de 100 000 habitants, en 2022, Jean-Luc Mélenchon réunissait moins de 25% dans seulement six de ces grandes villes universitaires, jeunes et cosmopolites ; il dépassait 30% dans 21 des 39 métropoles françaises. La liste de Manon Aubry restait sous la barre des 10% dans seulement trois de ces grandes villes (Toulon, Boulogne et Annecy). Aux municipales, LFI reste sous cette barre des 10% dans 14 métropoles, elle franchit celle des 15% dans 12 d’entre elles et les 20% dans 7 cas. Dans une seule ville, Saint-Denis, LFI est au-delà de 30%. Les résultats des listes LFI sont en deçà de ceux des européennes dans 32 villes et au-delà dans 7 : Toulouse, Bordeaux, Rennes, Saint-Denis, Clermont-Ferrand, Brest et Limoges. Naturellement ce sont dans ces villes où les listes LFI surperforment que se trouvent les espoirs de victoire – outre Saint-Denis, à Toulouse, Limoges et Argenteuil ses chances sont sérieuses.

Le plus souvent les scores de LFI aux municipales 2026 sont inférieurs à ceux obtenus aux européennes de 2024. Confirmation qu’une dynamique électorale nationale ne se traduit pas toujours en implantation municipale.

Le plus souvent les scores de LFI aux municipales 2026 sont inférieurs à ceux obtenus aux européennes de 2024. Le décrochage est parfois spectaculaire : près de 18 points perdus à Mulhouse, plus de 16 à Argenteuil, environ 12 à Montreuil et autour de 9 à 10 points dans des villes comme Marseille, Strasbourg ou Montpellier. Confirmation qu’une dynamique électorale nationale ne se traduit pas toujours en implantation municipale. Autant de cas où le type de campagne éclaire aussi les résultats.

Les municipales récompensent les partis inscrits dans la durée : réseaux militants, élus locaux, sociabilités associatives, capacité à gérer et à redistribuer des ressources. Ce que l’on appelle « des fiefs » ne relève pas d’un simple héritage, mais d’un travail patient d’ancrage. Et celui-ci ne concerne évidemment pas seulement les grandes métropoles. Là aussi le travail à accomplir est immense.

La distinction entre ancrage local et résultat national doit donc rester présente à l’esprit. Une faiblesse d’ancrage ne préfigure pas un décrochage politique national. En tout cas, les accords obtenus pour le second tour – à de rares exceptions près : Paris, Marseille, Rennes – laisse entrevoir une arrivée nouvelle d’élus locaux qui auront cette tâche. 

Bien que moins spectaculaires qu’on a voulu les voir dimanche soir, les résultats de LFI confirment que la stratégie de politisation des enjeux permet de mobiliser des électorats souvent loin du vote : jeunes et quartiers populaires. Ils ont aussi permis de relativiser, auprès de cet électorat, les polémiques du moment. Mais, le plus souvent, cette stratégie de la « nouvelle France » ne suffit pas à rassembler une majorité, localement ou nationalement.

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7 commentaires

  1. trintignac le 17 mars 2026 à 19:34

    Mouais. En tous les cas, ces élections auront eu le mérite éclatant de constater la dérive néolibérale du PS, préférant la victoire de candidats macronistes en refusant des accords avec LFI, voire même pire à Marseille, la prise symbolique de la cité phocéenne par une liste de fascistes. Ces mêmes socialistes qui, il y a 18 mois ne rechignaient pas une alliance avec ces infréquentables « antisémites » pour se refaire la cerise. François Hollande le premier qui a reconquis sa place de député de la Corrèze en « se compromettant » dans le NFP. « Que ta loyauté s’exerce sur ton propre soi. Ainsi, tu ne seras plus jamais traître envers les autres » (William Shakespeare).

  2. Lucien Matron le 18 mars 2026 à 08:52

    La comparaison et l’évolution des scores entre élections de nature différentes sont compliquées, mais l’étude de Catherine Tricot permet de confirmer les mobilisations populaires lorsqu’il existe de vrais enjeux . A l’inverse la multiplication des listes uniques sans panachage possible dans les communes rurales, donc sans véritable enjeu, accentue le phénomène d’abstention. A quoi bon se mobiliser, lorsque le ou la maire est connu.e avant le vote ?
    A noter également, la multiplication des listes sans étiquette. Plusieurs explications sont possibles : la désaffection pour le « politique », des listes idéologiquement disparates, ou les deux, par exemple. Or les municipales sont des élections très politiques dans la mesure, où toutes les communes sont rattachées à une communauté de communes ou une communauté d’agglomérations. A cet échelon, il faut bien se positionner pour les élections des présidents et des vice-présidents, ou encore des élus au sein des syndicats communaux divers…Par ailleurs, certains élus municipaux sont également des grands électeurs qui votent pour les élections sénatoriales…Dans mon département, il est à noter l’entrisme de certains candidats de droite extrême dans des listes uniques et sans étiquette, candidats qui ne manqueront pas de diffuser leurs idées et de se démarquer le moment venu. Il y a ici, un danger non négligeable et un constat de la volonté de la droite extrême pour infiltrer et mailler le territoire. Je ne trouve pas d’étude ou de dossier à ce sujet.

  3. carlos_H le 18 mars 2026 à 08:53

    Je vous rejoins sur ce papier, il remet un peu les choses à l’endroit et ça fait du bien de sortir du récit automatique sur LFI…
    Après, je vous avoue que je lis ça avec un petit pas de côté : on a déjà vu le film… un article qui corrige la charge extérieure… puis, juste derrière, qui la reprend à charge… une reprise dans le prochain article des cadrages pourtant dénoncés dans le précédent.
    J’attends avec impatience de lire votre prochain article pour voir par quel bout vous allez attaquer LFI…

  4. Siddi Aldo le 18 mars 2026 à 11:04

    Je souhaite une précision pour une prise en compte du résultat réel , ^par exemple pour Saint Denis , le maire est élu en gros par 10 % du corps électoral de la commune ! (sauf erreur de ma part)
    Où commence le triomphe !

    Merci pour votre analyse , car en effet , c’est valable pour tous, inutile de se mentir sur la réalité du résultat et les évolutions masquées !

    • carlos_H le 22 mars 2026 à 12:16

      Pour Saint Denis : 42,84 % de participation et la liste Bagayoko représente 21,14 % des inscrits.

  5. bathiard le 19 mars 2026 à 14:49

    Combien de listes présentées en France par LFI, cette année? Svp.

    • Yvan Rougier le 22 mars 2026 à 11:32

      Je partage le commentaire de Catherine tricot mais il faudrait prendre le temps de analyser le vote lfi en milieu rural et semi rural.

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