LFI : à Paris et Marseille, galop d’essai pour une stratégie présidentielle
Dans les deux villes, les stratégies des insoumis annoncent 2027 : celle d’une agressivité qui cible la gauche sortante. Sera-t-elle gagnante ? Et pour qui ?
À Paris, la tête de liste Sophia Chikirou vient de sortir une affiche relayée sur les réseaux sociaux dans laquelle elle accuse la municipalité sortante d’être responsable de la noyade d’un enfant et de sévices sexuels dans les centres de loisirs de la ville. Les visages d’Anne Hidalgo et d’Emmanuel Grégoire appuient ce message.
Cette campagne vise à susciter émotion et compassion pour ces enfants et leur famille. Sophia Chikirou n’exprime pas un désaccord politique : elle porte une accusation grave, celle de la responsabilité dans la mort d’un enfant. Elle crée de l’irréparable. Par ailleurs, la candidate insoumise cible dans tous ses discours « 25 ans » de gouvernance socialo-communisto-écologiste. Comme si les difficultés du monde populaire à Paris commençait au moment où la gauche a gagné Paris. Le problème ne serait donc pas la droite mais cette gauche-là.
À Marseille, c’est la même mécanique. Début janvier, Sébastien Delogu, le candidat LFI à la mairie, affiche son slogan « Avec Delogu, Marseille propre. Sans déchets ni corruption ». Houlala ! Mais d’où sortent ces idées !? Certes, Sébastien Delogu parle au cœur des Marseillais… Mais ne voit-il pas qu’il réactive un imaginaire inacceptable ? Comme Sophia Chikirou, le député des Bouches-du-Rhône vise l’administration sortante gauche plurielle de Benoît Payan. Il l’accuse explicitement de corruption. Le candidat insoumis s’appuie sur une récente enquête de Blast concernant le « plan écoles ». Elle devient une munition dans une campagne qui crée l’irréparable entre les deux listes.
À Paris comme à Marseille, villes d’enjeu national, ces campagnes sont grosses de dangers, le risque majeur étant la fracture irréversible. Quand on chauffe un électorat à blanc contre une majorité sortante de gauche, quand on la rend moralement illégitime, quand on en fait l’ennemi principal, il devient très difficile – voire impossible – d’appeler à voter pour la liste qui pourra faire barrage à l’extrême droite de Franck Allisio et à la droite trumpisée de Rachida Dati. Le risque est pourtant connu de tous.
Pourquoi les insoumis font-ils ces choix ?
Tout ramène à 2027 et à la stratégie présidentielle des insoumis. Jean-Luc Mélenchon se revendique désormais de la « gauche radicale ». C’est un changement lexical qui n’est pas anodin. S’il y a une gauche radicale, c’est qu’il existe une autre gauche, molle, rose pâle, gestionnaire, avec laquelle il faut rompre.
Dans le quotidien de ces campagnes municipales, l’objectif des insoumis semble être d’inscrire une frontière entre deux gauches irréconciliables. Les élections de mars sont un laboratoire : on fracture, on oppose, on démonte les alliances existantes. Il sera temps, le soir du premier tour, d’en tirer les leçons politiques. Cette stratégie va-t-elle mobiliser le camp insoumis au sens large ? Dans ces villes où Jean-Luc Mélenchon a réuni près de 30% des électeurs, quel sera le score insoumis ? La stratégie mise en œuvre aux municipales teste une stratégie de premier tour pour la présidentielle. La castagne contre le reste de la gauche peut-elle gagner ?
Mais ce test stratégique n’est pas sans risque. Il peut se payer cher. S’il aboutit au basculement de Paris et Marseille à l’extrême droite ou à la droite extrême, la gauche, les électeurs jeunes et des quartiers populaires que LFI tente de mobiliser pourraient lui demander des comptes. Les plumes et le goudron menacent. Le récit d’une gauche gagnante sur la base d’une rupture avec le reste de la gauche deviendrait difficile à tenir. Le risque de défaites en chaîne et d’une défaite générale menace. À force de vouloir prouver que La France insoumise est seule légitime, elle pourrait bien prouver autre chose : qu’elle est seule.
🔴 CANDIDATURE DU JOUR
L’antimélenchonisme accouche d’un nouveau candidat à la présidentielle : Jérôme Guedj

Après le fracas (non) provoqué à droite par la candidature de David Lisnard, voici la réplique à gauche : le socialiste Jérôme Guedj vient d’annoncer vouloir briguer la présidentielle. L’ex-meilleur ami de Jean-Luc Mélenchon s’est déclaré ce jeudi sur France Inter : « Je suis aujourd’hui candidat à l’élection présidentielle pour porter la voix d’une gauche républicaine, la voix d’une gauche européenne, la voix d’une gauche universaliste, laïque, d’une gauche sociale, écologiste ». Kamoulox ! Le député de l’Essonne souhaite « un cadre collectif » mais refuse la primaire portée par le premier secrétaire, Olivier Faure, assurant qu’« il y a un espace pour une tonitruance socialiste ». On apprend à la même occasion qu’il a créé son propre micro-parti, « Le courage de la nuance ». Jérôme Guedj semble avoir une idée singulière de la nuance lui qui a traité Jean-Luc Mélenchon de « salopard antisémite ». Il affirme qu’on a besoin de riches pour « contribuer à la justice sociale » : une autre idée du socialisme vient d’éclore. Son projet se résume simplement : République et laïcité. Jérôme Guedj entre en concurrence avec Raphaël Glucksmann qui se place, lui, sur le terrain de l’armement de l’Europe face à Poutine. Jérôme Guedj déplore une gauche qui « crève d’ambiguïté » et appelle à de « la clarté dans les valeurs ». Drôle de destin pour un « frondeur » que devenir le trait d’union entre Lecornu et le PS !
L.L.C.
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