Les leçons pour toute la gauche des municipales

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Les partis de gauche devraient déterminer leur stratégie présidentielle à l’aune des élections municipales. Il vaut mieux ne pas enjamber ces analyses fines. 

Les résultats des élections municipales vont produire des réflexions et des effets dans l’ensemble des partis de gauche. La proximité de l’élection présidentielle oblige à des analyses fines, très souvent négligées une fois le scrutin terminé. Le parti socialiste s’est déchiré hier soir à ce sujet ; il n’y aura pas d’éclats visibles à LFI mais il est certain qu’autour de Jean-Luc Mélenchon les différents scrutins municipaux seront décortiqués pour penser la stratégie électorale à venir. 

Tout d’abord, si la gauche s’est une nouvelle fois légèrement affaiblie dans les sommets de la France urbaine (158 villes de plus de 20 000 habitants contre 171 en 2014), cela se produit qu’elle soit unie ou non. Emmanuel Grégoire et Benoît Payan n’ont pas eu besoin de s’allier avec LFI pour gagner à Paris et à Marseille. Mais Nantes et Grenoble n’auraient sans doute pas été sauvées sans la dynamique de l’union. En revanche, des villes ont été perdues par la gauche, à cause de sa division, comme à Champs-sur-Marne et au Kremlin-Bicêtre. Dans d’autres cas, la division a empêché la gauche d’emporter la mise, comme à Noisy-le-Grand ou à Montrouge.

On est assez loin des sondages qui affirment que seule la moitié des électeurs socialistes sont désormais favorables à des unions avec La France insoumise. Il semble que les enjeux locaux, que la personnalité du candidat insoumis, son ancrage local et le style de campagne aient érodé ces refus. Sur France Culture mardi matin, le directeur des études de l’Ifop, Jérôme Fourquet, avance les résultats de leur étude à Toulouse sur des bureaux tests. Dans cette ville, l’insoumis François Piquemal arrivait en tête au premier tour et rassemblait toute la gauche au second. Selon cette étude, 30% des électeurs de la liste socialiste – soit près de 12 000 électeurs – ne se seraient pas reportés. La moitié s’abstenant, l’autre votant pour le candidat de droite.

Finalement, alors que socialistes et insoumis ont été à couteaux tirés jusqu’au premier tour, on aurait pu s’attendre à des reports plus difficiles qu’ils ne l’ont été. Ils se sont faits globalement, parfois au-delà du potentiel de gauche exprimé au premier tour, comme à Bordeaux ou à Angers.

Il est vrai que cela a fortement dépendu des enjeux réels. Par exemple, LFI était présente au second tour dans une cinquantaine de cas, souvent contre des listes de gauche. Le plus souvent, les insoumis maintiennent leur niveau de premier tour et vont même au-delà comme à Lille (23,4% au premier tour, 33,7 au second) ou à Montpellier (25,1% au second contre 15,4 au premier). Par contre, quand l’enjeu était d’empêcher la conquête d’une ville par la droite, la liste insoumise recule. Le cas de Paris est significatif, Sophia Chikirou passant de 11,7% à 8% au second.

La France insoumise se présentait dans des villes où elle pouvait et voulait tester sa stratégie en direction des électeurs de la « Nouvelle France ». Pour la formation de Jean-Luc Mélenchon, il s’agit de mobiliser les habitants des quartiers populaires, souvent issus de l’immigration, afin de constituer un socle politique pour les premiers tours et un vivier qui permet des victoires au second. Ce défi a été partiellement réussi avec un regain de participation et de bons résultats pour les listes insoumises : à Montreuil, où le maire sortant, Patrice Bessac obtient 57,7% au premier tour, la liste insoumise atteint 22,6 %.

Sauf à Marseille où les résultats n’ont pas été au rendez-vous, malgré le fort engagement de la direction nationale. Dans les quartiers nord de Marseille, ces électeurs ont placé Payan largement en tête.

Particulièrement visés par la menace RN, les habitants des quartiers populaires de Marseille ont, semble-t-il, voté utile dès le premier tour. Cela nous rappelle que, deux ans après la victoire du « non » au référendum sur le traité pour une Constitution européenne, les électeurs des villes populaires s’étaient massivement mobilisés pour Ségolène Royal dans l’espoir de contrer Nicolas Sarkozy. Le combat contre le RN étant certainement une clé de la présidentielle en 2027, il y a fort à parier que la capacité à battre le RN au second tour sera un déterminant du vote, une clé du choix au premier tour, notamment dans les quartiers populaires.

Il est vrai que, si la gauche s’est largement rassemblée au second tour, elle ne l’a pas fait partout. On s’est ainsi polarisé, non sans raisons, sur les contre-performances de Toulouse ou de Limoges, où la liste conduite par un insoumis a dû s’incliner, contrairement aux attentes. Mais s’il est vrai que la plupart des listes d’union conduites par LFI ont été battues (9 sur 10), le PS n’a pas été épargné (5 défaites sur 7).

Dans le cas de la FI, la cause en incombe sans doute moins à des reports moins nombreux qu’à la surmobilisation que la tête de liste a provoquée du côté de la droite et de l’extrême droite. L’immense diabolisation de la France insoumise, jusque dans les rangs du PS, a donc bien produit des effets. Elle fait perdre quelques pourcentages aux listes de gauche et cause l’échec ici et là. Elle amoindrit les dynamiques. Même relatifs, les clivages qui s’installent entre électorats de gauche sont à comparer avec la porosité qui augmente entre le vote d’extrême droite et le vote de droite – dans les deux sens. La concurrence à gauche entre les « irréductibles » fut redoutable.

Les échos qui parviennent ce matin des débats au sein de la direction du parti socialiste sont très inquiétants. Si le PS pense gagner le peuple de gauche sur ce qui lui sert d’unique identifiant, la détestation de Jean-Luc Mélenchon, il pourrait retrouver les résultats passés réservés à la platitude de la vision prospective. Les gauches irréconciliables ne sont ni un projet, ni une solution. Et là, on ne joue plus. L’enjeu est immense.

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5 commentaires

  1. Renaud Bernard le 25 mars 2026 à 18:53

    Grégoire a gardé Paris à la gauche par la clientèle que son parti a constituée, coûte que coute. La ville, capitale de la France tout de même, a ainsi deux des caractéristiques d’une société typique du tiers-monde : le clientélisme et une grand équipe de football.

  2. Siddi Aldo le 26 mars 2026 à 09:13

    Vous avez beau essayer de minimiser le « repoussoir » Mélenchon , il existe et il a joué …….
    Mélenchon au cours d’un meeting , pendant de longues minutes , s’est livré a un exercice d’insultes et de mépris à l’égards de tous ces vénaux, corrompus, pourris et sans colonne vertébrale qu’il pouvait , qu’il allait « ACHETER » pour le deuxième tours !!
    Mesurez vous la gravité du propos : il n’est pas le rassembleur, l’homme de valeurs (penser acheter quelqu’un c’est être pourri soi même..)
    Il ne peut plus être un Président , il a un plafond de verre, c’est devenu un aboyeur , la gauche et le Pays méritent mieux ….
    Même si vous ne publiez pas cette remarque , vous devrez quand même en tenir compte …..de même que pour apprécier la réalité des rapports de force , il faudra tenir compte de la participation (À Saint Denis elle serait de l’ordre de 10% …..où est le triomphe pour LFI , pour la Démocratie, pour la Gauche !!!

    • Lionel Mutzenberg le 27 mars 2026 à 17:37

      Si la prononciation d’un nom devient un argument politique pour combattre son adversaire, cela devient plutôt préoccupant pour notre avenir. Jean Luc Mélenchon n’est pas un « aboyeur » , ce sont nos médias qui lui ont fait cette réputation pour le plus grand bonheur des droites et du faux centre. Dites nous quand il a fauté dans un discours, dans un écrit, je pose cette question depuis des mois sans avoir de réponse.
      La gauche, sans Mélenchon, nous la voyons depuis quatre décennies nous promettre le changement, sans jamais n’avoir résolu les problèmes des français qui sont les mêmes depuis 1981.
      Ce n’est pas Jean Luc Mélenchon qui a avoué :  » ….Je n’ai pas pas été élu pour privatiser et enrichir les capitalistes! c’est pourtant objectivement ce que fait ce gouvernement avec une ténacité que récompense les sondages. »C’est François Mitterrand.  » Une nouvelle aristocratie est née après 1981. » C’est de François Hollande.
       » Ouvrier n’est pas un gros mot !’ C’est de Pierre Mauroy.  » Mon programme n’est pas socialiste. ‘ C’est de Lionel Jospin. Et inventé, avec le soutien de la CFDT, « le conclave social », pour enterrer l’abrogation de la loi Medef/Macron sur la retraite. Pensant, très certainement, que les sans dents adorent les miettes !
      Et ceux qui ont ri de la désignation de François Hollande comme candidat à l’élection présidentielle étaient ses camarades socialistes de trente ans !
      Pour l’élection de Saint Denis la liste LFI a obtenu plus de 20% des inscrits, ce qui est remarquable au regard de la manipulation, la propagande, de nos médias asservis à l’argent, cette désinformation orchestrée depuis des années, qui fait rire le monde entier de l’information.
      La gauche a perdu son électorat depuis le quinquenat de François Hollande, il suffit de reprendre les résultats de chaque élections pour le comprendre. Jean Luc Mélenchon à sa part de responsabilité, certes, mais depuis qu’il a quitté le PS, l’idéal de gauche renait toujours un peu plus lors de chaque suffrage universel, et le danger pour notre bourgeoisie, qui l’a bien, compris, est là, pas ailleurs.
      Dans ma commune nous avions retrouvé notre électorat de 2007 lors du deuxième tour de l’élection législatives de 2004. Ce dimanche, nous avons perdu 1200 de ces votes, dont la moitié seulement nous aurait permis de gagner; la bonne question serait de comprendre pourquoi ?

  3. Frédo le 26 mars 2026 à 19:41

    Si « la détestation de Jean-Luc Mélenchon » est vraiment « l’unique identifiant » du PS, cela aurait plutôt tendance à l’identifier ailleurs qu’à gauche, cette détestation étant largement partagée jusqu’à l’autre extrémité de l’échiquier politique : plus que celui du PS cette détestation me semble l’identifiant du macrono-bardellisme en voie de constitution, C’est vrai qu’en laissant passer le budget, le PS – où du moins en son sein, celleux qui ont promu Macron -, lorgne clairement de ce côté-là. En fait, en prenant un peu de distance, celleux qui font de la détestation de Mélenchon une composante de leur identité politique ont également en commun le refus de qualifier le « génocide » à Gaza. Ne serait-il pas envisageable que, de ces deux points communs, un certains nombre d’autres découlent ? Comme une espèce de colonialisme revanchard plus ou moins assumé ?

    • Michel Davesnes le 27 mars 2026 à 14:28

      « Si « la détestation de Jean-Luc Mélenchon » est vraiment « l’unique identifiant » du PS, cela aurait plutôt tendance à l’identifier ailleurs qu’à gauche ».
      Vous avez mille fois raison. Malheureusement Regards est incapable de tirer les conséquences de ce constat et, bien souvent, participe à diaboliser Mélenchon et LFI tout en minorant la dérive du parti prétendument socialiste. Rappelons que le macronisme est le fruit de cette dérive à droite dpu PS.

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